InterviewG4E. Jimmy Algerino : « Je pense que Ricardo est la bonne personne pour le projet girondin »

JIMMY ALGERINO

A l’approche de Bordeaux-Paris, nous nous sommes rapprochés d’un joueur qui a marqué le Championnat de France avec notamment le Paris Saint-Germain, Jimmy Algerino. Avec un total de 389 matches en carrière professionnelle, l’ancien latéral droit du PSG a surtout connu ses plus belles heures dans le club de la Capitale, là où il fut notamment sous les ordres d’un certain Ricardo pendant deux saisons. Le natif de Toulouse a bien entendu évoqué avec nous la rencontre de ce dimanche, mais également le rachat du club, Pierre Espanol qu’il a connu à Paris, Hervé Bugnet qu’il a connu à Châteauroux, et bien d’autres sujets que vous allez découvrir ci-dessous. Un réel plaisir. Interview.

 

Quel regard portez-vous sur la saison des Girondins de Bordeaux ?

« Pour être franc avec vous, je n’ai pas vraiment suivi les Girondins sur ce début de saison. En plus avec l’imbroglio sur la vente, il s’est en tout cas passé pas mal de choses. Avec l’arrivée de Ricardo au sein du club, mon intérêt s’est aiguisé. J’étais curieux de voir comment les Girondins allaient rebondir et puis surtout, comment cela allait se passer pour Ricardo ».

 

JIMMY ALGERINO

(Photo by JACQUES DEMARTHON / AFP)

 

D’ailleurs, lorsque vous étiez joueur, vous aviez vous-même la volonté de vous engager à Bordeaux, mais cela ne s’est finalement pas fait… Au final, vous signez à Paris, et vous connaîtrez un certain Ricardo, donc. Quels souvenirs gardez-vous du désormais manager du FCGB ?

« C’est quelqu’un pour qui j’ai beaucoup de respect. Déjà en tant qu’homme, car c’est quelqu’un de brillant et d’intelligent et qui connait parfaitement le football et pas que le football brésilien. Toujours accompagné de cette gentillesse et de cette volonté d’apporter des conseils. Avec ce qui lui est arrivé comme problème de santé qui plus est, cela n’a fait que renforcer cette relation et ce sentiment que j’ai pour lui. Cela fait très longtemps que je ne l’ai pas vu. Je devrais être d’ailleurs au match Bordeaux-PSG de dimanche en ayant le plaisir de le retrouver, ainsi que Pat’ Colleter. Je pense que c’est la bonne personne pour le projet girondin, même s’il est déjà passé par le club. Je pense que cela peut être le manager qui peut faire rebondir les Girondins après toutes ces années M6 et de repartir sur un projet sportif de qualité et ambitieux ».

 

On dit ici, des suites de son premier passage en Gironde, qu’il est plutôt un entraîneur catalogué défensif. Était-ce le cas déjà à l’époque ?

« Non, pas forcément. Il y avait de tels joueurs à l’époque, qu’il y avait cette obligation de jouer, de créer du jeu et d’attaquer, il y avait un potentiel offensif énorme. Aujourd’hui, il est arrivé à Bordeaux dans une période où il fallait reconstruire et faire quelques modifications dans l’effectif, d’où cette direction là. Ricardo n’a pas cette volonté farouche de défendre. Evidemment, c’est un défenseur, il a toujours cette culture. Mais il aime avoir le ballon, il donne surtout des conseils pour que l’équipe s’en sorte bien et amène le danger dans le camp adverse. Personnellement, je n’ai pas cette impression non, car j’ai vu quelques matches des Girondins que ce soit en Europa League ou en championnat, où on sent vraiment qu’ils sont tout proches de trouver un certain jeu et la possibilité d’apporter vraiment plus de danger et plus d’occasions. Il a cette capacité pour mettre les joueurs dans de bonnes conditions, si on suit l’exemple d’Otávio. Il est vrai par contre que dans l’entre-jeu, Ricardo aime avoir des joueurs costauds qui récupèrent la balle et qui ont cette capacité à jouer vers l’avant et à se projeter, que ce soit balle au pied ou avec des passes. Il y a une vraie volonté d’avoir des joueurs qui maîtrisent le milieu de terrain en termes de récupération et de relance ».

 

Ricardo et Eric Bédouet

 

Quel regard portez-vous sur le fait qu’il ne puisse pas être reconnu comme l’entraîneur officiel des Girondins, faute de « diplômes » à jour ?

« Si on le voit d’un coté purement français, cela permet de protéger les coachs français et la législation qui existe. En l’occurrence ici, quand on connait le passé de Ricardo, cela parait un peu bizarre. L’UEFA devrait maintenant mettre en place des équivalences entre les pays. Un coach brésilien a autant de qualités qu’un coach français, qu’un coach italien… Il faudrait harmoniser ces diplômes. Dernièrement j’ai lu son interview dans L’Equipe, où il est plein d’humilité, où il accepte la situation par rapport aux autres coachs et aux lois. Bordeaux va faire le nécessaire pour que son diplôme soit reconnu et qu’il puisse être à la tête de l’équipe, même si on sait qu’il y est. Aujourd’hui, les personnes qui composent son staff sont compétentes et complémentaires. A ses cotés, il y a Eric Bédouet aussi, qui est une personne très compétente. La petite boutade est aussi sujet du français de Ricardo. Lorsqu’il reste un peu trop longtemps au Brésil, il en oublie des mots et des expressions, c’est plus clair que ce soit Bédouet. Cela aurait été bien que Pat’ Colleter puisse faire ces interventions aussi. Ils se connaissent bien, ils ont déjà travaillé ensemble. On peut rajouter Pierre Espanol, que j’ai connu comme adjoint au PSG avec Philippe Bergeroo. Je pense qu’il y a vraiment un bon encadrement, de la bonne qualité, lorsque l’on regarde la formation notamment. Il faut maintenant que le club reparte et réinvestisse un petit peu. Amener aussi de bons jeunes au centre de formation pour repartir sur une belle décennie et retrouver les Girondins de Bordeaux au plus haut niveau. C’est un toulousain qui vous dit ça en plus (rires). Je le pense vraiment ».

 

Comme vous venez de le dire, vous avez connu une autre personne aujourd’hui à Bordeaux, Pierre Espanol. Il s’agit ici de quelqu’un de l’ombre, qui s’occupe des jeunes, supervise les équipes adverses, et une personne que l’on appelle à chaque fois en cas de coup dur de l’équipe pro… Une personne de confiance.

« Avec Pierre, on s’appelle régulièrement, quel que soit son poste au club. Ricardo et Pat’ Colleter ont joué ensemble, il y a un lien très fort. Mais il y a aussi ce lien avec Pierre, car il connait lui aussi très bien le foot. Il a une vision du foot qui se rapproche assez de celle de Ricardo. Et puis surtout maintenant, c’est un vrai bordelais qui connait bien la maison, qui connait bien les joueurs. Cela va être un atout supplémentaire pour redynamiser l’effectif girondin et ramener des jeunes joueurs avec les pros. Pour moi, tout est réuni, c’est clair ».

 

Aujourd’hui, Paris n’a presque rien à voir avec l’équipe que vous avez connu. N’est-ce pas un peu déroutant, est-ce qu’on arrive à reconnaître tout de même ce club ?

« Il y a une réelle fierté de faire partie de cette famille-là, car c’est le terme. On est tous derrière eux, on est là à apprécier les performances en championnat. Et des fois à s’inquiéter un peu et en espérant que ce cap sera passé en Ligue des Champions. Qu’ils continuent de battre des records, et pas qu’en championnat pour le coup. Il n’y a pas de jalousie ou de sentiment négatif, car nous à l’époque nous avions une belle équipe. Quand je suis arrivé à Paris, ils venaient d’être champions d’Europe. On fait la saison d’après avec Ricardo cette finale perdue contre Barcelone. C’était un club, sur le plan européen, qui faisait partie des meilleurs, comme l’a été Bordeaux. C’est toujours un plaisir quand je me déplace. Mercredi, je serai au Parc des Princes contre Liverpool en les supportant. Je pense qu’ils peuvent faire le match qu’il faut. Et j’espère qu’ils aient cette possibilité de passer le cap de la Ligue des Champions ».

 

Comment voyez-vous la rencontre de ce week-end entre Bordeaux et Paris ?

« Au jour d’aujourd’hui, je dirais que Paris va dérouler et que Bordeaux n’a pas beaucoup de chances face à une équipe comme le PSG. Maintenant, il y a un match de Ligue des Champions ce mercredi, et quel que soit le résultat… Je pense que même s’il y a un très bon résultat contre Liverpool, c’est un match qui laissera des traces. Dans un premier temps car il y a déjà deux joueurs un peu blessés, beaucoup d’énergies dépensées. Contre Bordeaux ce sera difficile pour le PSG, car se remettre dans le contexte du championnat, même s’ils l’ont toujours bien fait jusqu’à présent, cela n’empêche que ce sera compliqué. A Bordeaux de se révéler, avec un Costil des grands soirs, des joueurs qui auront envie de se mettre en évidence. Mais aussi un nouveau Président, qui va avoir cette opportunité de vivre ce match de gala. On l’a vu contre Toulouse au Parc, ce sera similaire, vraiment pas évident. Avec quelques circonstances favorables aux Girondins, un public à fond derrière eux, cela peut créer –un exploit je ne sais pas- un très bon match et peut-être prendre des points. La victoire je n’y crois pas trop. Il y a une telle dynamique en championnat coté parisien, cela peut être difficile pour les Girondins. En cas de défaite du PSG face à Liverpool, ce sera dans tous les cas une contre-performance même s’il restera un match à Belgrade. Jusqu’a présent, le PSG a toujours répondu, et a toujours fait en sorte de se rattraper en championnat. Aujourd’hui, ils ont une telle marge que je ne sais pas si cela mettra Paris dans une situation psychologique complètement à l’envers. En sachant que quel que soit le résultat, la qualification ne sera acquise ni perdue. Ce dernier match à Belgrade sera tout aussi important. Pour moi, il n’y aura pas cette décompression de lâcher ce match en championnat. Il y a aura peut être cette attente coté bordelais, mais moi je n’y crois pas ».

 

Du côté de Bordeaux, le club vient d’être racheté par un fonds d’investissement américain. Quel regard portez-vous sur cette nouvelle étape dans la vie du club ? Est-ce que cela peut lui permettre de passer un cap et de revenir sur le devant de la scène ?

« Ce que je regarde aujourd’hui, c’est qui gère l’équipe ? Qui gère le sportif ? Qui sont les responsables sportifs ? Il y a beaucoup de compétences à avoir. Comme cela avait été le cas au PSG, il y avait Léonardo, puis Kambouaré, Ancelotti, des joueurs de renom ensuite. Sur ce plan-là, je n’ai pas de crainte. Les craintes sont sur l’effectif, et l’amalgame entre les joueurs d’expérience et les jeunes. Est-ce qu’il y a assez de joueurs cadres ? Les jeunes peuvent-ils se mettre au niveau ? C’est plus sur ce plan-là où il y a un doute. Il faudra voir l’année prochaine avec les investissements, la continuité avec le staff. Le club doit vraiment se reposer sur des valeurs de continuité, de compétences, avec le staff et la formation notamment. Personnellement, je ne pense pas que ce sera un problème financier. Pour Lille par exemple, il y a eu des erreurs de donnes. Que ce soit sur le coach, sur des choix pas pertinents. On peut prendre l’exemple de Marseille aussi. Aujourd’hui, il y a cette qualité et cette compétence à Bordeaux au niveau de l’encadrement qui n’est plus à remettre en question, c’est en termes de joueurs. Par rapport à ce début de saison et les départs, on peut se poser des questions sur certains joueurs. Certains vont se révéler, d’autres suivront. Le constat sera peut-être de dire qu’il manque un ou deux joueurs sur telle et telle ligne. A mon avis, on ne verra pas Bordeaux dans les dernières places du championnat et lutter pour le maintien. Cela peut être une saison moyenne, se retrouver dans le ventre mou. Mais je pense que la cause sera au niveau de l’effectif, pas au niveau de l’encadrement ».

 

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Vous avez aussi côtoyé Hervé Bugnet du coté de Châteauroux, avec qui vous avez lié rapidement une forte relation. Que pensez-vous de cette personne ?

« Je l’ai croisé récemment car j’ai des amis sur Bordeaux. Au restaurant on s’est croisé, c’était un plaisir de le revoir, on a repris contact. C’est un mec que j’aime beaucoup, une personne vraie, que ce soit maintenant ou quand il jouait. Avec des qualités, mais un comportement et des attitudes peut-être pas d’un professionnalisme à toute épreuve. C’était quelqu’un sur qui on pouvait compter, et qui était vraiment bon sur le terrain. Souriant, toujours de bonne humeur, c’est quelqu’un avec qui je n’ai pas joué longtemps, mais je garde pour autant un très bon souvenir de lui.  Le fait d’être parti de Bordeaux, cela lui a fait du bien. A cause du contexte bordelais et du fait d’être barré par certains joueurs ou certaines personnes. Il avait les qualités pour jouer aux Girondins et avoir un niveau très intéressant. Ce qu’il a fait, il l’a bien fait, il ne s’est pas renié non plus. Il a été Hervé tout au long de sa carrière. Comme tout joueur pro, on ne peut pas qu’être satisfait de ce que l’on a accompli. Ce n’est pas un métier facile. Arriver à faire ça, ce n’est pas évident. Je le sais, car les souvenirs que j’ai à son arrivée, ce n’était pas simple. Il nous a apporté énormément, sur le terrain et dans le vestiaire, donc félicitations à lui. On peut forcément toujours faire mieux, mais déjà faire ce qu’il a fait, c’est déjà bien, et félicitations à lui ».

 

Vous avez failli signer à Bordeaux à l’époque… Racontez nous !

« J’aurais pu signer plusieurs fois à Bordeaux. Lorsque j’étais à Châteauroux, avant de partir au PSG, j’avais trois clubs dont Bordeaux, qui étaient sur mes rangs, avec Rennes. J’avais eu d’ailleurs Patrick Battiston au téléphone. J’étais toulousain de base, j’aurais aimé pouvoir me rapprocher de mes amis et de la ville. Je voyais Paris comme étant la capitale, et étant du Sud-Ouest, ce n’était pas ce qui me parlait le plus. L’année d’avant, Bordeaux et Rennes m’avaient déjà contacté, sauf que Châteauroux n’avait pas voulu me lâcher. L’année d’après, c’était déjà écrit que je devais aller à Paris, avec Michel Denisot comme président, c’était déjà écrit. Mais ma volonté personnelle, je n’avais pas mon mot à dire, mais c’était d’aller à Bordeaux pour me rapprocher de Toulouse. Cela ne s’est pas fait finalement. Quand je me suis retrouvé en fin de contrat à Paris, Bordeaux m’avait recontacté car c’était Elie Baup le coach. J’avais refusé car je voulais aller à l’étranger. Je ne suis resté que six mois en Italie, en Serie A, à Venise. Mon retour aurait pu se faire à Bordeaux, on avait discuté à l’époque. Je crois que c’était François Grenet le latéral, de savoir s’il devait partir ou pas. Au final cela ne s’est pas fait. Je suis allé à Sochaux, mais effectivement j’étais en contact avec Elie Baup pour revenir en France et à Bordeaux ».

 

Un très grand merci à Jimmy pour sa sympathie et le temps qu’il nous a accordé.