Laurent Perpigna : « Le résultat est là : il y en a toujours plus. Les pouvoir publics ont tout tenté pour enrayer la question des fumigènes : ils n’ont pas réussi. C’est trente ans d’échec »

Ultras fumigènes

Laurent Perpigna est longuement revenu, pour Le Point.G, sur la question des fumigènes. Celui qui est l’un des responsables des Ultramarines, principal groupe de supporters des Girondins de Bordeaux, donne tous les éléments permettant de comprendre l’utilisation de ces fumigènes, leur utilité, et la manière dont ils doivent être encadrés pour la sécurité et le plaisir de tous.

« Il faut carrément dissocier la question des fumigènes de la question Ultra. J’ai eu la chance d’être en Algérie pendant la CAN, il y avait des fumigènes à tous les matches, dans la rue, partout ! A la dernière Coupe du Monde, à Bordeaux en particulier, il y avait des fumigènes partout ! Même au stade Lescure, il y avait des fumigènes en tribunes… C’est quelque chose de très ancien, c’est une culture qui a des dizaines d’années derrière elle. Souvenez-vous, quand le titre de 1998-1999 a été célébré au Parc Lescure, il n’y avait ni les Ultras ni les Devils, il y avait des fumigènes partout ! La question des fumigènes n’est pas une question Ultra. C’est un instrument, traditionnellement utilisé par les supporters de football, pour célébrer une victoire, où que ça soit, dans n’importe quel pays du monde… En Amérique du Sud, au Maghreb, et je ne parle même pas de l’Europe de l’Est où il y a des fumigènes allumés chaque week-end de manière quasi-industrielle, par 150-200… On peut revenir sur le débat de la dangerosité du fumigène. S’il est mal utilisé, un fumigène est dangereux, ça c’est quelque chose où il faut être bien clair. Il faut apporter une certaine dose de prévention là-dessus au niveau des jeunes, dire qu’un fumigène n’est pas fait pour être jeté sur la pelouse, sur les supporters comme ça a été le cas au cours des années 80-90. Au-delà de ça, il peut être même extrêmement dangereux sans le jeter, s’il est mal allumé. Les raisons des mauvais allumages, on peut faire un lien direct avec la répression qui est subie. Aujourd’hui, il y a beaucoup de jeunes qui se disent qu’ils vont rentrer un fumigène au stade, parce que quand mon équipe va marquer ma tribune s’illumine… Il va devoir se cacher, se changer dans les rangées, mettre un masque… Il va faire ça de manière tellement anarchique qu’il va se mettre en danger et mettre en danger les autres. C’est pour ça qu’on a essayé d’apporter un espace de dialogue et notamment auprès des instances. Les fumigènes font partie de la culture des supporters. Depuis la loi Alliot-Marie, depuis le milieu des années 90 on essaye de les interdire et le résultat est là : il y en a toujours plus. Les pouvoir publics ont tout tenté pour enrayer la question des fumigènes : ils n’ont pas réussi. C’est un constat, c’est factuel. Aujourd’hui, si on prend un peu de hauteur, il y a deux solutions. Soit on continue cette politique-là, et il y aura toujours des fumigènes, ils seront allumés dans des conditions toujours plus précaires parce qu’il y a une vidéosurveillance extrêmement importante, des spotters… Soit, on amène un débat, on trouve un terrain d’entente, on essaye d’amener les groupes Ultras à réfléchir là-dessus, sur l’utilisation, et comment on peut faire de cet instrument un spectacle qui soit sécurisé. La vraie réflexion est là. Après, c’est sûr qu’on peut se retrancher derrière la loi : le fumigène est interdit, on n’a pas le droit d’en entrer dans les stades, mesure répressive. Okay, mais c’est trente ans d’échec ».

Le Point.G

Retranscription Girondins4Ever

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