[Exclu] Dagrant : « Ce que j’aime le plus c’est voir la foule chanter, j’admire le Virage Sud »


Eric Dagrant, ce nom ne vous dit peut-être rien mais si vous êtes un inconditionnel des Girondins de Bordeaux, vous connaissez au moins sa voix : Eric est le speaker du club ! Il est aussi le speaker du Racing Métro 92 (rugby), de la Fédération Française de Rugby, de la Fédération Française de Football ainsi que de l’Équipe de France de Hockey. Avec une extrême gentillesse, Eric nous a accordés un peu de son temps – dans un emploi du temps très chargé puisqu’il prépare actuellement l’Euro – pour vous raconter son métier, sa passion tout le simplement. Interview.

 

Bonjour Éric ! Dans un premier temps, pour les gens qui ne savent pas qui tu es, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Eric Dagrant je suis comédien, maître de cérémonie et speaker sportif en clubs et en sélections nationales.

 

Qu’est ce qui t’a donné l’envie de faire ce métier ?

J’ai commencé comme DJ à l’époque dans la plus grande boite d’Aquitaine et j’y présentais les artistes qui s’y produisaient. A défaut de chanter, le seul moyen que j’ai trouvé d’être sur scène a été de valoriser le talent des autres. Je ne vendrai jamais autant de disques que Cabrel ou Sardou mais moi j’ai présenté au milieu du stade de France devant 80000 personnes.

 

Est-ce qu’on arrive encore à progresser, à innover, année après années, dans un environnement aussi structuré que le déroulement d’un match ?

Cette question est TRÈS pertinente, car effectivement mon métier ne réside pas uniquement dans l’annonce des buteurs ou la composition des équipes. Ainsi, que cela soit en club ou en sélection, nous essayons de faire évoluer les avant-matchs. Par exemple pour les matchs de l Euro, l’UEFA ouvre les portes du stade trois heures avant le coup d’envoi, ainsi il faut travailler pour donner du contenu aux spectateurs.

 

Arrive-t-on à en vivre concrètement ou as-tu des activités annexes ? Peux-tu nous les décrire ?

Je fais effectivement beaucoup d’autres choses dans le domaine de l’institutionnel, des jeux vidéos, de la TV, ou du séminaire.

 

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Tu es passé du stade Chaban-Delmas au Matmut-Atlantique. Qu’est-ce que ça change ?

Tout si j’évoque l’affectif de ce stade ou mon père m’amenait petit et où j’ai mes meilleurs souvenirs de supporteurs. Rien si je me place d’un point de vu professionnel, je fais une quinzaine de stades différents par an, et mon but est d’optimiser les outils mis à ma disposition pour être au service du supporteur.

 

Tu es également le speaker du Racing-Métro 92 au rugby et le 23 mai dernier, l’Équipe a rédigé un article : ‘Le speaker du Racing 92 en fait-il trop ?’. Qu’est-ce que tu réponds à ça ?

D’abord, il faut lire l’article en entier et non que la partie gratuite de celui-ci pour se rendre compte qu’il est finalement plutôt gratifiant. J’ai un historique ambigu avec ce journal depuis 2010, qui aujourd’hui perdure mais me fait sourire.  J’ai travaillé avec Cyril Linette durant la coupe du monde en Allemagne, je connais donc un peu la maison et j’ai de très bonnes relations avec la plupart des journalistes rugby et foot de la presse écrite et télévisuelle.

 

Rugby à 15, rugby à 7, football, hockey sur glace, le basket… Faut-il être un vrai passionné de sport ?

J’ai la chance de ne faire que des choses que j’aime, je suis né dans le football et j’ai appris à aimer le rugby qui sont l’un et l’autre, tant en club qu’en sélection, aujourd’hui mes sports références mais j’ai eu aussi plaisir à en découvrir d’autres dont on m’a confié les animations ou mondiales comme le Hockey, les jeux équestres, la natation ou les courses automobiles.

 

Tu es aussi la voix de nombreuses compétitions internationales. Tu seras notamment le speaker des matches de l’Euro au Matmut et tu seras présent sur la Fan Zone place des Quinconces… C’est une immense joie ? Un aboutissement ? Surtout que tu as déclaré que tu étais l’un des deux seuls speakers à conserver « son » stade pour présenter l’événement…

J’ai la chance de travailler en club et en sélections nationales, et ceux qui m’emploient connaissent mon intégrité et ma passion. Être choisi pour animer au nom de la Fédération sportive de ton pays en Ukraine, Afrique du Sud ou Nouvelle Zélande par exemple est un honneur. Pour l’Euro c’est une histoire qui se poursuit bien. Il y a 4 ans, l’UEFA m’avait contacté pour animer les matchs des bleus, mais déjà engagé avec RMC pour animer les Fan Zones sur notre territoire, j’avais dû décliner. Cette année, mon cursus footballistique (avec les espoirs, les féminines et avec les Girondins) m’a donné une légitimité pour ma candidature. Chauvin comme je suis, je suis heureux d’être speaker UEFA pour les matchs dans « mon » stade, qui est je le rappelle le plus beau projet stade dans le monde en 2015.

 

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Te rappelles-tu des moments de solitudes dans tes souvenirs ?

Je n’ai pas de mémoire de mauvais souvenirs, quelques regrets tout au plus. Ainsi, je n’aime pas la lâcheté de ceux qui emploient les réseaux sociaux pour évacuer leurs frustrations qui sont souvent dues à leurs propres incapacités.

 

Okay, alors à l’inverse, quel fut ton plus grand kiff ? Ou tes plus grands kiff ?

Il faut vraiment prendre au premier degré ce que je vais te dire : dès que j’entre dans un stade, je suis heureux, vraiment heureux. J’aime voir la foule chanter, oui voilà, ce que j’aime le plus c’est voir la foule chanter, voila pourquoi j’admire autant le Virage Sud qui chante durant 90 minutes que d’entendre les chants des cariocas arrivant au Maracana. La communion est un moment magique et j’espère qu’on la vivra à la Fan Zone dès vendredi soir où j’y serai pour le premier match des Bleus.

 

Tu as connu plusieurs stades dans le monde. Quel est ton top 3 et pourquoi ?

Que 3 stades ? Anfield car Liverpool est pour moi l’essence même du football avec ce « You’ll Never Walk Alone » qui me fait pleurer à chaque fois. Ensuite Le Yankees Stadium à New York pour l’incroyable patriotisme des américains pour leurs pays et pour leur club et ce quelle que soit leur couleur, religion ou niveau social. La Bombonera à Bueno Aires car ce stade est un temple, il est poétique, chaotique tellement à part et puis Maradona quoi ! Le Maracana car ben c’est le Maracana, c’est simple quand tu arrives à Rio, tu ne vas pas poser tes affaires à l’Hôtel, tu files au Maracana et puis bien sur, évidemment comment ne pas citer Lescure car ma passion y est née, mes premiers frissons aussi. Zut j’ai oublié l’Eden Parc à Auckland pour ses contours bucoliques, le signal Iduna Park à Dortmund pour son mur jaune, l’Olympiacos au Pirée pour son bordel ambiant. Bref un stade dans une ville est un monument représentatif et incontournable.

 

Tu as donc aussi croisé plusieurs personnalités du monde du sport. Lesquelles t’ont le plus marqué ?

Je ne te cite que ceux avec qui j’ai échangé et qui ont tous un point commun, leur classe et leur humilité : dans le désordre Tony Estanguet, Laura Flessel, Zizou, Dan Carter, Thierry Omeyer, Thierry Dusautoir.

 

Y a-t-il une différence entre l’ambiance rugby et l’ambiance football ? Peux-tu nous la décrire et quelle est la différence dans ton approche de ces rencontres ?

Je n’aime pas les interdits ni les contraintes et ce que j’ai vécu lors de la finale de la coupe de France au stade de France entre l’OM et le PSG est déplorable mais fâcheusement nécessaire, du parcage, des grilles, des policiers partout. Je ne supporte ni le PSG ni l’OM, mais n’avoir comme objectif pour certains que de faire mal n’est intellectuellement pour moi pas concevable.  Voilà l’énorme différence entre le foot et le rugby, où tous se côtoient avec respect. Quant à la sécurité si elle est essentielle, elle n’en est pas moins regrettable. Je travaillais au stade de France lors de France-Allemagne en novembre dernier et je conçois tout à fait l’obligation de tout cela, mais c’est malheureux.

 

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On sait que BenGi n’est pas très apprécié notamment du Virage Sud. Quel est regard portes-tu sur le sujet, et est-il difficile d’interagir avec les supporters du VS qui sont aussi là pour animer une rencontre ?

L’argument par la démonstration, les enfants et même certains adultes ont un regard bienveillant sur BenGi. Le nombre de photos prises en témoignent.  J’entends les arguments des Ultras mais je trouve dommage les sifflets, car il suffit de voir le bonheur des enfants pour se dire qu’il y a bien plus grave qu’une mascotte. Quant aux Ultras, j’ai de saines relations avec eux, ils connaissent mon amour du club et ceux qui me voient sur des matchs internationaux en sourient car je place toujours un «  private joke » sur notre club, et encore plus en Espoirs avec la présence d’Enzo Crivelli ou Fred’ Guilbert.

 

Justement à Bordeaux, avec les mauvais résultats, un piètre spectacle, des tribunes quasiment vides… Ce n’est pas trop dur ? Est-ce que tu t’adaptes aux situations comme celle-ci ?

Comme je te l’ai dit, j’aime ce que je fais et pour qui je le fais. Chaque match est un éternel recommencement qui peut amener des déceptions mais aussi des joies immenses.

 

On a appris dernièrement des soucis de santé pour Gaby, l’ancien speaker de Lescure. As-tu de ses nouvelles, toi qui as repris le flambeau ?

J’ai une incroyable sympathie mais plus encore un immense respect pour Gaby, il restera à jamais pour moi, LE speaker des Girondins. Je n’ai que de bons souvenirs avec cet homme passionné, sain qui à contrario de certains ne se prend pas pour un autre. Et il va bien.

 

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite de ta carrière ?

Que le plaisir demeure, qu’il soit partagé par le plus grand nombre et concernant les Girondins qu’on conserve notre invincibilité contre l’OM !

 

Enfin, pour terminer, un petit mot pour les supporters des Girondins qui entendront ta voix la saison prochaine ?

Il y a une chanson des Ultras que j’adore qui dit : « un jour il vous arrivera d’avoir une équipe dans le cœur… ». Alors que nous soyons le plus grand nombre à ce qu’elle soit marine et blanc.

 

Nous remercions encore une fois très chaleureusement Eric pour sa sympathie et sa disponibilité. Nous vous invitons également à rejoindre sa page Facebook pour suivre son actualité, c’est : ICI !

 

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