InterviewG4E. Philippe Fargeon : « Espérons qu’ils fassent le nécessaire pour que ce club redevienne un grand club »

Philippe Fargeon

Philippe Fargeon, à l’inverse de beaucoup de footballeurs, n’est pas resté dans le monde du football après sa carrière. Désormais agent immobilier dans la région bordelaise, l’ancien attaquant des Girondins de Bordeaux, âgé de 54 ans, reste proche du club au scapulaire et est un spécialiste attentif de ses résultats. Consultant pour Gold FM il y a quelques mois, Philippe a aujourd’hui accepté de répondre à nos questions régulièrement, sur l’actualité du FCGB. C’est ainsi que nous sommes revenus sur les sujets qui ont agité l’actualité des Girondins depuis le début de la saison dans l’interview ci-dessous.

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Quel est votre bilan de la première partie de saison des Girondins ?

« Au niveau sportif, cela a été un peu difficile à démarrer pour finir un peu mieux, avec des résultats un peu plus positifs. On sent que l’arrivée du nouvel entraîneur porte ses fruits. C’est quand même important. Il y a encore des réglages à faire. Je pense que le bon point est le départ d’M6 et l’arrivée des américains. C’est une bonne chose car nous avions l’impression qu’M6 n’avançait plus depuis quelques temps déjà. On voit arriver un nouveau Président, une nouvelle direction. En espérant qu’ils fassent le nécessaire pour que ce club redevienne un grand club. Une réorganisation en interne est nécessaire. Cela fait des années que l’on change des joueurs et des entraîneurs, mais pas la direction. Il y a des gens sur place, qui n’ont peut-être plus la même motivation. Et puis il y a des gens comme Ulrich Ramé, qui est très compétent, mais qui a beaucoup, beaucoup de travail. Il y a toute une organisation à mettre en place, mais pour ça, je laisse le soin aux nouveaux responsables de s’en occuper ».

 

Quel regard portez-vous sur le retour de Ricardo, et le départ de Gustavo Poyet ?

« C’est un choix qui est surprenant. Le départ de Gustavo Poyet est aussi un peu bizarre. Ce  qui compte pour un entraîneur, ce sont les résultats. Ricardo commence à stabiliser le groupe. On ne peut pas être négatif par rapport à l’arrivée d’un nouveau coach.  Il faut voir avec l’avenir, les moyens que l’on va lui donner, et puis la réorganisation qu’il est capable de faire. Pour le moment, je vois d’un bon œil son retour parce qu’il connait le club. Même si nous avions un souvenir qui n’était pas forcément du beau jeu lorsqu’il était venu la première fois. Le beau jeu, on le veut, mais il faut surtout avoir de bons résultats, car nous en avons marre d’avoir des résultats en dents de scie ».

« Il y a des choses qui n’ont pas besoin d’être sues non plus.  A terme, en tant que supporter, la seule chose qui compte, c’est que ce club redevienne un grand club. Si l’entraineur ne convenait pas, s’il y a eu des promesses non tenues ou des mensonges, on ne le saura pas, et à la limite je n’ai pas envie de le savoir. Ce qu’il faut regarder c’est l’avenir, le passé ne m’intéresse pas ».

 

Ricardo

 

Vous qui avez été attaquant aux Girondins, que pensez-vous de la ligne d’attaque bordelaise ?

« Dans un premier temps, on a mis en place une configuration qui ne pouvait pas fonctionner avec un véritable buteur. Moi, je vais vous parler de ce que je connais : marquer des buts. Quand vous avez un ailier gauche qui est droitier et un ailier droit qui est gaucher, automatiquement, ils ont l’habitude de rentrer et de tirer au but. Quand vous êtes attaquant et que vous attendez un centre en ligne droite mais qu’il n’arrive pas, vous faites l’effort une fois, deux fois, trois fois, dix fois, vingt fois, mais à la vingtième fois, vous n’y allez plus. Le système de jeu mis en place ne permettait pas de réussir. C’est le problème qu’a eu Nicolas De Préville et d’autres avant-centres. C’est le problème lorsque l’on prend un buteur dans un système où l’on modifie les ailiers. Après, on a changé beaucoup d’attaquants. Aujourd’hui, Gaëtan Laborde fait les beaux jours de Montpellier, Emiliano Sala va être vendu –et tant mieux car les Girondins vont gagner de l’argent dessus- à un grand club, je me dis que c’est dommage. On pense aussi à Enzo Crivelli, qui a fait de bonnes saisons. C’est dommage, car on a ces joueurs et on va en chercher d’autres. Il y a peut-être un équilibre à trouver là-dessus. Ce n’est pas moi qui gère le club, mais aujourd’hui, on a plusieurs attaquants. Dont Jimmy Briand, qui est certainement au-dessus du lot et puis d’autres qui sont susceptibles d’apporter à des moments précis. Cela fait de la concurrence au poste d’avant-centre ».

 

Comment voyez-vous la position de Nicolas De Préville, que l’on a acheté très cher il y a un an et demi, et qui ne joue que très rarement aujourd’hui ? Erreur de casting ? Manque de confiance ?

« Il ne peut pas rester à son poste à partir du moment où son poste ne sert à rien. Quand on va chercher un attaquant qui est un buteur, on le met en position pour marquer des buts. C’est-à-dire que l’on demande aux latéraux et aux ailiers de centrer en première intention, et à l’avant-centre buteur de se débrouiller pour être en position de marquer un but. Dans l’organisation mise en place, c’était très difficile de jouer avec un buteur, donc automatiquement, il s’est recherché une position plus en retrait, où il s’est un peu marché sur les pieds avec d’autres milieux offensifs. Il y avait un déséquilibre qui se faisait, mais c’était logique. Le pauvre, il n’a pas pu s’exprimer comme il aurait voulu à ce poste d’avant-centre-buteur, la raison pour laquelle nous sommes allés le chercher. Un buteur, c’est quelqu’un qui doit avoir confiance, et son équipe doit avoir confiance en lui. Si vous ne marquez pas de but et que vous êtes le meilleur buteur, vous ne marquerez pas de but sans confiance. Si on hésite à vous donner le ballon, ou que l’on hésite lorsque vous êtes entre deux défenseurs et que l’on préfère la remettre en arrière car on n’a pas confiance en vous, vous pouvez être le meilleur buteur du monde, vous ne marquerez pas de but. Par contre, si vous avez la chance de jouer sur lui et qu’il commence à prendre confiance, cela change tout. Ce qui ne s’est pas passé avec lui ».

 

Nicolas De Préville

 

Il y a des joueurs qui ont très peu de temps de jeu depuis le début de saison (Gajic, Lewczuk, Jovanovic, Vada, Basic, Youssouf). Est-ce qu’il y en a un que vous auriez aimé plus voir ?

« Je ne sais pas. Si on a de bons résultats sur la deuxième partie de saison, on pourra dire que le coach a son groupe et cela me va bien. Les joueurs qui ne jouent pas doivent montrer de la volonté et l’envie de montrer que l’entraineur se trompe, et d’être irréprochable à l’entrainement. Je ne vais pas aux entraînements, je ne peux pas vous dire comment cela se passe. Il y a un peu de désillusion. On a quand même une assise défensive qui est bonne aujourd’hui. On a peut-être un peu trop de milieux de terrain relayeurs. On a l’impression qu’avec un 6, on peut en faire un 10. Depuis des années, je demande à ce qu’un véritable 10 soit là pour trouver des solutions différentes et apporter un peu de folie à ce jeu ».

 

Valentin Vada peut être ce numéro 10 s’il est mis en confiance ?

« On l’a espéré, on y a cru. Il a fait des bouts de matches et il perdait beaucoup de ballons. Après, c’est normal qu’un 10 perde beaucoup de ballons. Il ne jouait pas non plus dans une position de vrai numéro 10. Lorsqu’il jouait en 6 ou en 8, c’était tout de suite plus dangereux et il mettait son équipe en difficulté. Il n’a pas pu s’imposer. Il a eu une ou deux possibilités de prendre ce poste de numéro 10 et d’enchainer. Malheureusement cela ne s’est pas passé et l’entraineur est passé à autre chose ».

 

On y voit un peu plus clair dans l’effectif à mi-saison. Quel est votre avis sur le recrutement estival de Bordeaux ?

« Pour l’instant, on a de bonnes recrues. On a de bonnes surprises, Andreas Cornelius est dans un style de jeu qui peut effectivement apporter. Après, il y a certains moments où des recrutements ont été réalisés, et ce n’était pas ce qu’il fallait. On ne prend pas quatre ou cinq numéro 6. On peut dire qu’il joue 8 ou un autre poste, mais la réalité est la même. On ne prend pas quatre avant-centres avec notre système de jeu. On va avoir Alexandre Mendy, Andreas Cornelius… Il y a des blessés évidemment, mais il y a d’autres postes où cela aurait été intéressant de voir une recrue. Comme je vous dis, prendre un numéro 10 aurait fait du bien ».

 

Andreas Cornelis

 

Bordeaux se doit donc de recruter cet hiver un numéro 10 pour atteindre ses objectifs…

« Malheureusement, cela ne se passe pas comme le marché le dimanche matin au Bouscat. Il faut voir le budget que l’on a, les joueurs qui sont susceptibles de partir, etc. C’est quand même un calcul plus savant que de simplement donner des noms. Je pense que prendre un numéro 10 est la priorité. On dit que les 10 sont chers, mais il y en a qui ont eu des 10 pas chers et qui performent aujourd’hui. Il y a peut-être une réorganisation à avoir. Pourquoi je réclame tant un numéro 10 ? Car cela donne de nouvelles possibilités en cas de problèmes, en cas de difficultés dans le jeu. On peut modifier son jeu si on a un joueur qui est meneur. Il y a certains départs, on a une assise défensive, un gardien qui s’est retrouvé, on est bons sur les cotés, on a pléthore de joueurs au milieu, on a de bons attaquants, on a deux ailiers qui crèvent l’écran pour l’instant, ne nous plaignons pas. Ce n’est jamais évident, mais ce serait peut-être la meilleure solution de faire comme ça ».

 

Deux joueurs sont prêtés à Bordeaux, mais sans option d’achat : Sergi Palencia et Yann Karamoh. Vous feriez le forcing pour les garder en fin de saison ?

« Yann Karamoh fait déjà une très bonne première partie de saison. Mais la saison est longue, il peut aussi y avoir des jeunes qui montent. Il faut surtout essayer d’avoir une continuité, dans le système de jeu et dans l’équipe. Cet équilibre n’est pas évident à atteindre. Il faut que Bordeaux redevienne attractif. Mais pas uniquement car nous avons le Bassin d’Arcachon, mais parce que l’on a un public qui nous suit, une vraie politique de résultats et de jeu. Il y a du boulot pour les américains, et je leur souhaite bon courage ».

 

Plus globalement justement, que pensez-vous du rachat des Girondins qui a eu lieu tardivement, mais aussi sur les 19 ans d’M6.

« Un rachat, c’est normal qu’il prenne du temps. C’est un club qui a appartenu à M6 pendant des années et qui a été libéré d’un seul coup. Il fallait avoir certaines garanties. Je fais confiance aux élus de la Métropole. Ils ont écouté, ils avaient le dossier en main, ils ont demandé des conditions pour que l’on ait un peu plus d’informations, ils ont apporté ces garanties. Après, je n’étais pas non plus aux réunions de la Métropole (rires). A partir du moment où ce sont des hommes élus et qu’ils ont des responsabilités, s’ils ont donné leur feu vert, c’est qu’ils on jugé ça possible. On n’en entend pas beaucoup parler pour le moment, c’est normal à mon avis. Il fallait faire quelque chose de toute façon, M6 n’avançait plus. C’était vendre des joueurs pour se rembourser car ils perdaient de l’argent. Il faut maintenant aller de l’avant. Ce sont des américains qui ont manière de travailler. Il faudra être attentif que cela se passe bien. Le plus important, c’est le club. Ce ne sont pas les joueurs ni les gens, c’est le club des Girondins de Bordeaux, la ville, les supporters, ce qu’il représente pour les girondins et les aquitains. Le reste, il suffit juste de le surveiller ».

« Ils ont eu des titres en étant à la tête des Girondins, on se souviendra d’eux. Tout n’était pas parfait, bien évidemment. Aujourd’hui, M6 a compris qu’il ne pouvait plus avancer comme ça car il y avait plusieurs attachements avec certaines personnes et que cela était difficile pour eux de remuer ça de l’intérieur. De toute façon, pour progresser et avancer, il faut réorganiser. Je pense qu’M6 n’avait plus l’envie de le faire ».

 

Joseph DaGrosa

 

Que peuvent espérer les Girondins pour cette seconde partie de saison ? On a vu l’année dernière un come-back incroyable nous amenant finalement à une sixième place…

« C’est l’équipe surprise. Pas forcément en termes de résultats, mais c’est une équipe qui peut faire un gros résultat à n’importe quel endroit. Malheureusement aussi, ce qui arrive souvent, c’est une équipe qui est capable de rater un match. On est dans une période où on va jouer des matches de Coupe. On est typiquement sur ce genre de matches. On peut faire un exploit, comme se faire éliminer rapidement. Deux matches de Coupe de suite, Coupe de France et Coupe de la Ligue, c’est quand même un nouveau championnat et une nouvelle compétition. C’est assez prenant parce que ce n’est pas redondant. Vous gagnez, vous passez, et si vous perdez vous arrêtez. On ne peut pas se rattraper sur le match d’après. Ce sont toujours des matches très intéressants, et Bordeaux est une équipe qui peut aller loin en coupe ».

 

Vous croyez aux chances de Bordeaux en Coupe ?

« Oui, j’y crois. C’est une équipe qui peut faire de gros résultats. La Coupe c’est très bien lorsque vous êtes toujours dans l’espoir de prendre une place européenne en championnat notamment. L’année dernière, ils ont eu leur place européenne en faisant une grosse fin de saison. Aujourd’hui, place à la coupe avec tout ce que cela engendre. Pour la Coupe de France, il y a encore beaucoup de matches à gagner, on est loin de la finale à Paris. Par contre, la Coupe de la Ligue, c’est assez près, on peut déjà s’imaginer loin. C’est très bien de se qualifier pour la Ligue Europa avec la Coupe de la Ligue mais c’est aussi super de participer à une finale. Il y a un très bon coup à jouer. Après, il y a l’ogre parisien qui est là, il faudra un jour ou l’autre les rencontrer. Je ne vois pas comment sur des matches de Coupe comme ça, avec l’effectif qu’ils ont, comment on peut les battre… L’année dernière, même en étant éliminés très tôt de la Champions League, ils ont maintenu le cap. Ce qui est important, c’est de pouvoir jouer ces compétitions les unes après les autres.

 

Ce genre de match, en sortie de trêve hivernale, direct en reprise, ce n’est pas « le match piège » par excellence ?

« Ce sont toujours des matches pièges pour les équipes favorites. Quand vous êtes dans une catégorie au-dessus et que vous rencontrez une division en-dessous, c’est forcément un match piège. Il y a une manière de s’en sortir, c’est de jouer à son rythme. Si vous jouez contre des joueurs de Ligue 2, ou de plus bas, il y a des compétences, mais à l’arrivée, la différence se fait au niveau du rythme de jeu. Si vous gardez votre rythme de jeu de Ligue 1, il ne devrait pas y avoir de difficulté. Malheureusement, si vous vous retrouvez à jouer au même rythme que les autres, c’est du 50-50. Sur ce genre de match, la préparation compte mais aussi l’envie. Ce n’est pas évident de reprendre l’entrainement dans le froid et d’aller jouer un match de Coupe de France où on sent le piège. Cela fait partie des obligations d’un footballeur professionnel. Mais aussi le challenge est beau, car si vous avez la chance de jouer une finale de Coupe, c’est un souvenir impérissable ».

 

Un grand merci à Philippe Fargeon d’avoir répondu à nos questions avant cette double confrontation face au Havre, et pour avoir accepté d’intervenir régulièrement sur notre site