A jamais dans le cœur des supporters. Merci Cédric.

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On a beau savoir que les joueurs passent, il y a des départs qui sont plus compliqués à vivre que d’autres. Et pourtant, en étant né à Avignon, en ayant fait sa formation à l’OM, pas grand-chose ne prédestinait Cédric Carrasso à faire un bon et beau bout de chemin aux Girondins de Bordeaux. Ce fut pourtant le cas… Si certains peuvent comprendre les motifs de ce départ, c’est la forme qui passe mal. Très mal.

 

Une fidélité sans faille

« Mon club ». C’est ce terme qui fut très souvent utilisé par Carrass’, comme une évidence. « Notre joueur », « notre gardien du temple », « notre pilier », « notre capitaine », « notre numéro 1 », « notre joueur exemplaire » pour finir par « Dieu » ces dernières années. Ça, ce fut nos termes. Après une année à Toulouse et une saison complète (42 matches), Cédric arrive aux Girondins de Bordeaux, choisi par Laurent Blanc pour succéder à Ulrich Ramé. Une lourde tâche qu’il assumera pendant huit ans, devenant l’exemple que l’on met en avant, le joueur phare, le pilier de l’équipe, le guide pour les plus jeunes. Si l’on peut avoir un regret pour lui, c’est que son palmarès à Bordeaux n’aura pas été à la hauteur de ce qu’il a fait pour le club. Seulement un Trophée des Champions alors qu’il attendait probablement le second titre consécutif de Champion de France comme tous les supporters, mais aussi une Coupe de France en 2013. Trop peu.

 

 

Des blessures, un des hics qui freina les dirigeants du FCGB

Les croisés, la blessure la plus grave chez un footballeur. Certains ne s’en relèvent pas. Certains ne reviennent jamais à leur niveau. Et puis il y a des autres… Ceux qui se battent, souvent seuls, et qui en reviennent deux fois, à « un âge avancé » pour certains, et qui reviennent surtout avec un niveau au moins aussi bon qu’avant leur blessure. Cédric en est revenu deux fois. Deux fois d’entre ‘les morts’ – du moins comme certains pouvaient l’annoncer – grâce à son caractère, sa force mentale, et son envie de croire que tout n’était pas terminé. Bien sûr, si l’on raisonne en probabilités, avec 1716 minutes jouées la saison dernière et 2069 à ce stade de la saison 2016-2017, l’on peut se poser des questions lorsqu’on est un décideur. Mais vous allez voir que d’autres clubs ne s’en poseront pas, eux, en témoignent déjà d’ailleurs le bon nombre de propositions que possède le portier bordelais. Et pour cause, s’il a su se relever de blessures comme celles-ci à cet âge, n’est-ce pas la meilleure preuve que l’on peut durer à son poste ? C’est aussi plus facile à dire qu’à faire, car tout ceci fut possible grâce au travail, incessant, comme un combat chaque jour d’une rééducation… C’est le principe même de la vie où l’on n’a rien sans rien. C’est cette force qui fera que « Carrass’ » aidera, assurément un ou plusieurs clubs avant la réelle fin de sa carrière. Ceci a un mot : le professionnalisme. Personne ne pourra le nier.

 

Au service du club dans ses propositions…

Lors de sa dernière prolongation, il y eut forcément une question de salaire. Mais comme dans toutes négociations, à un moment où à ce poste l’on est au sommet de son art. Cette fois-ci, ce fut différent. Le salaire n’entrait pas vraiment en ligne de compte puisque le portier girondin proposa d’être à différents statuts au niveau des gardiens de but l’année prochaine et les années suivantes. « J’ai proposé toutes les solutions possibles. J’étais prêt dans un an et trois mois de faire un point, à savoir si l’on continue ou pas. D’être là pour pouvoir encadrer le nouveau gardien qu’il y aura, le mettre dans les meilleures conditions. Et s’il se blesse d’avoir toujours un gardien sur qui on peut compter. Et à la suite de ça, faire entraîneur des gardiens. Mon projet était là. On a beaucoup parlé de mon âge et de mes anciennes blessures. Ce n’est pas un critère qui correspond à la réalité des choses » a-t-il déclaré à Canal+. Evidemment que secrètement, Carrass’ aurait tout fait pour être dans une concurrence, saine, la saison prochaine, comme il le fut avec Jérôme Prior en début de saison. Et cette concurrence aurait permis au numéro 1, lui ou un autre, qu’il hisse son niveau de jeu, pour le rester. Mais le prochain gardien bordelais, jeune ou moins jeune, ne bénéficiera pas de l’expérience si précieuse d’un gardien respecté et plus que respectable de notre championnat.

 

 

« Un choix sportif »

C’est la raison donnée à Cédric Carrasso lors de l’entretien de cet après-midi avec la direction bordelaise. Un choix sportif, apparemment, ce n’est pas que sur le terrain. Meilleur gardien de la saison pour France Football, second pour L’Equipe au niveau des notes, « décisif et qui fait gagner des points » pour Jocelyn Gourvennec. Que faut-il de plus ? Deux ans de moins ? En fait, la question est toute autre : « que faut-il de moins ? ». La réponse est « l’accord avec Benoit Costil ». Car ne nous leurrons pas, il est bien là le « loup ». Les Girondins de Bordeaux, en véritable entreprise, voient forcément d’un meilleur œil la venue ‘à titre gratuit’ (car en fin de contrat) d’un international français de trente ans, pour une durée de quatre ans. Avec donc une potentielle valeur marchande, du moins nettement plus grande que celle d’un gardien de 35 ans sortant de deux graves blessures. La réalité est là, et nulle part ailleurs. Cette décision ‘peut’ se comprendre, toujours dans l’optique d’un raisonnement futur et entrepreneurial, financier surtout. Evidemment. C’est peut-être cela que « le choix sportif » signifie. Enfin, certainement même. Mais pas comme ça, pas comme ça.

 

Un timing et une manière des plus dégueulasses

Peut-être que les dernières déclarations et les dernières craintes de Cédric ont forcé la nouvelle direction à communiquer plus tôt que prévu. Car, on vous le rappelle, aucune annonce officielle ne devait être faite avant la fin de saison, « pour Cédric Carrasso comme pour les autres » nous a t’on martelé depuis des semaines. Vraisemblablement, le club lui a fait un traitement de faveur. Et quelle faveur… Par un communiqué aussi froid que succin, qui ne ressemble clairement pas aux valeurs dans lesquelles s’identifient les supporters, la nouvelle est tombée ce mardi soir, à 18h22. « Ce soir, Cédric Carrasso a été reçu par la direction du Football Club des Girondins de Bordeaux qui lui a indiqué que son contrat ne serait pas renouvelé pour la saison prochaine. Lors de la 38ème et dernière journée de championnat à Lorient, Cédric Carrasso aura l’occasion de disputer son 313ème match sous les couleurs marine et blanc. Cédric Carrasso aura marqué huit années d’histoire du FC Girondins de Bordeaux par ses performances, sa régularité et son professionnalisme ». Le timing pose clairement question. Pourquoi le club n’a-t-il pas pu communiquer plus tôt sa décision à Cédric Carrasso ? Ou plus tard ? N’y a-t-il plus rien à jouer ? La direction ne croit-elle plus à cette cinquième place pour prendre le risque de déstabiliser le joueur, le groupe, à une journée de la fin du championnat ? A une journée cruciale ? Le timing et la manière demeurent incompréhensibles. Insupportables. Dégueulasses. Cédric méritait mieux. Les supporters aussi, méritaient mieux. Celui de lui rendre un vibrant hommage dans son temple. Mais là encore, pas d’inquiétudes de notre côté, Cédric Carrasso voudra finir en beauté son passage au FCGB. Son club. Comme il restera notre gardien du temple, dans l’histoire de notre club.

 

Merci pour tout, Cédric. Nous te souhaitons le meilleur pour les années qu’il te reste à jouer au football, ta passion, au plus haut niveau. Tu as marqué, comme de nombreux gardiens, l’histoire du FCGB par ta fidélité, ta personnalité, ta justesse dans tes analyses, ton comportement avec les jeunes, ta présence dans les différents groupes, ton attention envers les supporters… Par ce que tu es, tout simplement.

 

 

Les chiffres de Cédric Carrasso cette saison

2069 minutes de jeu

21 buts encaissés

58% de passes réussies

77.8% de duels gagnés

20 ballons gagnés

9 clean-sheets

87 tirs cadrés concédés

55.6% de réussite dans la relance au pied

12 sorties aériennes réussies

357 passes réussies