InterviewG4E. Philippe Fargeon : « C’est vrai que d’autres clubs ont dépensé plus, on verra si ça en valait la chandelle, ou pas »

Philippe Fargeon

Aujourd’hui, c’est au tour de Philippe Fargeon de s’exprimer dans une interview exclusive pour Girondins4Ever. L’ancien attaquant des Girondins de Bordeaux revient sur le match nul face à Lyon, le mercato bordelais, le loft, Laurent Koscielny, ou encore la série de rencontres de septembre. Bonne lecture à toutes et tous, et merci Philippe. Interview.

 

Revenons tout d’abord sur la dernière rencontre face à Lyon. Même si on aurait préféré la victoire, on voit depuis trois matches une nette amélioration dans le jeu et la mentalité, non ?

Oui, tout à fait et on a trouvé surtout ce que l’on recherchait depuis un moment, trouver une assise défensive. On sait que la base d’une équipe, c’est d’avoir une bonne assise défensive, de manière à pouvoir reprendre confiance et avancer plus. Avec l’arrivée de Laurent Koscielny, ça change beaucoup de choses et on s’en rend compte, déjà. J’ai l’impression que l’on aurait pu faire mieux sur la seconde mi-temps, parce que Lyon, ce qui était surprenant, était en grande difficulté.

 

On a encore vu dans cette rencontre que le VAR a joué des tours puisque le but de Memphis Depay semblait hors-jeu, et pourtant il a été validé…

Ah, après la VAR, est-ce que ça apporte quelque chose ? Il y a beaucoup de discussions depuis que l’on a la VAR qu’avant. Parce qu’avant, c’était les décisions de l’arbitre et l’arbitre avait raison. Maintenant c’est la VAR, et est-ce que l’arbitre a raison de demander la VAR ? C’est parfois plus compliqué qu’avant…

 

La VAR amène parfois à refuser un but pour un centimètre d’hors-jeu…

Oui, voilà, la VAR, c’est compliqué. Avant, on pouvait dire que l’erreur était humaine, que l’arbitre faisait des erreurs et cela ne nous a pas empêché d’avoir des matches à spectacle. Les erreurs, ça peut arriver tout le temps et ce n’est pas parce qu’il y a la VAR qu’il n’y en aura plus, la preuve.

 

 

Avec les 3 matchs intéressants des Girondins, est-ce que l’on commence à voir l’esquisse du projet de Paulo Sousa ? On ressent que les principes de jeu semblent bien mieux assimilés par l’équipe…

Déjà pour commencer, comme la période de recrutement est officiellement finie, on va voir avec l’effectif qu’il a, ce qu’il va faire, ce qu’il va proposer. Souvent les entraîneurs ont des systèmes de jeu qu’ils s’approprient un peu, dans lesquels ils se sentent à l’aise, mais encore faut-il avoir les joueurs qui s’adaptent. Donc là, maintenant il a tous les joueurs, comme le mercato est fini, et il va pouvoir voir comment utiliser tous ses joueurs et quel système de jeu va lui permettre d’être plus performant.

 

Faisons un point sur le mercato bordelais. Malgré le nombre d’arrivées, Bordeaux parmi les clubs de Ligue 1 qui ont le moins dépensé cet été. Quand on voit que les ventes ont généré quasiment 35M€ et que seulement 7M€ ont été réinvesti, on peut se poser des questions sur ce mercato.

D’abord, si l’argent faisait vraiment le bonheur, au niveau des transferts, le PSG serait déjà champion d’Europe depuis 4 ans. C’est bien beau de vouloir acheter les joueurs, il faut d’abord en faire partir certains. Et je crois qu’ils avaient d’abord un problème de ce côté-là. Il fallait réduire l’effectif. On recherche à faire du transfert cher mais la masse salariale c’est important aussi. Aujourd’hui, ils devaient faire des grands coups, je pense qu’ils en ont fait un joli avec notre défenseur central et c’est sûrement un des plus beaux coups du championnat. Et en toute intelligence. Après, il faut voir s’ils n’en gardent pas pour le prochain mercato d’hiver. C’est vrai que d’autres ont dépensé plus et on verra si ça en valait la chandelle ou pas.

 

Le coach a montré son agacement, estimant qu’il n’avait pas l’effectif pour être européen. On suppose qu’il n’a pas obtenu tout ce qu’il voulait en termes de recrues, laissant planer des tensions en interne…

De toute façon, c’est le propre d’un entraîneur, et il peut ne pas être forcément satisfait d’un point de vue des recrues. Parce qu’automatiquement, si on demande à un entraîneur quelle recrue il veut avoir, il ne va pas prendre les joueurs que personne ne veut mais ceux qui sont bien côtés, qui peuvent venir à Bordeaux mais qui sont aussi courtisés par d’autres clubs. Moi, après ce que j’ai entendu, c’est qu’il a dit qu’il y avait un gros problème de formation, d’après ce qu’il a expliqué, il y a un plus gros problème sur la formation que sur le recrutement. Il a bien fait comprendre qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas au sein du club. Je ne vais pas me dire que ça me réjouit parce que je n’en suis pas là par rapport au club, mais ça fait quand même quelques années que je vous en parle. Au bout d’un moment, c’est bien qu’il s’en rende compte et qu’il le dise. Les jeunes joueurs, il y en a quelques-uns qui sortent mais ce n’est pas suffisant et ils ne sont pas à un niveau qui permettrait d’avoir un club formateur comme Lyon. On n’a peut-être pas les mêmes moyens au départ, mais il faut se donner les moyens de sa politique.

 

Peut-être qu’à son arrivée, Paulo Sousa avait prévu dans le deal de pouvoir faire un mercato fort et que là, il n’a pas eu ce qu’on lui avait promis…

Oui, mais après, vous savez, quand vous arrivez avec un projet à long terme, ce n’est pas forcément le premier mercato qui compte mais tout ce qu’il y a autour. C’est-à-dire, la volonté de mettre une structure idéale pour que des jeunes du centre de formation grandissent. La formation, ça coûte cher et on sait qu’il y a des joueurs qui ne peuvent pas arriver au niveau espéré, mais par contre, il y en a qui devraient y arriver et cela devrait s’équilibrer. Aujourd’hui, on ne peut pas dire, depuis des années, qu’il y a des joueurs formés aux Girondins de Bordeaux, qui ont été transférés pour très cher, si on les compare à d’autres clubs qui ont une politique de formation. Donc je pense quand l’entraîneur est arrivé et qu’on lui a dit que c’était un club formateur et aujourd’hui, il se rend compte que ça ne l’est pas vraiment et qu’en parallèle, il n’a pas eu toutes ses recrues, effectivement, cela peut embêter un entraîneur.

 

 

Bordeaux devra compter sur le retour des « lofteurs » : Paul Baysse, Jonatan Cafú, Thomas Carrique, et Younousse Sankharé. Peut-on les considérer comme des recrues, ou pensez-vous qu’ils seront un frein cette saison du fait de leur mise à l’écart ?

C’est une question d’intelligence. Les joueurs qui sont mis à l’écart aujourd’hui, il faut qu’ils aient de l’amour propre et se disent qu’ils ont une deuxième chance. C’est peut-être comme ça qu’ils peuvent le voir. Parce que si vous commencez à penser que vous n’êtes pas contents parce qu’il ne vous a pas pris et que maintenant il vous reprend et que vous êtes moins motivé, ce n’est pas le meilleur moyen de relancer votre carrière. Automatiquement, il faut qu’ils aient la bonne mentalité, du moins suffisante pour lui prouver que ‘j’ai ma place à Bordeaux et l’objectif est que l’année prochaine, on me demande de resigner’. Voilà la mentalité qu’ils doivent avoir. Après, est-ce qu’ils l’ont, est-ce qu’ils ont envie… Aussi, je ne sais pas comment ça s’est passé au moment de la mise à l’écart. Parce qu’avec une mise à l’écart, il suffit que l’entraîneur n’en veuille plus ou que ça se soit mal passé, le joueur peut montrer ce qu’il veut, il ne jouera pas.

 

François Kamano est donc resté. Au vu de ce qu’il s’est passé après son faux-départ de Monaco la saison dernière, on espère qu’il va réussir à se remettre dans le bain rapidement et ne pas avoir de nouveau cette période de latence comme ce fut le cas après l’échec du transfert monégasque.

Il l’a fait une fois et ça l’a desservi donc j’espère que lui et son entourage comprendront qu’on ne peut pas être desservi comme ça deux fois, qu’un jour ou l’autre, il faut progresser dans la vie et puis se dire qu’il faut savoir tirer parti des mauvais moments. Il n’est pas parti à Monaco la saison dernière, on a eu l’impression qu’il boudait, les résultats s’en sont ressentis par la suite. Il y a juste à espérer qu’il se remettra de suite dedans et que potentiellement, dans 3 mois, les clubs qui étaient intéressés mettront plus d’argent cette fois-ci.

 

Les Ultramarines ont rencontré la direction mardi, mais Laurent Perpigna a évoqué déjà que le bilan était mitigé. Il était annoncé deux têtes d’affiche promises par Hugo Varela, et au final, il n’y aura eu « que » l’arrivée de Laurent Koscielny…

Je comprends parce qu’il y a eu un rachat, une période de doute, de transition. Après, je pense que les supporters ont raison, simplement au gouvernement, il y a quand même une gestion à avoir, il ne faut pas non plus dépenser de l’argent pour dépenser de l’argent. Les joueurs qui étaient susceptibles d’intéresser le club n’étaient soit pas disponibles, soit intransférables, soit ne rentraient pas dans le cadre de l’entraîneur. Je crois que c’est une réponse que l’on pourra avoir à moyen terme, plus qu’à court terme. Si Bordeaux n’avait pas fait mal nul à Lyon, je pense que les supporters n’auraient pas eu la même discussion qu’ils ont eue là, après un match qui était assez plaisant avec une bonne équipe de Bordeaux. Je crois qu’il faut laisser un peu de temps, on a des matchs importants qui arrivent, il faut ramener des points et être solidaires. Les supporters sont présents et c’est bien qu’il y ait des discussions. Il y a un gros travail qui a été fait autour de l’économie des Girondins de Bordeaux. Je pense que le président et son staff ont compris qu’il fallait qu’un gros travail soit fait également auprès des supporters, parce qu’ils sont là et ils se « saignent » pour pouvoir assister aux matchs. Il ne faut pas les négliger et ils l’ont été pendant un certain temps à mon avis.

 

 

Les débuts de Laurent Koscielny ont été très prometteurs. Comment jugez-vous ses deux premiers matches, et qu’a-t-il apporté, et apportera ?

Il apporte sa sérénité et son expérience. Quand vous avez un joueur comme ça à côté de vous… Même s’il n’y en a pas vraiment, il apporte également de la concurrence en défense au moins autour de lui. Pour les autres joueurs, vous avez l’opportunité d’avoir un maître à côté de vous qui va vraiment vous faire progresser. Donc vous l’écoutez. Et puis, il a de la bouteille. On l’a vu sur 2-3 occasions face à Lyon, il a su récupérer des ballons et c’est ça aussi son expérience qu’il a eue pendant ces années au plus haut niveau.

 

Vous pensez qu’avoir un joueur comme lui dans l’effectif, couplé à un bon début de saison, cela peut avoir un poids dans le prochain mercato, pour faire venir d’autres joueurs avec plus d’expérience ?

Oui, parce que le seul moyen de pouvoir faire venir des bons joueurs c’est de s’approcher de l’Europe, avec un bon début de saison, en montrant un bon visage, avec un jeu plaisant, avec des supporters qui sont là. C’est ce qu’il reste aux Girondins aujourd’hui pour pouvoir attirer des joueurs d’un niveau supérieur à ce qu’ils peuvent avoir aujourd’hui et peut-être une qualification en Europe.

 

Jusqu’à maintenant, les Girondins ont conclu cette première série de quatre matchs dont trois à l’extérieur avec 5 points. Après la pause internationale, les Girondins vont jouer 3 de leurs 4 matchs de septembre à domicile. Cela va avoir son importance, non ?

C’est toujours délicat et on le sait bien. Enchaîner deux matchs à la maison, c’est délicat à gérer car on s’imagine déjà qu’on va avoir 6 points et même un match devient alors compliqué. Aujourd’hui, ils ont montré qu’ils étaient capables de sortir, comme ils l’ont fait à Lyon. Maintenant, il va falloir qu’ils soient capables d’aller de l’avant, parce que c’est chez soi que l’on doit prendre des points. Quand on veut jouer l’Europe, il faut gagner à la maison et essayer de faire au moins un match nul à l’extérieur. Avec ça, vous accrochez de beaux résultats et vous êtes dans les 5 premiers. C’est la base.

 

C’est sûrement trop prématuré pour s’avancer, mais pensez-vous que l’on peut viser l’Europe ?

Oui c’est trop prématuré. Le club se cherche encore, on vient de finir le mercato, il n’y a même pas 24 heures. Faisons le point sur toutes les contingences, sur les joueurs qui restent, ceux qui sont contents d’être là, ceux qui sont arrivés au dernier moment… Là il y a une période de flottement qui va s’opérer dans tous les clubs. Sauf Bordeaux, puisqu’il n’y a pas eu de changement sur la fin, mais qui peut durer pour certains clubs encore trois semaines.

 

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