Luc Arrondel : “Les supporters ont de quoi être déboussolés mais auront peut-être paradoxalement leur place dans cette évolution, puisque de nombreuses « associations » de supporters commencent à faire entendre leur voix”

    supporters pey-berland

    Luc Arrondel, Directeur de Recherche au CNRS, a traité de la globalisation de l’économie du football, avec l’arrivée des fonds d’investissement comme aux Girondins de Bordeaux, qui est d’ailleurs cité en exemple dans cet article d’EcoFoot. Le Directeur parle de ce qui en découle, à savoir de fortes tensions entre les propriétaires/dirigeants, et les supporters.

    “Nous sommes peut-être aujourd’hui au début d’une nouvelle période (hypermoderne ?) que l’on pourrait caractériser par des inégalités économiques croissantes, entre clubs et entre championnats, avec pour conséquences des championnats domestiques et des compétitions européennes dominés par quelques clubs plus riches que les autres, l’arrivée de nouveaux types d’investisseurs à l’image des fonds d’investissement et des propriétaires de franchises américaines, tout cela avec en toile de fond la perspective récurrente de création d’une super ligue européenne (fermée ou non). Les supporters ont de quoi être déboussolés mais auront peut-être paradoxalement leur place dans cette évolution, puisque de nombreuses « associations » de supporters, notamment en Europe, commencent à faire entendre leur voix […] La libre circulation des joueurs – entrainant une forte mobilité dans les petits clubs professionnels – a introduit un décalage entre les supporters attachés à leur club et les footballeurs qui ne font que passer. Ce constat peut également s’appliquer aujourd’hui aux entraineurs ainsi qu’aux propriétaires. Au final, les fans apparaissent comme les rares acteurs du football fidèles à leur club. Ce qui, à leurs yeux, légitime leurs revendications. Les identités territoriales se délitant, d’autres formes de supportérisme apparaissent. Certains supporters se tournent vers des clubs prestigieux souvent très éloignés de chez eux. D’autres, à côté de ces clubs huppés, continuent néanmoins de soutenir simultanément l’équipe de leur enfance : « une façon de concilier une identité donnée et une identité rêvée »”.