Wladimir Andreff : « Il y a une transformation des grands clubs de football, en ce que j’appellerai des firmes multinationales »

Joseph DaGrosa

Wladimir Andreff, professeur émérite à l’Université Paris-1 Panthéon Sorbonne et président de l’Observatoire de l’économie du sport, a analysé la reprise des clubs de Ligue 1 par des investisseurs étrangers, comme aux Girondins de Bordeaux avec GACP.

« Avant le rachat de Nice on a eu Monaco, Paris, Marseille, Lille, Bordeaux… C’est une tendance lourde qui signifie que la Ligue 1 est en train de devenir attractive pour les capitaux étrangers, ce qui est un phénomène nouveau en France, mais pas nouveau au niveau européen […] Les meilleures places sont déjà prises en Premier League, 17 clubs sur 20 sont des propriétés étrangères, il n’y a plus que trois places qui ne sont pas nécessairement les meilleures. La Ligue allemande, qui attire le plus de spectateurs en Europe, a une déposition statutaire qui interdit à un investisseur, étranger ou allemand, de prendre 49.9% des actions ou des parts, donc on ne peut pas avoir la majorité et donc le pouvoir de décision. Ça, ça bloque pour l’instant les investisseurs étrangers […] Les français n’investissement peut-être pas en France parce qu’ils s’intéressent à d’autres ligues. C’est une tendance générale. Ce qui est un peu aberrant c’est de voir qu’il y a un championnat de France disputé par des équipes non-françaises. Mais si on s’intéresse à la main d’œuvre, aujourd’hui il y a très peu d’équipes ou en Premier League qui n’alignent que des joueurs de la nationalité du pays. Le coach n’est pas fréquemment non plus du pays. Il y a une transformation des grands clubs de football, en ce que j’appellerai des firmes multinationales comme on peut en observer dans beaucoup d’autres industries en dehors du sport […] Le football professionnel est le prototype de la mondialisation ou de la multinationalisation des entreprises de football […] Ce sont bien des investisseurs et des mécènes. Les sponsors étrangers c’est très vieux, ça remonte à 30 ans, donc ce n’est pas tout à fait nouveau, mais la propriété des clubs c’est plus nouveau, ça date d’une douzaine d’années en Angleterre, et de 4-5 ans en France. La question derrière ça est de savoir si c’est pour faire de l’argent. Est-ce qu’ils investissent pour gagner de l’argent ? Malheureusement la réponse n’est pas très positive. La plupart des grands clubs de football sont en déficit. Et c’est même parce qu’ils sont en déficit que l’UEFA a introduit depuis 2010 le fair-play financier. Au début des années 2010, deux tiers des clubs de première division en Europe faisaient des déficits. Avec le fair-play financier, cette proportion a diminué, mais il y en a encore 40% environ. Quand on rachète un club, il faut injecter de l’argent. A Chelsea, le propriétaire, depuis qu’il est arrivé, a investi 500 millions d’euros. Pas sûr qu’il gagne de l’argent encore aujourd’hui ».

RFI

Retranscription Girondins4Ever

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