Florian Brunet : « Les gens s’imaginent qu’on était main dans la main avec lui mais jusqu’au bout les relations ont été extrêmement conflictuelles »

Jean-Louis Triaud

Florian Brunet est revenu sur la relation entre les Ultramarines et l’ancienne direction avec à sa tête Jean-Louis Triaud, des relations qui n’ont pas été toujours un long fleuve tranquille.

« Ce n’était pas Triaud qui avait la bourse, c’était M6 et Nicolas de Tavernost. Pourquoi tant de reconnaissance ? Parce qu’il y avait cette simplicité, cette faculté de toujours nous affronter, de toujours se battre pour ses idées qui n’étaient pas toujours les nôtres. Ca n’a pas toujours été une relation aussi calme que les gens puissent le croire, au contraire, ça a été 20 ans de relations extrêmement conflictuelles. Mais bon, voilà, on se rentrait dedans, on se disait les choses, des fois avec beaucoup de force, mais au fil des années il y a un vrai respect qui s’est instauré entre lui et la Tribune. Jean-Louis Triaud, c’était déjà quelqu’un de Bordeaux, c’était un vrai amoureux des Girondins depuis très longtemps. Le début de notre relation avait commencé au début des années 2000 en ne se parlant pas pendant plusieurs années, et de fil en aiguille, chacun avait fait un pas vers l’autre. Il y a eu quand même de très bons moments avec un quart de finale de Champions League, des titres… Les gens s’imaginent qu’on était main dans la main avec lui mais jusqu’au bout les relations ont été extrêmement conflictuelles. On parlait de la billetterie, je me souviens d’une réunion où Jean-Louis Triaud avait essayé que le Virage Sud ne dispose que de 3000 places dans le bloc central. Il y eut une réunion au Haillan très violente où on s’était battus pour ne pas avoir que 3000 places mais 4000 places. Et quand je dis violentes, c’était très violent. C’est quelqu’un d’authentique, quelqu’un qui ne mâchait pas ses mots. Nous, c’est notre style aussi. Les réunions étaient franches et viriles mais ça n’empêchait pas un fort respect. Un autre exemple, Adieu Lescure, il nous avait un peu pris pour des ânes en nous disant qu’il allait faire ce qu’il faut pour que le match se fasse le samedi soir. Pour nous, c’était indispensable, on n’imaginait pas que le dernier match à Lescure ne soit pas un samedi soir. Et finalement il s’avère que le match est programmé le dimanche à 14 heures. Je me souviens d’un coup de téléphone où on s’est insulté, raccroché au nez, où il me disait ‘tu es bien mignon, mais il y a deux millions d’euros de droits TV en jeu, on s’en fiche que ce soit le dernier match pour vous’. Mais nous, on s’en fichait des deux millions d’euros… C’était limite à s’insulter. Et puis deux heures après, quand il comprend qu’il ne lâchera pas, il commence à nous rappeler en nous disant que Nicolas de Tavernost était au courant. Le lendemain matin, après qu’il y ait eu une première page dans Sud Ouest, où on avait eu la chance que dans le monde il ne se passe pas grand-chose, cela disait ‘le Virage Sud en colère’… A 11h, Jean-Louis Triaud nous appelait pour nous dire que Nicolas de Tavernost avait fait le forcing auprès de la Ligue pour que le match soit programmé le samedi soir. Mais ça n’a été que ça notre relation avec Triaud. Beaucoup de bons moments mais aussi tout le long des relations conflictuelles. L’histoire d’Adieu Lescure c’est symptomatique. On avait parfois deux objectifs différents. Triaud, quelque part on peut un peu le comprendre, il a un budget à clôturer, une pression de ses actionnaires, et deux millions d’euros pour lui c’était très important. Il a fallu lui expliquer avec insistance que non, dans cette affaire-là, ce n’était pas les deux millions d’euros qui étaient importants… Mais il nous a testés, il a compris qu’on ne lâcherait pas, et derrière il avait cette intelligence de se battre pour ses arguments, mais aussi d’écouter les nôtres. Et quand nos arguments étaient exprimés avec force, conviction et pertinence, il avait cette intelligence d’aller finalement dans notre sens. Mais au final c’était du rapport de force. Rien d’autre ».

Revue Far Ouest

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Publiée par Revue Far Ouest sur Samedi 16 novembre 2019

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