#InterviewG4E. Hervé Bugnet : « J’aurais dû faire une ‘Marc Planus’… Mais bon, avec des ‘si’, ma tante, je l’appelerai tonton »

Au lendemain de l’interview de Laurent Pionnier, gardien du Montpellier Hérault, Girondins4ever est allé à la rencontre de Hervé Bugnet, ancien attaquant des Girondins et joueur de La Paillade en 2005-2006.

 

Hervé Bugnet

 

Salut Hervé, que deviens-tu depuis la fin de ta carrière professionnelle ?

Ma carrière professionnelle s’est arrêtée en juin 2013 à Evian Thonon Gaillard, un club qui n’existe plus aujourd’hui, enfin, que pour les jeunes. Je crois que le plus haut niveau chez les garçons c’est la DH ou la CFA2, je ne suis même pas sûr. Ça s’est arrêté en juin 2013, sous l’ère de l’entraîneur qui s’est fait évincer de Toulouse, dont je ne citerai pas le nom (NDLR: Pascal Dupraz). Puis ensuite, je suis rentré sur la région bordelaise où j’ai fait 2 années au Stade Bordelais. On a essayé de monter en National, on a failli y arriver. On avait fini 3ème, je crois, cette année-là, en 2014-2015. Après, l’organisme en avait un peu marre… En janvier 2013, je m’étais rompu une deuxième fois les croisés à Evian, donc ce n’était pas évident pour la suite, de retrouver un autre club, un autre challenge. Je savais que le monde pro, après la rupture des croisés, allait s’arrêter. J’ai eu 5 mois pour me conditionner à arrêter le milieu.

 

On t’a vu tout sourire lors du match du coeur avec les anciens girondins. Raconte-nous cette journée inoubliable…

C’est une journée à rééditer tous les 3-4 mois. C’est ce que l’on s’est tous dit ! Une belle journée, pour une cause qui était super bien : l’hôpital des enfants de Pellegrin. Donc ça, c’est le premier point positif. Et ensuite, tout était réuni pour cet évènement, et beaucoup de joueurs de renom ont répondu présent. À savoir Pedro Miguel Pauleta, avec qui j’avais eu la chance de jouer à Bordeaux. Il y avait Fernando Cavenaghi, qui est venu d’Argentine. Marouane Chamakh, qui est également venu. Laurent Blanc… Il y avait du très beau monde ! Nous avons continué cette journée avec, malheureusement, la défaite des Girondins contre Rennes, où nous étions tous ensemble pour voir ce match. Puis on s’est réuni pour continuer notre soirée dans un bar de Bordeaux. La soirée s’est bien passée, et nous avons vécu, oui, une journée inoubliable. Nous nous sommes tous revus, on s’est raconté 2-3 anecdotes qu’on avait durant notre carrière. Puis on s’est chambré sur les équipements, sur plein de choses. Ce que j’ai vécu durant les années 2000 avec les pros, je l’ai revécu le temps d’une journée il y a quelques semaines. Ça fait plaisir, puis on a battu la Real Sociedad 3-0 ! Donc même si on rigole, que c’est pour la cause, on s’est dit qu’on jouait mais que c’était pour gagner ! Il y avait Jean-Pierre Papin aussi, c’était mon idole de jeunesse… Tout était réuni sur cette belle journée !

 

Du bord du terrain, on a vu que vous preniez du plaisir et que la Real Sociedad était assez rugueuse dans les contacts !

Nino (Saveljic), dans le vestiaire, nous a dit : « S’il y en a un qui doit prendre, il va prendre ! ». Comme à l’ancienne quoi (rires) ! En connaissant Nino, on sait qu’il n’est pas fino. À un moment donné, il y en a eu un qui l’a même poussé, et il ne voulait pas se laisser bouger ! On a vu que tous les joueurs sur le terrain étaient tous des compétiteurs et nous ne voulions surtout pas perdre, et encore plus chez nous ! Même si nous avons tous pris du poids, la majorité, on a essayé de faire un petit spectacle, à notre échelle. Ils ont tous 40 ou 50 ans, comme Jean-Pierre Papin, moi 37. Nous avons tous quelques kilos en trop. Les gens qui sont venus nous voir cet après-midi là on était plus que ravis, au-delà de la cause. Les gens sont suite venus sur le terrain, prenant des photos avec tout le monde. J’ai bien vu dans le regard des gens qu’ils étaient contents de revoir les joueurs champions de France avec Bordeaux en 1999. Des joueurs comme Laurent Blanc, Lamine Diatta, qui n’ont pas joué à Bordeaux mais qui ont fait parti de l’histoire du club. Puisque Laurent Blanc était l’entraîneur, Lamine Diatta, lui, est de Lormont, donc tout était bien réuni pour cet après-midi là, c’était génial !

 

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Comment juges-tu cette saison des Girondins de Bordeaux ?

Il n’y a pas une autre question ? (rires) C’est une année compliquée. Au début de la saison, tout le monde a dit : « Bordeaux est bien parti pour faire une belle saison », les résultats étaient là et je pense que la claque prise à Paris a déclenché une spirale négative. Et du coup, ce n’est pas ce que l’ont attendait depuis le début de saison. Heureusement qu’ils ont gagné contre Lille 2-1 le week-end dernier car sinon, cela aurait été compliqué. Maintenant, il faut essayer de finir la saison du mieux qu’ils peuvent. Même si Bordeaux n’est pas trop une ville de foot, et est plus une ville de rugby. Enfin, tout le Sud-Ouest est plutôt un pays de rugby, mais quand les résultats du foot ne sont pas là, les gens se manifestent. C’est qu’ils portent donc, quelque part, un interêt pour le club. J’espère que cela va bien se passer pour la fin de saison, même si le maintien est assuré. Parce que bon, il y a 2 mois et demi de ça, on parlait de maintien, on rigolait, mais on ne rigolait pas trop ! Parce qu’un club comme ça, ne doit pas descendre à l’échelle inférieur. Ils ont redressé la barre avec cette victoire contre Lille, même si ce n’était pas non plus le Real Madrid. Mais bon, ils ont fait le job sur ce match là. Le match d’avant, peut-être pas, mais sur celui-là, ils ont fait le job.

 

Maintenant, il faut essayer de finir la saison du mieux qu’ils peuvent. Même si Bordeaux n’est pas trop une ville de foot, et est plus une ville de rugby. Enfin, tout le Sud-Ouest est plutôt un pays de rugby, mais quand les résultats du foot ne sont pas là, les gens se manifestent. C’est qu’ils portent donc, quelque part, un interêt pour le club. J’espère que cela va bien se passer pour la fin de saison, même si le maintien est assuré.

 

Que changerais-tu, dans l’équipe, ou le club, pour repartir sur de bons rails ?

Quand ça ne va pas dans un groupe, quand les résultats ne sont pas là, on dit que le coach n’est pas à la hauteur. Et quand une équipe va bien, on dit que les joueurs font le boulot. Donc c’est un peu paradoxal. Qui est sur le terrain ? Ce sont les joueurs. Après, bien sûr, il y a l’entraîneur qui donne les consignes, mais ce n’est jamais évident de dire que c’est la faute d’untel. Qui changer dans un groupe, dans un club, dans les dirigeants, les hauts placés ? Je ne sais pas ce qu’il faudrait changer, ce n’est pas à moi de répondre à cette question. Maintenant, je ne sais pas si le groupe M6 a d’autres ambitions. Est-ce que cela va changer ? On entend parler que cela va changer, depuis des années. Mais apparemment, cela commence à se préciser. Est-ce que c’est pour maintenant ? Pour l’année prochaine ? C’est vrai que pour une ville comme Bordeaux, avec un stade pareil, on se doit d’avoir une équipe qui joue au moins les 6-7 premières places. C’est le minimum, vu le standing de cette équipe, de ce nom, et de l’histoire que porte les Girondins de Bordeaux. Je pensais que les Girondins étaient champions tous les 10 ans. 1998-1999, 2008-2009, donc 2018-2019 peut-être ? Mais ça risque d’être compliqué. À moins de changer beaucoup de choses. Maintenant, dans un groupe, il faut des anciens aussi. Si on a que les jeunes, ça ne marchera pas. Si il n’y a que des vieux, ça ne marchera pas. Il faut une osmose dans un groupe, et pas qu’il n’y ait que des jeunes ou que des anciens. Mais ce sont les dirigeants qui commandent, ce n’est pas moi…

 

Que penses-tu du recrutement hivernal ? Qui a changé le courant de la saison de certains clubs, comme St-Etienne par exemple, mais pas celui des Girondins.

Vu le rendement des Girondins aujourd’hui, que peut-on penser ? Tout le monde va dire que le recrutement n’a pas été bon, mais est-ce qu’avant le recrutement, l’équipe tournait mieux ? Je ne suis pas sûr. Paul Baysse a fait les beaux jours de Nice. Soualiho Meïté, qui arrive d’un grand club, qui est l’AS Monaco, peut-être qu’il ne fait pas assez… Je ne sais pas. Je suis peut-être mal placé, les matchs je ne les regarde pas tous, je ne suis pas devant mon écran tous les week-ends. Je ne vais pas dire que j’ai décroché du football, mais pas loin. Je préfère regarder des matchs comme AS Roma-FC Barcelone, que regarder un match de Ligue 1. Que ce soit Bordeaux ou Marseille. Peut-être Paris, de temps en temps. Le recrutement qui a été fait, je ne vais pas me prononcer mais, on attendait peut-être mieux des garçons qui sont arrivés. Aujourd’hui, ça ne le fait pas mais, peut-être que l’année prochaine, les garçons qui sont arrivés au mercato d’hiver apporteront un gros plus l’année prochaine. Il y a un temps d’adaptation, mais il n’y a pas la barrière de la langue puisqu’ils parlent français, mais il peut y avoir un temps d’adaptation, un coup de moins bien. Mais on espère que ces garçons-là vont apporter dans un futur proche.

 

Quel est ton avis sur l’arrivée d’investisseurs étrangers à Bordeaux ?

Est-ce que c’est une bonne chose ? On ne le sait qu’à la fin si c’est bien ou pas bien. Est-ce que ça peut être pire que ce que c’est aujourd’hui ? Je ne pense pas. Il faut connaître les objectifs des futurs investisseurs. On parlait d’investisseurs américains, on parlait de chinois à une époque, est-ce qu’ils vont être à la hauteur des attentes ? Qu’est ce qu’ils veulent faire ? Combien d’argent vont-ils mettre sur la table ? Qui veulent-ils comme joueurs ? On a vu les Qataris au PSG, quand ils sont arrivés, ils se sont donnés les moyens pour gagner la Ligue des Champions, même si malheureusement, ils ne vont pas encore la gagner cette année. Ils raflent tout sur leur passage. Est-ce que c’est pour arriver, au moins, au niveau du PSG ? Ou titiller les places de Ligue des Champions ? Encore une fois, je ne peux pas répondre à cette question. À la question de savoir si cela peut être une bonne chose, je pense que ça peut l’être, oui, effectivement. D’avoir un gros qui arrive et qui dise qu’il veut une grande équipe, et qui se donne les moyens. Ça peut être bien.

 

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Quel est ton meilleur souvenir aux Girondins de Bordeaux ?

J’en ai plusieurs… Moi, je suis arrivé aux Girondins j’avais 10 ans ! Toute ma jeunesse aux Girondins s’est super bien passée. Après, j’ai signé pro donc j’ai plusieurs souvenirs. Les 2 premiers qui me viennent sont les 2 titres de Champions de France avec les moins de 17 ans. On a été 2 fois Champions de France, 2 années consécutives. La 2ème année, il y a eu les moins de 15, les moins de 17, et les pros, en 1998-1999. Les Girondins de Bordeaux avaient tout raflé sur leur passage. Puis il y a eu aussi mes premiers pas en pro et surtout mon premier entraînement. J’étais au centre de formation, j’avais 17 ans, et un soir Guy Dubois, qui s’occupait du centre de formation, vient me voir à la table et me dit : « Demain, tu ne vas pas à l’école ». Je lui dis : « Mais pourquoi je ne vais pas à l’école demain ? », et il me répond « Parce que demain matin, tu t’entraînes avec les pros ». J’avais 17 ans et demi, j’ai mangé et je n’ai pas dormi de la nuit. Le lendemain, je ne savais pas ce qu’il fallait faire. Où j’allais me changer ? Est-ce que je devais aller à l’endroit où il y a les moins de 17 ? Je ne savais pas trop quoi faire, c’était un moment assez unique. Puis il y a ma première entrée avec les pros qui était le 29 juillet 2000, j’avais 19 ans. Je crois que c’était contre Metz. Ou Troyes, j’ai un trou. On avait fait match nul. Et ensuite, je suis allé en Equipe de France et j’ai signé pro 1 an après, ou 2 ans après. Après, en pro, c’est ma passe décisive pour Lilian Laslandes, lors d’un match Bordeaux-Nice où nous avions gagné 5 à 1. On parle de statistiques mais je n’ai pas eu la chance de faire beaucoup de matchs avec Bordeaux. J’en ai fait 15, des bouts de matchs. Je n’ai fait qu’un match titulaire contre Rennes, en 2004-2005. Et donc, c’était en 2002 ou 2003, que j’ai fait cette passe dé pour Lilian. Et ça aussi, ça reste un beau souvenir car j’ai contribué aux 100 et quelques buts de Lilian Laslandes, quand même !

 

Et le pire ?

C’est le jour où j’ai quitté Bordeaux pour signer à Montpellier. J’avais soit le choix de prolonger, ou le choix de signer 3 ans et demi à Montpellier. Montpellier jouait la montée en Ligue 1, je me suis dit « Bon allez ». En même temps, j’avais soit Montpellier, soit Valenciennes qui était premier de National, et qui avait un gros projet. J’ai donc choisi Montpellier et Valenciennes est monté en Ligue 2, puis en Ligue 2 l’année d’après. Je pensais que Montpellier était un bon choix mais quand je suis arrivé là-bas, ça s’est très bien passé. L’année suivante, ça a été un peu moins. Système de jeu différent, je jouais à gauche, je ne jouais plus attaquant… On jouait à 3 devant, avec Montano et Lafourcade, et moi à gauche. Et du coup, je n’étais pas à l’aise, je n’avais mis que 3 buts dans la saison, j’avais peu joué, alors ça ne le faisait pas. Pourtant, quand j’étais arrivé au moins de janvier, j’avais mis 9 buts en 5 mois. Je crois que c’est mon plus mauvais souvenir avec Bordeaux. Il y en a un autre aussi, lors de ce match où j’étais titulaire contre Rennes. Je me présente face-à-face avec Isaksson, en début de deuxième mi-temps. La pelouse de Lescure à l’époque était un peu pourrie, et le ballon fait un petit rebond. Je la prends de la malléole, je pousse le ballon un peu trop loin et Isaksson me percute le tibia. Le ballon sort et je reviens me placer. Puis je me suis rendu compte qu’il m’avait ouvert le tibia et je suis sorti et allé me faire recoudre à Pellegrin. Et je me dis que si j’avais marqué sur cette action-là, on aurait peut-être gagné 1-0 et peut-être que ma carrière aurait été différente. Maintenant, si on remet le même contexte aujourd’hui, je pense que j’aurais eu d’autres occasions de pouvoir m’exprimer. Mais à l’époque des années 2000, pour sortir au haut niveau, il fallait se lever de bonne heure. Il fallait 15 matchs minimum en pro. Moi à Bordeaux, je tapais à la porte, mais il y avait Wiltord, Laslandes, Pauleta, Dugarry… Pour sortir de là-dedans, c’était compliqué. Aller aux entraînements, dejà, c’était pas mal. Être sur le banc, c’était bien et jouer, c’était compliqué. Il y avait des noms, que des internationaux, qui jouaient attaquant. J’ai un regret aussi, c’est quand je suis prêté au Havre, la saison 2003-2004. J’avais signé 3 ans à Bordeaux, et ma deuxième année, je suis prêté au Havre. Au mois d’octobre, Elie Baup se fait limoger, et Bordeaux prend Michel Pavon. Et Michel, il fait jouer tous les jeunes… Il fait monter de CFA tous les jeunes. Marouane Chamakh, Rio Mavuba, Juan Pablo Francia, Sylvain Franco, et moi j’étais au Havre… J’avais une paire de glandes… Je me disais « Si j’étais là, je jouerais tous les jours ». J’ai fait une belle saison au Havre, et quand je suis rentré, Michel me prenait dans le groupe, je faisais des matchs… Titulaire contre Rennes. Marouane avait fait ses preuves, certains jeunes étaient déjà un peu en place. Après, je suis parti. Je le dis toujours, mais j’aurais dû faire une « Marc Planus ». C’est mon regret. Mais les choix, on ne sait qu’après s’ils sont bons. C’est comme le recrutement, on ne sait qu’après s’ils sont bons ou pas bons. Marc a prolongé à chaque fois. Il devait être prêté, partir… J’aurais dû signer 2 ans de plus, être prêté la première année, au moins, j’aurais toujours appartenu à Bordeaux. Mais les entraîneurs ils changent et d’un entraîneur à l’autre, ça peut être tout bon comme ça peut être tout mauvais. Mais bon, j’ai décidé de signer à Montpellier, et puis voilà. Mais avec des si, ma tante, je l’appelerai tonton !

 

 

Merci à Hervé pour sa disponibilité et sa bonne humeur !