InterviewG4E. Louis Gomis : « Bordeaux, c’est un club qui doit être dans le Top 15 européen »

Ancien joueur des Girondins de Bordeaux, Louis Gomis a accordé une interview à Girondins4Ever. Formé à l’OGC Nice, le marseillais de naissance aborde ses souvenirs bordelais, ses fonctions au Stade Bordelais, et le match à venir entre Aiglons et Girondins. Entretien.

 

Louis Gomis

 

Tu as arrêté ta carrière en 2001, à la fin de ton aventure toulousaine, à l’âge de 30 ans seulement. Pourquoi avoir arrêté si tôt ?

J’ai dû faire un choix, entre le fait de poursuivre ma carrière, car j’avais la possibilité d’aller en Angleterre, ou m’occuper de ma petite famille, notamment de mon fils. Je suis resté à Toulouse, parce que c’était très compliqué pour moi de partir à l’étranger. C’était un choix de cœur et de famille on va dire. J’étais très motivé pour découvrir le championnat anglais, mais bon, il a fallu faire un choix. J’ai mis un terme à ma carrière à Toulouse, au moment où le TFC a déposé le bilan.

 

Quelles sont tes activités aujourd’hui ?

Aujourd’hui, principalement, je suis responsable de l’école du foot du Stade Bordelais. Je gère toutes les catégories de U7 à U17. Stabiliser l’école de football, le travail qui est fait, c’est le principal. Je suis à plein temps au Stade Bordelais.

 

Quel genre de rivalité il y a-t-il entre le Stade Bordelais et les Girondins de Bordeaux ? 

Un peu comme toutes les rivalités que l’on peut trouver dans toutes les villes. Quand les amateurs ont la possibilité de rencontrer et de rivaliser avec les équipes de jeunes professionnelles, il y a toujours de l’engouement. Et je ne te cache pas que les plus excités, c’est souvent les parents. Savoir que leurs enfants vont jouer contre les Girondins… Les enfants sont aussi très motivés, mais après, cela ne va pas plus loin que ça. La rivalité ? Si on était un club professionnel, si on avait une section sportive, on pourrait prétendre rivaliser. Nos meilleurs joueurs, à un moment donné, s’ils ont moyens d’aller aux Girondins, on les pousse à y aller. C’est un cadre, c’est quelque chose à découvrir pour eux. Après, ce n’est pas vrai pour toutes les tranches d’âges. On sait que les gamins sont toujours très excités pour porter le maillot des Girondins. Un gamin qui a 14-15 ans, on favorise plus le fait qu’il y aille, quand les Girondins s’intéressent à lui. Quand c’est les tout petits, U8, U9, c’est tôt. Il faut vraiment avoir un petit virtuose, pour se dire « il vaut mieux qu’il soit là-bas », et encore, à cet âge-là, il faut vraiment qu’il pense à s’amuser. Qu’il soit aux Girondins ou dans un club amateur, je ne pense pas que ce soit là que les choses se fassent. Mais voilà, la rivalité, elle n’a rien de particulière.

 

Tu es né à Marseille, puis tu as évolué à Nice puis Bordeaux. Trois environnements très agréables. Pour quelles raisons es-tu revenu sur Bordeaux après la fin de ta carrière ?

À ton avis ? (rires) Pour quelles raisons les gars qui sont passés à Bordeaux, reviennent à Bordeaux ? La principale raison, c’est la qualité de vie. Je suis né à Marseille. Nice, c’est, avec quelques différences, le même environnement. J’y suis né, je connais en long, en large et en travers la région. Après, je suis passé à Bordeaux et Toulouse, j’ai donc découvert deux villes du sud-ouest, deux villes charmantes. Sachant que quand j’ai quitté Bordeaux pour aller à Toulouse, j’y ai découvert une ville dynamique. La qualité de vie, l’environnement bordelais, s’est nettement amélioré, développé, contrairement à celui de la ville toulousaine. Je n’ai pas passé beaucoup de temps à Bordeaux, mais je suis m’y suis fait de vrais amis. Le sud-est, j’y descends régulièrement pour les vacances. Mais c’est dans le sud-ouest que je me suis construit et développé, plus que dans le sud-est.

 

Te vois-tu avoir des fonctions similaires à celles aux Stade Bordelais, au sein d’une équipe professionnelle ?

Sans problème. Ce serait quelque chose qui me stimulerait, qui me motiverait. Ce que je fais, je le fais par passion, mais j’ai aussi des convictions. Ce que je fais actuellement, serait plus adapté à une structure professionnelle. Je fais les choses avec conviction, je prends en compte l’environnement dans lequel je suis. Il faut prendre la mesure de ce que l’on peut faire ici ou là. Mais cela ne me poserait aucun problème de le faire dans un club professionnel, au contraire.

 

Louis Gomis

 

Quelles sont tes relations avec Bruno Da Rocha ? Comment en es-tu venu à travailler avec lui ?

Les relations, elles datent de ma venue à Bordeaux. C’était mon voisin de vestiaire, et ce n’était pas le dernier pour déconner ! Sur et en dehors du terrain. Que ce soit avec lui, ou même des potes de vestiaire. On avait un groupe très joyeux et très vivant. C’est pour cela qu’on prend toujours plaisir à se revoir. Mes relations se sont renforcées quand il a été prêté à Toulouse. Ce sont Alain Giresse et Didier Couecou qui nous font venir à Toulouse, eux qui étaient en poste là-bas. C’est comme ça que mes liens se sont renforcés avec Bruno, et Sylvain N’diaye aussi, qui était un jeune du centre de formation de Bordeaux, qui était prêté à Toulouse. Depuis on a toujours été en relation. On a deux enfants qui ont le même âge, on a toujours été très proches. Quand j’étais un peu à l’écart du foot, Bruno me racontait le travail qu’il effectuait à Cenon. À un moment, par l’intermédiaire d’un ami qui était à Colomiers, William Prunier, j’ai eu le poste de responsable technique de l’équipe de Colomiers. Après mon aventure à Colomiers, j’ai voulu continuer, j’avais envie de faire des choses au sein d’un club, c’est ma passion. L’idée de venir à Bordeaux a été suscité et encouragé par Bruno. Il m’a dit « moi je suis au Stade Bordelais avec Lilian Laslandes, un mec comme toi ça pourrait faire du bien. Je me suis dit « pourquoi pas ? ». Je suis venu, j’ai vu, j’ai commencé à avoir des fonctions « minimes ». Les gens autour de moi, étant contents, m’ont proposé de pérenniser mon poste. C’était dans le sens de ce que je voulais faire aussi. Avec Bruno, on est en constante relation. On est constamment en train de parler football, d’ailleurs ça agace notre entourage (rires).

 

Que retiens-tu de ton passage aux Girondins de Bordeaux ?

Il y a deux facettes. Dans le foot, souvent, on dit que c’est un peu hypocrite, que c’est compliqué de se faire des amis. Des amis, je ne vais pas dire qu’on s’en fait dans chaque club qu’on connait. Mais ce vestiaire que j’ai connu à Bordeaux avec Bruno, il y avait quand même une sincérité concernant l’affection que les uns et les autres se portaient. Il y a des mecs, on sait très bien que c’est sincère. Il y a eu beaucoup de va et viens, mais moi, je n’y suis passé que deux ans. J’ai connu beaucoup de joueurs, dans différents vestiaires. On va dire que le succès crée des liens, mais tu vois, le titre de champion, je ne suis pas concerné. La première saison, en 1997, était un peu compliquée pour ce groupe. Ce groupe s’est conforté avec l’arrivée de joueurs comme Ali Benarbia, qui l’a tiré vers le haut. La plupart des mecs qui étaient dans cette aventure-là, on a des liens assez forts. Ça c’est le positif. Maintenant, le négatif. J’ai découvert l’envers du football. Des fois, on est au courant de pratiques, de certains dirigeants, certains entraîneurs… Mon arrivée à Bordeaux m’a permis de découvrir ça, à mon détriment. À un moment donné, il y avait un conseiller, qui était un ancien entraîneur, qui commençait à mettre des choses en place. Et l’entraîneur qui était en place, est arrivé, avec des données, qui n’étaient pas forcément erronées. C’était la première fois qu’il quittait un club et qu’il reprenait un nouveau club. Ma situation sportive est devenue après, une situation politique, compliquée, car après, moi aussi de mon côté, j’ai refusé certains choses, qui ont fait que j’ai été mis à la marge. Sur la deuxième saison, je n’ai quasiment pas joué. J’ai eu quelques soucis extra-sportifs, sur ce qui avait été prôné à Guy Stéphan, l’entraîneur qui avait été mis en place, avec qui j’ai eu une discussion. Il a avoué qu’à un moment donné, on ne lui avait pas forcément dit la vérité, et, au moment où il s’en est aperçu, il a été viré 3 matches après. Bordeaux devait être un tremplin sportif, et cela a été un petit cercueil, où l’on a failli m’enterrer. J’ai pu rebondir à Toulouse, même si ce n’était qu’un club de deuxième division. Mais mon quotidien de sportif, malgré ces évènements, n’a pas été touché. J’ai réglé mes problèmes tout seul. Au moment de venir à Bordeaux, j’avais le choix.

 

Tu avais quels choix ?

J’avais Monaco, qui me proposait le double de ce que je touchais à Bordeaux et je pouvais y aller les yeux fermés car, le président et l’entraîneur, qui avaient à l’époque des désaccords, étaient tous les deux ok pour me faire signer. Mais j’avais justement choisi de quitter le sud-est. Monaco, c’était à côté de Nice. Cela faisait deux ans que Bordeaux, où l’entraîneur en place, m’avait ficelé.

 

Quel est ton avis sur le début de saison des Girondins ?

Depuis une certaine période, il y a toujours eu des hauts et des bas. Ce club a besoin de stabilité, ce club a besoin d’un projet, d’un vrai projet. Je te parle de Bordeaux, mais je pourrais te parler d’une autre équipe. Quand on est supporter, on vient, on voit des matches, on se dit qu’on se fait chier… Après, il y a une chose dont il faut tenir compte, c’est qu’à un moment donné, il ne faut pas confondre « qualité de jeu » avec « niveau de jeu » et quand on est un jeune joueur, comme cet effectif, il faut tenir compte que cela n’est pas simple non plus. Justement, c’est au club d’avoir les personnes qu’il faut pour encadrer. Nice a essayé de faire ça, et a réussi à le faire. Là, ils ont changé d’entraîneur, mais je pense qu’il y a toujours un projet de jeu. Et quand je les vois jouer, je sais qu’ils vont y arriver. Bordeaux, je pense que c’est un club où il y a besoin d’un patron, qui donne un projet de jeu, et que tout le monde s’y colle, soutenu par tout le monde, pour qu’à un moment donné, les jeunes joueurs puissent avoir des certitudes dans ce qu’ils vont proposer, pour aller de l’avant et gagner en régularité. Ce club, il lui faut de la stabilité et de la sérénité. Avec le travail, il n’y a pas de raison. Là, il y a trop d’incertitudes, ces derniers temps, pour qu’à un moment donné, on ait de la sérénité. Bordeaux devrait être loin devant Nice par rapport à ce type de projet, et c’est un club qui devrait talonner l’Olympique Lyonnais. Bordeaux devrait avoir la capacité d’être attractif, aussi bien pour les jeunes que pour des joueurs expérimentés.

 

Quand tu parles d’un patron à Bordeaux, tu penses que Ricardo n’est pas forcément celui qu’il faut ?

Quand je te parle d’un patron, que ce soit Ricardo ou Mourinho, il est mis en place par la direction. Ricardo, il a été appelé car c’est quelqu’un qui connaît la maison, le club. Après s’est séparé des derniers techniciens, le club avait besoin de quelqu’un de confiance. Ricardo, je ne le connais pas personnellement, je n’ai pas assez de recul sur le travail qu’il fait. Bordeaux, aurait dû régler ce qu’il y avait à régler, s’il y avait un problème, pour que la saison démarre avec un nouveau technicien, mais en début de saison. Quand on fait dans l’urgence, on ne peut pas dire forcément que l’on fasse que de bonnes choses. Il faut tenir compte de tout ça, l’environnement du football a changé, par rapport à la fin des années 90.

 

Ont-ils les moyens de faire une belle saison ? Mieux que l’an dernier ? 

Dans le football, rien n’est impossible. Quand je parle de sérénité et de stabilité, les résultats positifs vont peut-être plus aller dans ce sens. Bordeaux, ils ont 14 points. Devant, Marseille est à 19 points, Montpellier est à 19 points. En bas, l’avant-dernier est à 9 points. Bordeaux, l’entraîneur est arrivé en cours de saison, il y a eu des changements ces dernières années. Quand il y aura plus de stabilité dans ce club, Bordeaux, c’est un club qui doit être dans le top 5 – top 6 du football français, et même, dans le top 15 du football européen. C’est une ville dans laquelle il doit un avoir un top club. Dans un pays comme la France, si un club comme Bordeaux ne fait que végéter dans la deuxième partie de tableau toute l’année, on se dira que ce n’est pas possible. C’est facile à dire, mais aujourd’hui, il faut d’énormes moyens pour pouvoir rivaliser avec les meilleurs en Europe. Mais avant ça, il faut déjà se conforter sur le plan national et avoir, de temps en temps, son mot à dire en Europe.

 

Ce week-end, te sentiras-tu Niçois ou Bordelais pour ce match ?

Même ça je le prends comme quelque chose de positif. Quand tu m’as demandé mes souvenirs à Bordeaux, quand je te cite le négatif, ce négatif là s’est transformé en positif. Nice m’a fait naître, donc je suis niçois de naissance. Mais si Bordeaux gagne, ça me ferait moins chier que si Nice perdait contre Monaco. Mais après, de nature, je ne suis pas quelqu’un d’aliéné, j’aime le beau football. Moi qui suit par exemple, marseillais de naissance, je suis aussi supporter de l’OM, ça ne m’empêche pas d’être critique sur ce qu’a fait Marseille à un moment donné, et faire des éloges quand le bon travail est fait. J’espère voir un beau match. Je sais que Nice a plus besoin de points que Bordeaux, donc ce serait bien que Nice fasse un bon résultat. Mais je ne voudrais pas non plus que les jeunes bordelais soient dans le doute. Le plus important, c’est qu’il y ait du ballon, du jeu, le meilleur l’emportera.

 

À quel genre de match doit-on s’attendre entre deux équipes qui restent sur une défaite ?

Nice ne va pas fermer le jeu, ce n’est pas dans leur culture. Et comme Bordeaux est à domicile, l’équipe qui va avoir la possession va acculer l’autre et l’autre va jouer en contre. Mettre un bloc. Ou Bordeaux va se dire que Nice va vouloir jouer, et qu’il faudra les contrer. Est-ce que Bordeaux va vouloir essayer de développer du jeu ? Est-ce que ce sera un match ouvert ? L’une et l’autre vont répondre du tac au tac. J’aimerais que ce soit ça. Après, je ne connais pas l’état psychologique et mental des bordelais. Les niçois, j’ai vu leur dernier match contre Marseille, et Marseille ou pas Marseille, ils ont fait leur jeu avec leurs qualités. Pour faire un bon match il faut être deux. Bordeaux est à domicile, ils sont obligés de développer quelque chose. Nice va proposer du jeu. C’est un match pour gagner en confiance, avec un résultat.

 

Quel est ton pronostic ? 

Ouh… je n’ai pas les compositions ! Je vois bien Saint-Maximin marquer. C’est un petit canaillou. Est-ce qu’il y aura beaucoup de buts ? Balotelli, je ne sais pas… Saint-Maximin et Cyprien pour Nice, et pour Bordeaux… On va faire du classique, Briand pour Bordeaux. Je ne vais pas faire mon fayot, mais je vois un 2-2 ! Et un but de Koundé, avec autorité, de la tête ! Je vois Nice mener, Bordeaux revenir par un but de Koundé avec à la fin un 2-2. Avec un match plein d’éclats et de rebondissements, je l’espère.