#Interview. Jean-Pierre Papin : « Je regrette de n’avoir rien gagné avec les Girondins ! »

Ce dimanche 18 février à 21h, les Girondins de Bordeaux se déplacent au Stade Orange Vélodrome de Marseille pour y défier l’OM. A cette occasion, Girondins4ever a rencontré Jean-Pierre Papin, qui a porté les couleurs olympiennes puis bordelaises. Confessions.

 

FOOTBALL : Multiplex Ligue des Champions – Bein Sport – 18/01/2015

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Bonjour Jean-Pierre, après avoir été joueur, entraîneur, vous êtes aujourd’hui consultant sur beIN SPORTS, depuis 2012. Vous n’avez plus entraîné d’équipe professionnelle depuis Châteauroux en 2010. Le terrain ne vous manque pas trop ? 

Énormément ! Énormément, parce que quand on a goûté à ce genre d’adrénaline, ce parfum de vestiaire, ces responsabilités, il est clair qu’on a envie un petit peu d’y retourner. Mais bon, je fais aujourd’hui un métier qui me passionne, qui est très intéressant avec une équipe que je connais bien, où il y a beaucoup de respect. Et ça se passe très bien !

 

Voyager chaque semaine dans un stade se rapproche d’une vie de joueur non ?
Non, à aucun moment. A aucun moment, il n’y a pas de rapprochement possible. Quand on a connu le terrain, c’est complètement différent.

 

Vous déclariez en septembre 2013 à L’Équipe, vouloir arrêter de travailler avant vos 55 ans. Est-ce toujours le cas ?
C’est une possibilité… A l’époque, je pensais que ma carrière d’entraîneur serait beaucoup plus longue ! (rires) C’est là où ça a posé problème. Mais bon, dans le timing, ça ne doit pas être loin quoi qu’il arrive !

 

Vous vous voyez rester consultant encore longtemps ? 
Je ne sais pas, je ne sais pas. J’ai encore deux ans de contrat. Après, c’est dans longtemps deux ans. En fait, c’est long et c’est court !

 

Seriez-vous prêt à reprendre un club en cas d’offre intéressante ?
Oui, ça me plairait bien. Après, je veux vraiment un challenge en fait. Entraîner pour entraîner, sincèrement… C’est bien, d’accord, mais moi j’aurais voulu un challenge avec des objectifs, et où on te donne aussi la possibilité d’avoir quelques joueurs qui sont intéressants. Arriver en tant que pompier de service, je l’ai fait, c’est bien aussi parce que c’est court, mais c’est précipité. Ça, ce n’est pas très bien pour vivre normalement. Ça va trop vite. On ne peut pas se poser, on ne peut pas réfléchir. T’es là, tous les jours, tu dois trouver la solution… Parce qu’en fait, t’es dans l’urgence. Systématiquement. Le métier d’entraîneur, ce n’est pas que ça, c’est aussi vivre dans la tranquillité, préparer les matchs en sachant qu’il n’y a pas le feu, c’est complètement différent. Après, c’est le métier qui veut ça. Je reconnais, que dans ce métier, on sait très bien que ça peut arriver tout le temps, bien évidemment.

 

Il y a toujours ces catégories d’entraîneurs : il y a celui qui arrive dans un grand club comme le PSG, avec une enveloppe « transferts » de 200 M€, et qui a le travail qui est déjà à moitié fait, et le pompier de service…
Oui, mais celui-là, il a des objectifs avérés, il est obligé de les réussir ! Bien évidemment que tout le monde préférerait celle-ci de situation, mais je pense qu’il y en a d’autres, qui sont peut-être, plus valorisantes. Faire monter quelques jeunes, leur apprendre certaines choses… Les voir grandir, les voir au plus haut niveau. C’est deux métiers différents je veux dire. Et celui, bien sûr, où tu es dans l’urgence. Mais, une fois, ce serait bien d’avoir celui où tu n’as pas l’obligation de, ou de te maintenir, ou d’être champion. Mais, tout doucement, te créer la situation, voir les gamins qui poussent. J’appelle ça un projet.

 

Un projet à long terme, un peu comme Christophe Galtier quand il était à Saint-Etienne ?
Exactement ! C’est ça en fait. Avec un club, où tu sais qu’il y a le potentiel quoi qu’il arrive pour avoir du public. Saint-Étienne, c’est un grand club aussi. T’as les Girondins… tu vois, un club historique. C’est ça qui serait intéressant. C’est un peu ce que j’ai fait à Strasbourg en fait. Au départ, t’es pas dans l’urgence, t’as deux ans pour monter. Finalement, au bout d’une saison, tu y arrives… Avec des gamins, que tu fais monter. Des joueurs, purs produits du club, tu les fais signer finalement amateur, et ils jouent en pro toute la saison. C’est ce genre de chose, où tu mêles expérience et jeunesse, et tu t’aperçois, que là aussi, tu peux avoir de supers résultats !

 

Depuis que vous êtes sur beIN SPORTS, avez-vous refusé des offres de contrats ?
Oui.

 

De quels clubs ?
Je ne peux pas te dire… Parce que justement, je ne retrouvais pas ça. C’était trop dans l’urgence, pour remplacer quelqu’un… Tu ne pars pas du départ, tu n’as pas choisi tes joueurs, tu ne sais pas comment ça va se passer. Et c’est complètement différent.

 

Des clubs de Ligue 1 ?
Il y a les deux, Ligue 1, Ligue 2. Et à l’étranger aussi.

Jean Pierre Papin joueur Bordeaux

Vous avez joué dans plusieurs grands clubs, européens et français. Si vous aviez dû faire votre carrière dans un seul et unique club, lequel auriez-vous choisi ? Et pourquoi ?
J’aurais adoré jouer à Manchester United ! Il y a eu des contacts, mais le Bayern n’a jamais voulu me laisser partir. Même blessé, ils n’ont jamais voulu me laisser partir. Manchester, c’était le club de mon père. Ça a été le premier club que j’ai supporté. Et ça a été un crève-cœur quand le Bayern ne m’a pas laissé partir. Même si il y a eu le Milan, même si il y a eu l’OM, même si il y a eu les Girondins, le Bayern… C’était plus un choix du cœur en fait. Je me rappelle, j’étais blessé, je ne savais même pas si j’allais rejouer un jour. Eric Cantona m’a appelé un soir à Munich, il m’a dit « J’ai bien discuté avec Sir Alex, il voudrait qu’on reforme le duo qu’on avait en Équipe de France. Et pour ça, il te prend à Manchester, il te laisse te soigner, et tu prends ton temps ». C’était beau ça non ?

 

C’était beau oui, Cantona, Ferguson…
Et en fait, le Bayern ne m’a jamais laissé partir. Après, je ne suis pas quelqu’un qui me plaint. J’ai une carrière, qui est, je pense, exceptionnelle, par rapport à ce que je voulais faire. C’est ce dont j’avais rêvé. De l’avoir fait dans ces clubs, d’avoir gagné autant de titres avec ces clubs, c’est juste magique quoi ! Je regrette de n’avoir rien gagné avec les Girondins. Alors que c’était tout proche. Une Coupe de la Ligue, ça aurait suffi.

 

Ce week-end, les Girondins se déplacent à Marseille pour la 26ème journée de Ligue 1. Marseille est en forme depuis quelques mois. Bordeaux peut-il espérer un résultat au Vélodrome ?
Oui, on peut toujours espérer un résultat au Vélodrome. Après, on sait tous comment cela se passe, ce qu’il va falloir faire. Je trouve cette équipe girondine un peu jeune, mais elle a prouvé ces quatre derniers matchs qu’elle avait relevé la tête, qu’elle était dans une meilleure spirale. Je pense qu’un point, ce serait bien… Je ne les vois pas gagner là-bas, ça c’est sûr. Mais je pense qu’un point, c’est possible. Sachant que l’OM est obligé de gagner, vu ce qu’il se passe en ce moment. Ils vont laisser des espaces, et il y a des joueurs quand même intéressants côté girondin capables de faire la différence en contre. Donc je me dis que ça peut être pas mal, mais je ne les vois pas gagner par contre.

 

On associe cette série positive à l’arrivée de Gustavo Poyet.  Mais virer Jocelyn Gourvennec était-il la bonne solution ?
Écoute, quand tu vois ce qu’il se passe, tu ne peux pas dire le contraire. Après, sportivement, c’est une chose. Bien évidemment que quand tu connais Jocelyn, le mettre dehors c’est juste un crève-cœur. Parce que c’est un mec qui est humain, qui est entier, et c’est en plus un très bon entraîneur qui avait été élu par ses pairs quelques mois auparavant. Après, quand on connait ce milieu, on sait qu’il n’y a jamais rien d’acquis, et qu’à tout moment, en cas d’échec, tu peux te retrouver à la porte. Moi, ça m’a surpris, parce que je ne m’y attendais pas du tout. Mais ce qui m’a surpris surtout, c’est de voir la défaite de Granville. C’est interdit. En voir certains courir avec Gustavo, et courir beaucoup moins avec Jocelyn ! Ça, ça m,’a choqué par contre. Il y a un truc qui a été préjudiciable au club, c’est la blessure de Gaëtan Laborde. Ça n’aurait peut-être pas été le plus décisif de tous, mais je pense qu’il apportait quelque chose qu’il n’y avait plus pendant quelques temps. La grosse défaillance pour moi, c’est Malcom. Qui était un diable en début de saison, et du jour au lendemain, tu as l’impression qu’il a perdu son football !

 

La grosse tête, non ?
Non non, je ne me permettrais pas, je ne le connais pas ce garçon. Mais il a eu un passage à vide que j’ai rarement vu. Ça fait réfléchir. Quand tu as été coach et que tu vois ça, ça fait réfléchir.

 

Le match peut-il dépendre de la forme de Thauvin et Malcom ?
Non, non, c’est avant tout des collectifs. Ce sont des individualités qui peuvent, bien évidemment, faire la différence, mais ces équipes-là, elles sont aujourd’hui dans de bonnes spirales, car le collectif il est bon. Après, ils feront peut-être la différence, l’un et l’autre, ou l’un ou l’autre, mais ce sont les collectifs qui sont bons aujourd’hui dans ces deux équipes. Et je dirais même qu’il est peut-être un peu mieux aujourd’hui côté marseillais.

 

Pensez-vous que Bordeaux peut accéder à une place européenne en fin de saison ?
Oui, c’est possible. En plus, ils ont un calendrier qui va bien, je trouve. J’ai regardé un petit peu, c’est un calendrier qui ne va pas trop mal. Et en allant gagner à Nantes la dernière fois, je pense que, maintenant que tu es à 3 points des Nantais, et la saison est encore longue, oui, je dirais que c’est possible. Moi j’y crois en fait.

papin

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Avez-vous un souvenir de votre retour au Vélodrome en 1996, sous le maillot bordelais ? (0-0, en septembre 96)
Oui, je me souviens de ce match… Déjà, le plus important, c’est qu’on n’ait pas perdu. Je me souviens de m’être fait siffler quand je suis rentré avec les Girondins. Après, je peux comprendre… Enfin, quelque part je peux comprendre. Quelque part, je ne comprends pas. Je comprends, parce qu’on fait partie des équipes qui jouent contre l’OM. Mais quand on a été ce que j’ai été à l’OM, ça fait mal au cœur. Mais ça, c’est mon côté sensible, ce n’est pas grave. Je trouve que la sensibilité est importante, ressentir les choses, c’est bien. Moi, je ressens peut-être plus d’une manière forte, mais c’est vrai que ça m’avait fait mal ce jour-là. Mais c’est la vie d’un footballeur aussi… faut faire avec.

 

Vous avez inscrit 31 buts en 72 matchs avec Bordeaux, puis êtes parti en 1998 finir votre carrière professionnelle à Guingamp. Pourquoi ne pas avoir joué plus longtemps aux Girondins alors que vos statistiques étaient encore très positives ?
C’est les égos mal placés. Ne pas supporter de devoir être remplaçant. Je pense que c’était un peu ça. Vouloir continuer et jouer à tout prix, jusqu’à plus faim. Sans vraiment réfléchir à certaines choses. Et ça a été une décision qui a été prise progressivement.

 

Et vous auriez aimé, avec le recul, continuer avec Bordeaux ?
Avec le titre de champion juste derrière, j’aurais aimé, bien évidemment (rires). Bien évidemment.

 

Merci beaucoup à Jean-Pierre pour son éternelle gentillesse et à Henri Galipon qui a permis de réaliser cette interview.

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