InterviewG4E. Cédric Hengbart : « On sait que la vie est belle en Gironde, pour tout le monde. Pour les joueurs, c’est une question de mentalité »

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Cédric Hengbart fait partie des joueurs qui ont eu une belle carrière. Avec plus de 500 matches en professionnel, que ce soir en France ou à l’étranger, l’ancien latéral du Stade Malherbe de Caen est quelqu’un qui nous a touchés récemment par son histoire récente. En effet, il fut malheureusement victime d’une escroquerie immobilière mise en place par des intermédiaires et des conseillers en gestion de patrimoine. Aujourd’hui avec beaucoup moins de ressources qu’à l’époque de son activité de joueur professionnel, il a décidé de parler il y a quelques semaines dans les médias pour faire par de cette mésaventure et ainsi prévenir les nouvelles générations (lire le témoignage ICI). Une démarche noble, lui qui a toujours été dans notre esprit un joueur de devoir et de club, combattant, et avec un excellent état d’esprit. Si l’argent ne fait pas le bonheur, il y contribue, mais Cédric va mieux et s’est relevé d’une période qui aurait pu l’enfoncer et le pénaliser, lui et les siens. C’est certainement cette force de caractère, entrevue sur les terrains et Ligue 1 et de Ligue 2, qui l’a aidé à avancer. Nous avons découvert un joueur qui a une expertise sur le football actuel, lui qui est en apprentissage pour le métier d’entraineur, et qui a surtout des liens avec les Girondins de Bordeaux, et ce depuis enfant. Forcément une bonne personne, donc. Interview.

 

Deux ans après votre retraite de joueur professionnel, vous avez raconté au grand public les déboires que vous avez rencontrés ces dernières années suite à une escroquerie dans l’investissement immobilier. Comment allez-vous aujourd’hui ?

Ca va, on se relève, ça fait partie de la vie ! Il y a des aléas dans la vie qui sont parfois positifs, d’autres qui sont négatifs. C’est dur sur le moment, après il faut accepter. C’est pour ça qu’une fois que j’allais mieux j’ai décidé d’en parler pour prévenir tout le monde et pour les jeunes joueurs, les mettre en garde. Mais ça va, je passe mon diplôme d’entraîneur que j’aurais certainement dans le mois qui court. Donc voilà, on se dirige maintenant vers une carrière d’entraîneur.

 

Justement, que faites-vous actuellement ?

J’entraîne du côté de Chablis, c’est en Régional 3. C’est surtout parce que j’habitais là-bas et que j’étais sur place. Mais ça m’a permis de passer le premier diplôme dès cette année et je cherche un projet un peu plus ambitieux, avec une Régionale 1 avec un bon projet sportif.

 

hengbart

 

Vous avez joué pendant 7 saisons en Ligue 1, dont une saison où vous jouez la Ligue des Champions avec l’AJ Auxerre. Après cette saison, vous étiez plutôt convoité mais vous décidez finalement de rester à l’AJA. Est-ce que les Girondins vous ont contacté à cette période (ou une autre) pour intégrer le club (il y avait une short-list à l’époque avec son nom annoncé du coté de Bordeaux ndlr) ?

Non, avec les Girondins, je n’ai jamais eu de contacts, alors que c’est un club avec qui j’aurais aimé signer parce que j’étais un peu supporter des Girondins quand j’étais petit. J’allais souvent en vacances là-bas. Et en plus au niveau de l’image, je pense que c’est un club qui me reflétait très bien. Mais je n’ai jamais été en contact avec eux malheureusement.

 

Durant votre carrière, vous avez affronté les Girondins à de nombreuses reprises. Vous avez notamment vécu le fameux Caen-Bordeaux (2007-2008) où Caen l’emporte 5-0. A la fin du match, Franck Jurietti déclaraient notamment « ils se prenaient pour Maradona » Quels souvenirs gardez-vous de ce match et de ces déclarations ?

Quand on se met à leur place, ils jouaient le titre, je crois… Enfin on avait quelques jeunes joueurs qui étaient en pleine réussite et même nous les anciens, on leur a demandé de se calmer. C’est vrai que mener 3, 4 ou 5-0, c’était déjà une bonne chose mais il faut toujours respecter l’adversaire. Et les propos de Franck Jurietti, je les comprends tout à fait parce que c’est vrai que c’est frustrant quand on perd et qu’on se fait chambrer par des joueurs qui débutent leurs carrières. Et c’est pour ça que de notre côté, on a essayé de calmer les choses aussi…

 

L’année qui suit, les Girondins sont Champions de France, avec des joueurs comme Yoann Gourcuff, Fernando Cavenaghi… Quelle image aviez-vous de cette équipe, entraînée à l’époque par Laurent Blanc ?

Une équipe soudée, sérieuse. A mon souvenir, ce n’était pas que des stars, c’était une équipe extrêmement forte, sérieuse à chaque passe et ils faisaient souvent de beaux matches. On sentait vraiment une cohérence d’équipe.

 

Vous disiez que vous étiez supporters des Girondins étant enfant. Est-ce que vous pouvez nous raconter d’où est venu cet attachement au club ?

En fait, quand j’étais petit, j’allais toutes mes vacances d’été à Bordeaux chez mon oncle et ma tante et à chaque fois, on allait au Haillan où je rencontrais les joueurs. C’était l’époque de Jean Tigana, il y a avait aussi les frères Vujović, Zoran et Zlatko. Tu te prends en photo avec eux, c’était accessible. C’était vraiment une autre époque en comparaison à aujourd’hui. On pouvait les côtoyer, leur parler… J’avais peut-être 7 ans à l’époque et voilà, c’était extraordinaire. Et puis le Haillan qui était un endroit magnifique. Et les valeurs du club… Bordeaux c’est un club pas trop gros, et pas trop petit, donc c’est un équilibre.

 

chateau haillan centre entrainement

 

Vous avez évolué dans d’autres clubs en Ligue 1 : quelle image dégage Bordeaux vu de l’extérieur ? Est-ce que son image de « Club Med » lui tient vraiment à la peau ?

Non, du tout. Après on sait en tant que joueur professionnel, comment ça se passe dans les autres clubs, on a l’habitude de côtoyer des joueurs et d’en discuter. Et non, on n’a jamais eu ce retour du côté « Club Med ». Après, on sait que la vie est belle en Gironde et ce n’est pas que pour les footballeurs mais pour tout le monde. Pour les joueurs, c’est une question de mentalité, c’est toujours pareil. Ce n’est pas parce que l’on est dans un bel environnement que l’on est tranquille, que l’on est relax. Ca va dépendre de la mentalité des joueurs. Bordeaux a été Champion de France quelques fois et pourtant l’environnement ne change pas. Parfois, il y a des joueurs plus relax, donc ça ne vient pas vraiment de l’environnement mais plus de la personne.

 

De façon générale, que pensez-vous des rachats de clubs par des fonds d’investissement étrangers, comme c’est actuellement le cas Bordeaux ?

C’est toujours compliqué, on sait aujourd’hui que c’est de plus en plus dur de trouver des investissements en France, pour tout le monde, c’est compliqué. Et plus ça va dans le foot, plus il y a des salaires importants et il faut donc trouver de l’argent. On le voit aujourd’hui à Paris, comme dans pas mal d’autres clubs. C’est ce qui peut faire développer le foot. Si les clubs anglais sont aujourd’hui les meilleurs clubs d’Europe, c’est parce qu’il y a des grosses machines qui sont derrière, qui les ont rachetés. Donc, ça ne me choque pas. Nous en tant que footballeurs, avant tout ce que l’on veut c’est voir du beau football sur le terrain. Même si dans le championnat de France ça a parfois ses limites, mais il y a malgré tout quelques bons matchs au niveau européen.

 

En parallèle, sur le terrain, les Girondins viennent de marquer l’histoire du club en enchaînant la pire série de défaites consécutives (6) en Ligue 1. Difficile comme nouveau départ pour le club…

Comme tous les clubs de foot, il y a des hauts et des bas. Et il y a des périodes où on ne peut pas être toujours en haut, à moins d’être un club comme Barcelone et de toujours acheter les meilleurs joueurs chaque année. Mais pour des clubs qui n’ont pas les plus gros budgets de France, c’est compliqué, donc il y a des saisons où c’est un peu plus difficile. On le voit d’ailleurs pour Monaco cette année. Quand on voit un club comme Marseille aussi, il y a des hauts et des bas. Parfois, on est à la limite, il faut savoir rebondir. Quand on voit Lille la saison dernière qui était prêt à descendre et qui cette année finit deuxième. Je pense qu’il ne faut pas voir un club de foot saison par saison, il faut voir plutôt sur une globalité, sur un long terme et là on peut juger un club de foot. Sur cette saison, je suis régulièrement Bordeaux via Benoît Costil, qui est un ami. Il y a eu quelques ratés et quand on est dans une mauvaise spirale, on se laisse aller, surtout quand il n’y a pas grand-chose à jouer, vu que le maintien est quasiment acquis. Je crois qu’il faut laisser passer cette saison et repartir sur un nouveau projet.

 

Benoit Costil

 

Benoit Costil est un joueur phare de l’équipe sur lequel Paulo Sousa s’appuie pour construire son nouveau projet et il a l’air vraiment confiant dans le projet proposé par le nouvel entraîneur. Est-ce que vous avez pu échanger avec lui à ce sujet récemment ?

Non, pas trop. Je l’ai vu il y a deux mois je crois. Mais je connais Benoit, c’est un joueur de club, c’est un joueur de valeur. Il est en équipe de France et il est vu comme un grand gardien. C’est quelqu’un de très humble, qui sait d’où il vient. Donc c’est bien de s’appuyer sur ces joueurs-là. Et en s’appuyant sur des anciens qui ont de l’expérience, qui ont vécu de belles choses dans leurs carrières, c’est comme cela que l’on arrive à créer une belle équipe sur le long terme.

 

Un joueur des Girondins, Paul Baysse, est actuellement prêté cette année à Caen, suite à sa mésentente avec l’ancien entraîneur Gustavo Poyet. Aujourd’hui, il n’a plus joué depuis le 17 Février dernier, alors qu’il avait été titulaire tout le début de saison. Avez-vous une avis par rapport à cette situation ?

Je suis, comme vous, à travers les médias. Je n’ai pas trop d’informations en interne. Paul Baysse est un joueur de caractère. On l’a vu sur le terrain et on le sait. Quand il y a quelque chose qui ne va pas, il le dit donc parfois avec certains coaches, ça ne passe pas. Je ne sais pas vraiment ce qu’il s’est passé à Caen. Après, il a fait un bon début de championnat, on ne va pas revenir dessus, par contre parfois il s’est raté sur quelques matches et c’est ce qui a certainement été sa plus grande difficulté, même quand il était à Bordeaux, c’est d’être irrégulier. Dans ses clubs précédents, il a été très performant dans la régularité alors que maintenant il est beaucoup plus irrégulier. Après, je sais qu’il y a eu un conflit apparemment avec le coach, mais je ne sais pas vraiment à propos de quoi…

 

En parlant de conflit, Frédéric Guilbert, ancien bordelais, a fait parler de lui suite à une altercation avec Fayçal Fajr. Roland Courbis n’a pas voulu les sanctionner pour pouvoir compter sur eux pour la fin de saison, dans la mesure où il les considère comme des joueurs majeurs de son effectif. Au-delà de cet événement, comment jugez-vous le rendement de Frédéric Guilbert depuis son arrivée à Caen ?

Je suis ce qu’il fait oui. Après, je ne suis pas trop fan de son poste par rapport à ses qualités. Je pense qu’en étant plus offensif, cela lui correspondrait mieux, il a une grosse qualité de centre. Oui, après l’altercation… Roland Courbis est quelqu’un de très humain, il connaît son groupe par cœur. Donc s’il a fait ça, c’est que c’est quelqu’un de vraiment important dans le groupe. Mais c’est vrai qu’au niveau de ses performances, ses performances offensives sont vraiment bonnes alors que ses performances défensives, je suis moins fan.

 

Caen-Bordeaux

 

Pour finir, ce weekend, c’est la dernière journée de championnat, les Girondins de Bordeaux se déplacent à Caen qui se bat toujours pour le maintien. Comment voyez-vous cette rencontre ?

J’espère que ça va être ouvert, comme la dernière journée où il y a eu beaucoup de buts. Je suis partisan du spectacle partout où il se passe et lors des Caen-Bordeaux, il y a souvent des buts. Après, c’est aussi le retour de Benoit (Costil) à D’Ornano, lieu de ses débuts, donc je pense qu’il ne va pas vouloir perdre. Et Bordeaux va vouloir terminer sur une bonne note, comme vous l’avez dit c’est la plus mauvaise série de l’histoire du club donc terminer sur une bonne note pour les Girondins, ça leur ferait du bien. Maintenant, Caen, il sont capables de tout, de prendre beaucoup de buts comme d’en marquer. C’est tellement aléatoire avec cette équipe que c’est difficile de savoir.

 

Un petit pronostic quand même ?

Allez, comme d’habitude, j’aime bien le petit 2-2 ! Au moins, avec un match nul Caen est sauvé.

 

Un très grand merci à Cédric pour le temps qu’il nous a accordé. Nous croisons les doigts pour l’obtention de son diplôme d’entraineur. Une nouvelle étape importante dans sa vie.