Florian Brunet : « On est quasiment sûrs que Nicolas De Tavernost ne voulait pas de cette reprise et il a essayé jusqu’au bout qu’elle ne se fasse pas »

Joseph DaGrosa et Nicolas de Tavernost

Florian Brunet a parlé des deux rachats qu’il a connus aux Girondins de Bordeaux, à savoir celui d’M6, et celui de GACP.

« Le premier rachat, c’est celui de M6. Ce sont deux époques complètement différentes. Il faut regarder les Girondins de Bordeaux jusqu’aux années 80, c’est un club très populaire, qui a une maigre histoire puisqu’il y a un titre de champion de France. Les Girondins de Bordeaux ont commencé à se développer au début des années 80, avec Claude Bez, qui a dirigé le club d’une manière charismatique et il a marqué l’histoire du club. Il a attiré toute une génération de supporters qui a perduré à travers les générations. Après, il y a eu les années 90, avec la défaillance industrielle, avec les mauvais côtés de la politique de Claude Bez qui a été suivi par la reprise de M6, avec des gens qui étaient déjà présents dans ce schéma-là, comme Jean-Louis Triaud et Jean-Didier Lange, qui perduraient la tradition populaire des Girondins de Bordeaux. Le rachat de M6 s’est fait avec ces gens-là et s’est plutôt bien passé, d’autant plus qu’ils sont arrivés au moment où on était champions de France. Ca s’est fait naturellement car on était dans le prolongement de ce qui s’était fait dans l’après-Bez. Et on a beau dire ce que l’on veut mais M6, même s’il y a eu des périodes très critiques, il y a eu aussi de très belles années avec des titres et notamment le plus haut sommet que n’ait jamais atteint le club en 2010 avec le quart de finale de Champion’s League. Ce qui s’est répété par la suite c’est la très mauvaise gestion de l’après Champion’s League, mais cela ne se passe pas qu’à Bordeaux car tous les clubs français ont énormément de mal à gérer une qualification en Champion’s League. L’enjeu est d’en enchaîner plusieurs, ce qu’a réussi à faire Lyon, mais quand on en fait qu’une ou deux et qu’on n’arrive pas à enchaîner, ça devient un poison, car il y a une masse salariale élevée. Et c’est ce qui s’est passé à chaque fois que Bordeaux a joué la Ligue des Champions. On a connu des années très difficiles par la suite. On était sur le toit de l’Europe en décembre 2009 et même pas qualifié pour une coupe d’Europe à l’été 2010. Ca a été une réelle défaillance. On s’est traîné tout un tas de contrats pendant des années qui étaient à un niveau Ligue des Champions et qui ont entraîné ces 8 années de disette, car on n’y est encore dedans. Et M6 a fait le choix de se séparer de ce club avec l’impression que c’était vraiment devenu un fardeau. C’est incontestable que depuis des années M6 perdait de l’argent et bouchait les trous parce que justement on n’avait pas réussi à se relever de la Ligue des Champions et on avait une obligation financière que l’on n’arrivait plus à assumer. M6 bouchait les trous et mettait entre 5 et 10 millions d’euros. Ils en ont eu marre et ont cherché à se séparer des Girondins de Bordeaux. C’est donc là que s’est présenté la GACP et on est quasiment sûrs que De Tavernost ne voulait pas de cette reprise et il a essayé jusqu’au bout qu’elle ne se fasse pas. Même dans le prix fixé à 100 millions d’euros, Tavernost pensait que les américains partiraient en courant, ce qui n’a pas du tout été le cas. Lorsqu’il a annoncé ça à ses actionnaires, ils ont foncé sur l’occasion et ont voulu absolument que l’opération se fasse […] Et pour finir, on peut parler du 2ème rachat. Immédiatement, on a analysé tout ce que l’on dit depuis tout à l’heure, toutes les défaillances du projet, à savoir qu’il n’y a pas de fonds propres, une dette extrêmement importante. Par contre, nous, on nous a présentés le sportif comme central car Joe DaGrosa, qui est donc celui qui porte le projet, a parlé immédiatement de Ligue des Champions, de concurrencer le PSG. Ce discours-là nous a été confirmé au fil des relations avec eux car ils nous ont très rapidement annoncé vouloir deux têtes d’affiche. Déjà une, ça nous satisfaisait pas mal mais ils sont même allés plus loin par l’intermédiaire de Hugo Varela en annonçant avant le début du dernier mercato d’été, non pas une mais deux têtes d’affiche. En tout cas, nous, dans les premiers contacts que l’on a eus avec eux, qui ont suivi une très longue série de conflits à l’automne 2018, on a mis en avant toutes les failles du concept. Parce que nous, ça nous inquiétait vraiment que le rachat du club se fasse par une levée de dettes très importante. Et finalement, ce n’est pas celui qui porte le projet, à savoir Joe DaGrosa, qui amenait l’argent mais une autre entreprise. On était déjà au début d’un concept qui était bancal puisque les vrais patrons ne sont pas nos interlocuteurs. On a eu la confirmation au dernier mercato où à la fin il y a eu une volonté de la part de la partie sportive du club, par l’intermédiaire de Hugo Varela et Eduardo Macia et King Street, ceux qui sont majoritaire au club, ont fermé les robinets et ont refusé des achats. Donc là, il y a déjà eu des tensions entre deux entités ».

Revue Far Ouest

Retranscription Girondins4Ever

Le rachat des Girondins, quel bilan un an après ?

Publiée par Revue Far Ouest sur Samedi 16 novembre 2019

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