#AvantMatch. Bordeaux-Marseille, entre rivalité et invincibilité


Depuis des dizaines d’années, certaines affiches du championnat suscitent l’enthousiasme et la passion des supporters. Une suprématie régionale, comme un Lille-Lens, ou des équipes géographiquement proches mais de classes sociales distinctes, comme Lyon – Saint-Etienne. Et bien sûr, le match Bordeaux-Marseille se range dans la catégorie des oppositions de légendes de la première division, entre deux clubs habitués à se disputer les titres nationaux. Nous sommes le 1er octobre 1977. Récit.

 

Giresse joueur Bordeaux

 

Le contexte du moment 

Bordeaux et Marseille sortent d’une saison compliquée tous les deux, finissant respectivement 10ème et 12ème de première division de l’exercice précédent. On joue la 10ème journée et les phocéens se déplacent en Gironde avec sur le terrain Jean Fernandez, Victor Zvunka et un certain… Marius Trésor. Ce match est un match comme les autres, le 5ème qui se rend chez le 12ème, rien de sensationnel. A cette époque, Bordeaux ne compte qu’un titre de champion de France (1949-1950), à l’inverse de l’OM qui a déjà 4 victoires à son palmarès. Le président marseillais s’appelle Norbert d’Agostino tandis que Jean Roureau et André Sicard se partagent la présidence bordelaise. En cette soirée d’octobre 1977, les 11556 spectateurs du Parc Lescure ne savent pas encore qu’ils assistent là, sous la pluie, à la dernière victoire de Marseille sur les terres girondines, de ce 20ème siècle.

 

La blessure de Daniel Jeandupeux

La première mi-temps, sous une météo difficile, va prendre fin quand l’arbitre de la rencontre, Monsieur Delmer, siffle un penalty pour Bordeaux. Alain Giresse le transforme, les girondins prennent l’avantage malgré la domination marseillaise et les deux équipes rentrent au vestiaire. De retour sur le terrain, la partie redémarre et après un quart d’heure de jeu, Marc Berdoll reprend de la tête un centre en devançant Philippe Bergeroo, le portier bordelais. 1-1. Le match gagne en intensité. On joue la 70ème minute, ce diable de Berdoll tacle l’attaquant suisse de Bordeaux, Daniel Jeandupeux. Il s’écroule. « Je contrôle le ballon en pivotant pour repartir du côté droit. Je me situe à trente mètres du but de Marseille sur la bande des 16,50 m. Le ballon est à peine à deux mètres de moi. Et je me retrouve au sol, sur le dos. C’est la première image qui me revient en mémoire avec le visage blanc, si blanc de l’arbitre Mr Delmer lorsqu’il me regarde. Je ne ressens aucune douleur. Les soigneurs me lèvent la jambe droite, puis les genoux. Je vois un bout de mon tibia qui a transpercé la chair. Ma cheville, elle, reste clouée au sol. Je comprends alors que la blessure n’est pas anodine. Double fracture ouverte du tibia avec un os brisé en six morceaux », raconte Jeandupeux, pour France Football. Le reste du match reste anecdotique, Marseille gagne 2-1, et repart sur la Canebière avec les images terribles de cette soirée.

 

Daniel Jeandupeux

Photo Richard Picotin

 

Claude Bez et Bernard Tapie, la lutte présidentielle

A la fin de la saison 1977-1978, Claude Bez quitte le poste de trésorier du club qu’il occupe depuis 1974 et accède à la présidence. Sous son impulsion, Bordeaux grandit et commence à glaner des trophées. Deux titres de champions de France, une coupe de France, une demie-finale de Coupe des clubs champions et un Challenge des champions plus tard, Claude Bez se trouve un rival de taille, son meilleur ennemi, Bernard Tapie. L’homme d’affaires parisien reprend le club phocéen à l’orée de la saison 1986. Les marseillais viennent de finir à une laborieuse 12ème place et Tapie redore le blason du club rapidement. Les deux présidents s’échangent 4 ans de piques et menaces. Bez accuse Tapie d’être « un tricheur », de « corrompre des joueurs ». Tapie dit de Bez qu’il « joue avec le fisc » et surtout qu’il « s’enrichit sur le dos de son club ». Le fait le plus marquant dans la mémoire des supporters, c’est ce jour où Claude Bez arrive au stade Vélodrome en Cadillac immatriculée 11GB 33, devant tous les supporters marseillais. Il traverse ensuite toute la tribune Jean Bouin du stade pour gagner sa place, sous l’œil médusé des spectateurs présents ce soir-là. Durant ces années communes d’opposition, Bordeaux remporte un doublé Coupe-championnat en 1986-1987 tandis que Marseille gagne deux titres de première division et une Coupe de France.

 

Claude Bez

 

1999 et 2009, bis repetita

Quelques années après les fresques répétées de ces deux hommes forts, la saison 1998-1999 accouche d’un scénario des plus haletants. Bordeaux vient de recruter Ali Benarbia et Hervé Alicarte et voit les départs de Patrick Blondeau et Peter Luccin vers… l’OM. Les Girondins commencent la saison par 5 victoires consécutives et passent tout l’exercice entre la 1ère et la 2ème place.
Les deux clubs se rendent coups pour coups et Bordeaux récupère la place de leader définitivement à la 32ème journée, jusqu’au sacre, le 29 mai 1999. Les deux équipes se tiennent en un point, et le club aquitain a droit à un déplacement délicat sur la pelouse du Parc des Princes, pour espérer être champion. Pendant ce temps, l’OM reçoit Nantes au Vélodrome. Ils gagnent 1-0 mais, à Paris, les Girondins marquent le but de la victoire par Pascal Feindouno à la dernière minute du match. Bordeaux s’impose 3-2 et est champion de France. Marseille l’a mauvaise.

10 ans plus tard, on prend les mêmes équipes et on recommence presque la même histoire. Lyon, avec Benzema à la finition et Juninho à la passe, tente de remporter un 8ème titre. Ces-derniers passent 26 journées de suite en tête de Ligue 1! Une place de leader qu’ils laissent à la 31ème journée au profit de Marseille. Pendant ce temps, Chamakh, Gourcuff et Wendel terrassent les défenses de première division. 36ème journée: Bordeaux va prendre 3 points compliqués sur la pelouse du Mans et l’OM, encaisse un sévère 3-1 au Vélodrome! Les Girondins s’emparent de la première place et ne la quittent plus jusqu’au match du titre à Caen! Ils s’imposent 1-0 grâce à un but de Gouffran… ancien caennais. Marseille, de son côté, inflige un 4-0 à Rennes mais finit 2ème avec 3 points de moins que le club au scapulaire.

 

llacer-rabesandratana-feindouno-1999

 

Finalement…

…peu importe les décennies, les présidents ou les générations de joueurs, ce match est celui qu’il faut remporter, à tout prix.