InterviewG4E. Mohamed Bouhafsi : « Il y a des gens au sein du club qui devraient prendre leurs responsabilités »

Rédacteur en chef en charge du football sur RMC et BFM TV, Mohamed Bouhafsi a accordé à Girondins4Ever une longue interview, où il aborde point par point les Girondins de Bordeaux. Réaliste à souhait. Piquant comme il le faut.

 

Mohamed Bouhafsi – GQ Magazine

 

Salut Mohamed, tu es de retour dans quelques jours dans ton émission Breaking Foot, après quelques vacances méritées. Que ressent-on lorsque l’on couvre une Coupe du Monde où l’on voit son pays gagner ?

On ressent beaucoup de fierté, beaucoup de joie, beaucoup de bonheur. On se sent pris par les évènements, pris par le fait que l’Équipe de France ait gagné cette Coupe du Monde. On a l’impression d’avoir fait partie de ce groupe, quand on les suit de A à Z. Quand on part de A à Z dans cette Coupe du Monde, c’est un truc qui est très appréciable. Je me souviens les avoir suivis dès le premier entraînement, dès la première réunion du groupe… C’est comme si on avait un millième de cette étoile ! On a l’impression d’avoir fait partie de l’aventure et ça, c’est très plaisant et c’est une très grande fierté. C’est une aventure qui a duré 37 jours, où au service des sports, on travaillait de 7h à 1h du matin. C’est une pression quotidienne, une pression à la minute. On n’a pas le droit à l’erreur sur les propos qu’on donne à l’antenne, sur ce qu’on sort comme informations, sur les blessures, sur les compos, etc… Parce que l’erreur, personne ne la pardonne. En gros, c’était une grande fierté oui !

 

Tu es rédacteur en chef en charge du football sur RMC et BFM TV, mais, as-tu déjà pensé à une carrière de joueur professionnel dans ta jeunesse ?

Oui, quand j’étais petit, c’était le gros rêve. Après, on se rend vite compte que l’on n’est pas assez fort pour jouer au foot. C’est comme ça, c’est la vie. Il y a des gens qui ont du talent, beaucoup plus de talent. J’y ai pensé, c’était mon rêve quand j’étais gamin. À la fin, on se dit qu’il ne faut pas être loin du terrain, pas loin du pré, et on essaie d’y arriver le plus possible.

 

Comment se passe une journée « type » quand on est Mohamed Bouhafsi ?

La journée type, elle est très simple. J’arrive à 9h30 au bureau, j’ai déjà lu tout ce qui se passe sur la planète foot. À 10h, j’ai la conf’ de rédaction de RMC Sport. On y organise tous les sujets du jour. On organise toute l’actualité sur laquelle on va travailler. À 11h, j’ai la conf’ de rédaction de Breaking Foot, mon émission, où là, on évoque tous les sujets que l’on va traiter nous. Cela nous permet d’être à fond dans les sujets. Sur la pause de midi, je vais à des déjeuners avec des agents, des directeurs sportifs, parfois des présidents, mais c’est un peu plus compliqué à organiser. Le midi j’en profite pour avoir tous mes rendez-vous. L’après-midi, je reviens au bureau, je prépare l’émission. Le soir, à partir de 18h, je suis dans Team Duga. À partir de 19h30, c’est le début de mon émission. 20h45, fin de mon émission. Parfois, à partir de 20h45, je vais à des dîners, ou boire des verres avec des gens du foot. Parce que je profite de chaque moment pour rester au contact des gens. Parfois, il y a aussi des déplacements, comme cela a été le cas sur la Supercoupe. Il y a aussi des déplacements pour des interviews. Par exemple, la semaine prochaine, je suis à Monaco pour le tirage au sort de la Ligue des Champions et de la Ligue Europa.

 

Mohamed Bouhafsi – RMC

 

Quel regard portes-tu, en tant que journaliste, sur la situation actuelle des Girondins de Bordeaux ?

Ce n’est pas simple. On est dans une situation où le club est en transition. Le club est en vente, en situation de passage d’un propriétaire à un autre. Et ce n’est pas simple pour un club de gérer cette situation-là. C’est plus simple quand c’est en période de trêve, mais ce n’est pas simple quand la saison a repris. Les Girondins essaient tant bien que mal de bien gérer cette situation. D’ailleurs, si je peux me permettre puisque je parle à Girondins4Ever, et c’est un avis personnel, concernant le président Martin : on ne se connait pas trop mais, je trouve que c’est un président qui fait un travail formidable. Je sais qu’il a beaucoup été critiqué, parfois par ses supporters, mais je trouve qu’il bosse très bien. Quand on voit la situation que le club est en train de traverser, ce n’est pas simple ! Il y a des choix qui ont été fait. Il y a eu une remuntada l’année dernière, due au fait de certains choix. Les Girondins de Bordeaux -il ne faut pas l’oublier- jouent une Coupe d’Europe cette saison. Je pense qu’il y a d’autres clubs en Ligue 1 qui aimeraient jouer une Coupe d’Europe. Je pense que c’est normal que les supporters soient dans une situation d’attente, une situation d’espérance, et d’envie. On voit par exemple que ce sont Nicolas de Tavernost et Stéphane Martin qui ont négocié la probable arrivée de Thierry Henry. Il y a d’ailleurs donné son accord à Stéphane Martin et Nicolas de Tavernost, maintenant c’est à GACP de voir si le dossier est validé ou pas. Je trouve que ce serait une chose exceptionnelle d’avoir Thierry Henry à la tête des Girondins de Bordeaux. Il faut bien évidemment que GACP soit un acteur fort, un acteur qui permette aux Girondins de Bordeaux de continuer leur éclosion. J’estime que si Nicolas de Tavernost, qui est un excellent chef d’entreprise, un personnage incroyable, un businessman formidable, laisse son club à GACP, c’est qu’il estime que ce fond peut subvenir aux besoins des Girondins de Bordeaux. En revanche, puisque là je parle de toute la situation que traverse actuellement le club, je comprends le président Stéphane Martin quand il dit qu’un entraîneur n’est pas plus haut que l’institution. On voit d’ailleurs que l’agent de Laborde disait que Gustavo Poyet était au courant. Donc je peux comprendre, qu’à un moment, les limites aient été dépassées et que les Girondins ne l’acceptent pas. Mais je trouve que dans une situation aussi difficile, aussi compliquée, les dirigeants arrivent à bien tenir leur direction, à bien tenir le bateau.

 

Bien que certains dirigeants au sein de l’organigramme du club n’aient peut-être pas les épaules pour tenir leurs fonctions…

Moi je pense que les Girondins de Bordeaux est un très grand club français, qui a une histoire formidable, une histoire particulière avec des présidents légendaires. Je pense à Claude Bez, avec des périodes très fructueuses. Je pense à l’époque de Laurent Blanc, le jeu proposé par les Girondins était somptueux. Et ce club-là a une histoire formidable, une ville formidable. Et les bordelais méritent effectivement que ce club joue le très haut du tableau français. On est d’accord, ce n’est pas toujours très simple. En revanche, ce qui est sûr, c’est qu’il y a des gens au sein du club qui devraient prendre leurs responsabilités, où qui sont peut-être trop haut placé dans ce club, et qui ne prennent pas assez leurs responsabilités.

 

 

D’un point de vue extérieur, quels sont les points noirs de ce club ?

Je vais avoir un discours assez dur. Je pense que parfois -et je ne parle pas des Ultramarines, qui sont un grand groupe de supporters, qui savent mettre la pression et qui sont puissants- mais je pense que parfois, cela manque de ferveur. Je pense que ce club s’est parfois trop laissé endormir. J’ai l’impression que parfois, ça s’embourgeoise. Il y a le côté Château du Haillan, le côté tranquillité. Et ce club mériterait parfois d’avoir un petit peu plus de ferveur, d’engouement, d’avoir un peu de pression. Et c’est cela qui permettrait au club d’avoir une certaine puissance, un peu plus de force. On peut faire le lien avec les supporters, mais je pense que ce club-là s’est aussi laissé endormir par une certaine lassitude, une certaine habitude, au sein du club, et je trouve ça dommage. Parce que bosser dans un club de foot, c’est un truc formidable. C’est un truc qui doit être passionnant, chaque week-end, il y a des nouveautés, des péripéties. Et ça, en revanche, à Bordeaux, on s’est peut-être laissé endormir par le fait qu’on est aux Girondins, trop tranquille, que la vie est belle, qu’il n’y a pas trop de pression. Je pense que certains dirigeants, et je ne parle pas de tous les hauts dirigeants, mais certains salariés peut-être, devraient se remettre en question, et comprendre que, être aux Girondins, cela doit être une pression quotidienne ! Mais, après, c’est un club qui a des bases très saines. Il y a des hauts dirigeants, un état-major, et je parle surtout de Nicolas de Tavernost et Stéphane Martin, qui bossent bien. La mission, elle va être sur le nouveau repreneur, de tenir une mission claire et faire en sorte que les Girondins de Bordeaux soient très haut placés.

 

Trouves-tu la rumeur Thierry Henry crédible ? Il y a d’un côté le grand Thierry Henry et de l’autre côté un club qui est en tourment. La mayonnaise va-t-elle prendre selon toi ?

Bien sûr que je trouve l’idée crédible puisque c’est une information RMC Sport, une information Nicolas Paolorsi, qui bosse super bien à Bordeaux. Il fait un travail de fou et il a sorti beaucoup d’infos. Et il a eu la confirmation que Thierry Henry avait donné son accord aux dirigeants. C’est-à-dire qu’il a donné son accord aux actuels dirigeants que sont Nicolas de Tavernost et Stéphane Martin. Les discussions sont très avancées, il a donné un accord de principe. Mais cet accord de principe est conditionné à un rendez-vous avec GACP et notamment avec Joe DaGrosa. Ce profil doit être validé par les 2 parties. C’est crédible, mais ce n’est pas encore fait.

 

Que penses-tu du mercato des Bordeaux, qui a vu arriver des joueurs méconnus (Samuel Kalu, Sergi Palencia, Toma Basic…) et un joueur de 33 ans (Jimmy Briand) ?

Je pense que c’est un mercato particulier, comme on a pu le voir. Il n’y a pas eu de gros mouvements. L’OM n’a pas beaucoup bougé, Lyon n’a pas beaucoup bougé aussi, le PSG n’a quasiment pas bougé pour le moment. Il n’y a pas eu de mercato de folie avec les grands clubs. Cela a été un mercato particulier à l’image de ce qu’ont fait les Girondins. Les Girondins ont beaucoup de joueurs, il y a aussi des jeunes qui arrivent, qui ont du talent. Je pense à Tchouaméni, je pense à Youssouf. Ces joueurs-là, ils ont besoin aussi d’avoir un peu de temps de jeu. Ce n’est pas facile de recruter avec un nouveau repreneur qui a ses idées. Ça va être intéressant. Je suis pressé de voir le petit Kalu. Je me dis que c’est cohérent sur le papier. C’est fait en sorte que les Girondins soient toujours compétitifs. Bon, pas pour jouer la première, la deuxième ou la troisième place pour le moment.

 

 

Vers quels joueurs de Ligue 1 ton regard se serait-il porté si tu étais recruteur ?

Ce n’est pas simple, je me mets à la place de Stéphane Martin, à la place de DaGrosa, je ne sais pas trop. Les Girondins devraient un peu plus se focaliser sur la post-formation, comme ils ont fait avec Youssouf Sabaly. Si j’étais recruteur des Girondins de Bordeaux, je me placerais directement sur un joueur comme Ruben Aguilar, le joueur de Montpellier. Il est extrêmement talentueux. Et je verrais des profils entre 6 et 8 millions d’euros, pour essayer de faire grandir mon équipe et mettre un peu plus de talent. Il faut réfléchir un peu, cette question me prend un peu de court. Il y a plein de petits profils. Quand je vois Sliti à Dijon, il serait intéressant pour un club comme les Girondins. Pour l’instant, il faut voir quelle sera la force de frappe de GACP. Après ça, le mercato sera peut-être différent. À la place des dirigeants actuels, des profils comme Aguilar, comme Sliti, comme Alakouch de Nîmes, je me mettrais dessus parce que je pense qu’il faut renforcer par du talent, du talent qui peut grandir et les construire encore plus.

 

Comment vois-tu la saison à venir des Girondins de Bordeaux ?

La saison des Girondins, je la vois tumultueuse, parce que ce n’est jamais simple une année de changement de propriétaires. Les Girondins ont quand même perdu ce week-end contre Toulouse, c’est un début de saison très compliqué. Avec un peu plus de calme, de patience, les Girondins vont se réveiller et l’équipe va tourner avec Palencia, le petit croate Basic, Kalu qui va, je l’espère, s’exposer en France. Je pense que ça va tourner et je ne les vois quand même pas loin de la 5ème ou 6ème place.

 

Et la tienne ?

C’est une bonne question ! Je la vois cool, je la vois avec des déplacements, je la vois avec de la Champion’s League, je la vois aussi avec un Breaking Foot qui va être de plus en plus fort. Il y aura des nouveaux studios, des nouveaux décors. D’ailleurs, on va beaucoup parler des Girondins cette saison, puisque les droits des Girondins seront sur RMC Sport avec la Ligue Europa, il y aura beaucoup de place pour les Girondins. Je rappelle que l’année dernière on a fait venir 3 invités des Girondins de Bordeaux dans le studio. On a reçu Stéphane Martin, un joueur aussi… On veut mettre en avant les clubs qui sont en Coupe d’Europe sur nos antennes. Je vois ma saison très belle avec Breaking Foot à 19h30, et une émission qui va être allongée de plus de 15 minutes. On aura l’occasion de venir parfois au Matmut Atlantique pour des matchs des Girondins, si ça tourne bien. Je la vois sympa, je la vois remplie, je la vois fatigante. Mais je la vois tellement passionnante, tellement enrichissante, je me dis que ça va être génial. On fait le plus beau métier du Monde, le football. Et ce n’est pas un travail, c’est une passion. Et quand on se lève le matin pour aller au travail, et qu’on se dit que c’est pour faire du foot, il n’y a rien de plus intéressant, rien de plus sympa.

 

 

Merci beaucoup Mohamed pour ta disponibilité et ton professionnalisme !

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Denis
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Denis

un beni oui oui de plus qui cire bien les pompes des dirigeants