N’oubliez pas de remercier Francis Gillot

 

 

Et pour se remémorer ce que Francis Gillot a trouvé à son arrivée, rien de tel que des propos de Benoit Trémoulinas : « L’après Laurent Blanc nous a fait énormément de mal. Et la période avec Tigana qui nous a encore plus fait de mal qu’autre chose… Bordeaux a eu du mal à relever la tête. L’arrivée de Francis Gillot nous a fait quand même pas mal de bien puisqu’on a été européens et qu’on a gagné la Coupe de France ». Les six derniers mois de Laurent Blanc ayant complètement mis à mal le mental de nos joueurs, le passage de Jean Tigana avec ses méthodes d’avant-guerre ne faisant plus leur preuves, l’on souhaitait déjà bonne chance au prochain… Et c’est sur Francis Gillot que le choix de la direction bordelaise s’arrêtait, cette dernière qui a même consenti à un arrangement avec le club sochalien. A l’époque, les qualificatifs positifs pleuvaient quant au style de management, de jeu utilisé, ainsi que des résultats. En effet, avec un effectif extrêmement limité, tout en misant sur la formation sochalienne, Gillot avait réussi à décrocher une belle cinquième place en Ligue 1, tout en produisant du jeu, basé sur l’attaque. Il n’en fallait pas moins pour satisfaire à la direction bordelaise et aux supporters, qui avaient un réel espoir de sortir enfin du trou où l’on se plaisait à dire que Laurent Blanc nous avait mis. Preuve que tout entraineur a ses moments de gloire, ses moins bonnes périodes, et sa pénitence…

 

La première année alors, avec des moyens déjà très bas et revus à la baisse par rapport à l’année Tigana, le club a choisi de faire signer Landry Nguemo et Nicolas Maurice-Belay, tous deux libres. Et après une saison 2010-2011 bien terne, Francis Gillot va redonner de l’allant, de l’envie, de la joie de vivre, à un groupe qui mentalement avait pris un sacré coup. La magie opère directement avec une cinquième place à l’issue de l’exercice 2011-2012. Bordeaux se classe alors sixième attaque du championnat avec 53 buts inscrits, et cinquième défense avec 41 buts encaissés. Même s’il ne s’agit pas de Ligue des Champions, Bordeaux retrouve l’Europe avec la Ligue Europa.

 

 

 

 

Le doute n’existe toujours pas car comment être exigeant avec ce petit gars du Nord, qui a fait en sorte que le brouillard laisse place à des jours plus radieux ? Cette deuxième saison va nous procurer de grandes et belles émotions. A commencer par le choix de jouer à fond la Ligue Europa, qui est souvent délaissée par les clubs français. Résultat, les Girondins se hissent jusqu’en huitièmes de finale et perdront face à l’un des deux finalistes de la compétition cette année-là : le Benfica Lisbonne. Et forcément, avec d’autres départs en début de saison (Ciani) et au mercato hivernal (Gouffran, pièce maitresse, mais aussi Jussiê) – et ce malgré les arrivées de Diego Rolan et Julien Faubert – l’effectif n’en demeure pas moins diminué qualitativement et il semble difficile de jouer sur tous les tableaux. Le choix se positionne alors sur la Coupe de France où le chemin semble tout tracé, et on ne peut plus jouable. Trois ans après son dernier titre, Bordeaux remporte la Coupe de France, compétition qu’elle n’avait plus gagné depuis 1987. En parallèle, Bordeaux termine à une honorable septième place en championnat. Seulement, l’état d’esprit, certainement à mettre en parallèle avec les moyens du club aquitain, a changé. Bordeaux n’est que la 16ème attaque du championnat et a bénéficié d’une excellente défense, troisième de Ligue 1, pour réaliser ses rêves et ses objectifs. Au final, c’est une nouvelle qualification européenne pour la saison suivante, qui sera sa dernière.

 

2013-2014, Bordeaux perd Benoit Tremoulinas, son meilleur passeur. Les Girondins perdent aussi leur capitaine, Jaroslav Plasil, avide d’autre chose qui se révèlera être « jouer le maintien et échouer ». Toujours sans budget transfert, on compense le départ du premier par Lucas Orban, et l’on fait des choix comme celui de ne pas retenir Anthony Modeste ou Vujadin Savic (prêt) ainsi que d’autres nombreux jeunes (qui finalement donneront satisfaction ailleurs), pour à l’inverse faire signer – gratuitement – Jérémie Bréchet qui ne jouera que très peu. Confronté à un début de championnat très compliqué face aux grosses écuries et une défaite lors du Trophée des Champions, l’entraineur girondin connaitra aussi au niveau de ses joueurs des blessures à répétition, qui lui vaudront des critiques à répétition. En effet, le manque de jeu, parfois de prises de risques, alliés à une posture « naturelle » de l’entraineur en place, feront que les médias, appuyés souvent des supporters, vont lui faire perdre son calme. De nombreux articles – pas forcément dénonciateurs, inquisiteurs, ou donneurs de leçons – vont toucher Francis Gillot dans son orgueil et sa connaissance du métier d’entraineur. Cela amènera d’ailleurs un débordement en conférence de presse avec Nicolas Morin de France 3 Aquitaine, à base joutes verbales, provocations, menaces. Ces tensions font en fait état d’un profond malaise du coach bordelais, tiraillé entre le fait de faire avec les moyens du bord depuis son arrivée, sans pour autant se plaindre publiquement. Pourtant, la magie opère toujours et grâce à un calendrier plus accessible – la faute aussi à une triste élimination en Ligue Europa – Bordeaux va finir l’année à merveille, terminant à la quatrième place. C’est ainsi que ‘le coup’ Guillaume Hoarau laisse planer des ambitions, qui seront une fois encore amputées à quelques heures de la fin du mercato avec le départ de Ludovic Obraniak. Les bruits d’un malaise, d’un message qui ne passe plus auprès du groupe, commencent à prendre de l’ampleur. Dès lors, ne répondant cela dit jamais à la question de son avenir – afin de ne pas réitérer les erreurs passées de ses prédécesseurs – l’entraineur bordelais laissera le suspense jusqu’à l’avant dernière journée – auprès des journalistes et de la com’ du club -, stoppant d’un commun accord son contrat avec le club au scapulaire.

 

Plus que pour ses capacités à entrainer, Francis Gillot a surtout été critiqué quant à sa posture, son état d’être, son physique. C’est avec une désormais célèbre palabre qu’il s’est défendu, lors de sa seconde partie de saison : « Je ne suis pas au bord de la dépression, je ne suis pas dépressif comme certains le disent. Je ne vais pas être interné pendant les vacances. Il y en a d’autres qui vont se faire soigner avant et qui disent ça. Après, j’ai peut-être une tronche qui fait peur. Il y en a certains qui ont des têtes de cons, ce n’est pas pour ça qu’ils sont cons non plus. C’est un petit peu ma réponse. Je ne vais pas juger les gens sur leur apparence, donc ne me jugez pas sur mon apparence. J’ai un air peut-être triste comme ça, mais avec les gens que j’aime bien, je rigole beaucoup, ne vous inquiétez pas. Avec les gens que je n’aime pas, je ne rigole pas ». Et tout cela avec le sourire, s’il vous plait. L’entraineur bordelais s’est efforcé à garder le moral et ce sourire alors que les résultats ne s’y prêtaient pas toujours. Il a tenu également à toujours positiver malgré ses mêmes résultats, comptant certainement sur une fin de saison en boulet de canon, et sur sa bonne étoile. Ce ne sera malheureusement pas le cas, même si la place sera en adéquation avec ce que le club avait budgétisé. Peut-on réellement parler d’échec dans ce contexte ? Le principal concerné parle de « regret de ne pas avoir fait mieux » tout en tempérant d’avoir « limité la casse ».

 

 

 

 

Sur son état d’être, son origine tend à expliquer le pourquoi du comment. Dans le Nord, les gens sont souvent réservés, voire empruntés, d’une pudeur à toute épreuve. Bien que l’adage assure que les gens du Nord ont le soleil dans le cœur, cela n’assure pas forcément de l’avoir continuellement au niveau du minois. Bien sûr, dans le football moderne, il est un devoir de maitriser tous les aspects de la communication, visuelle également. Mais lorsque les résultats étaient là, est-ce que l’on se souciait autant de cette image, si décriée ? Bien sûr que non. C’est aussi un peu le mal français, voir tout blanc, voir tout noir. L’intermédiaire qu’est la mesure n’a que rarement sa place.

 

Et sur les résultats, avec une équipe si dépouillée à chaque mercato, pouvait-il faire mieux que deux qualifications européenne sur trois, et une Coupe de France ? Oui, il a aussi fait des choix contestables comme les cas Krychowiak, Modeste, Savic, Bréchet, Ben Khalfallah, Bellion (même si l’avant dernier ne l’a pas incendié, et que le dernier a avoué qu’il a essayé de le remettre en selle) et de nombreux jeunes, ou encore le refus de faire venir Khazri en remplacement d’Obaniak. La question est ‘Quel entraineur aurait fait mieux ?’. Peut-être a-t-il manqué de fermeté dans ses relations avec la direction… Peut-être aurait-il pu lancer plus de jeunes – encore faut-il qu’ils aient le niveau Ligue 1 – afin de créer une plus grand concurrence… Peut-être aurait-il pu faire d’autres choix lors des matches au niveau tactique, au niveau des changements… Peut-être…

 

Des questions qui n’auront jamais réponses car l’aventure est bien terminée, et les maux sont bien de retour. L’avenir, et seulement l’avenir nous dira si ce sont les joueurs qui ont fait en sorte de ne plus suivre leur entraineur, ou si ces mêmes joueurs sont atteints de problèmes « psychiatriques » comme leur Président a pu l’évoquer dans tous les médias…

 

 

Francis terminera sur des remerciements envers un club et ses dirigeants, des supporters, qui l’ont finalement toujours soutenus pour les premiers, et à 50% pour les seconds. « Non, je n’ai pas vu la banderole (des supporters), mais c’est sympa, franchement. Je ne suis pas étonné, j’avais de bons rapports avec eux. Je ne leur ai pas frotté la manche pendant trois ans. On ne peut pas dire que je les invitais à manger, loin de là. Ça veut dire qu’ils reconnaissent mon travail. Je reconnais aussi qu’ils m’ont soutenu pendant trois ans, malgré une dernière année difficile. Mais on a travaillé, c’était bien ce qui était marqué sur la banderole, avec mon staff. On a bien travaillé, on a fait le maximum. On n’a pas eu de réussite cette année, mais je pense que l’on peut être fier de ce qu’on a fait, on a fait le maximum de ce qu’on pouvait faire. Après, j’espère que le prochain fera mieux, évidemment. On est heureux de partir en bons termes avec les supporters, les dirigeants, avec les personnes du club. Vraiment, ça s’est très très bien passé pendant trois ans. On a qu’à se féliciter de ce qui s’est passé avec toutes les personnes du club. Au quotidien, on s’est vraiment bien entendu. On part vraiment en bons termes, et c’est assez rare pour le souligner ».

 

Sans trop en dire, sans trop en faire, Francis Gillot est resté lui même jusqu’au bout. Pas de doute, nous ne l’oublierons pas.

 

 

Bon vent du Nord Francis, et merci pour tout !

 

 

 

 

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