#InterviewG4E. Pascal Cygan : « Des confrontations avec Lilian Laslandes, ou même Christophe Dugarry, c’était des duels âpres et engagés »

Ancien roc de Lille, d’Arsenal ou encore Villareal, Pascal Cygan livre pour Girondins4ever une analyse parfaite de la situation de Bordeaux et du LOSC, à quelques jours du match de championnat les opposant. Entretien.

 

 

Pascal Cygan (Arsenal). Arsenal 1:0 Manchester City. FA Premier League

Arsenal Stadium, Highbury, London, 22/10/05. Credit: Arsenal Football Club / David Price.

 

Bonjour Pascal, tu as fini ta carrière en 2011, après une dernière aventure à Carthagène, en deuxième division espagnole. Que deviens-tu depuis ?

Je suis revenu en France, après avoir passé pendant 2 ans mes diplômes d’entraîneur en Espagne. J’ai été directeur sportif à Wasquehal, puis entraîneur des U15 au LOSC, puis responsable des défenseurs U17-U19 toujours au LOSC. Puis j’ai été envoyé par Lille en deuxième division belge à Roulers. Et aujourd’hui, je suis au chômage.

 

Pourquoi ne pas avoir fini ta carrière en France ?

Après Villareal, j’avais l’optique de finir là-dessus. J’ai reçu un coup de fil du directeur sportif de Carthagène, qui m’a fait changer d’avis. J’ai repoussé ma fin de carrière d’une année, puis d’une deuxième.

 

Tu as déclaré il y a quelques années vouloir entraîner, à long terme, l’équipe première du LOSC. Comment jouent tes équipes ? Quels coachs t’inspirent ?

J’ai été très inspiré par le système espagnol. J’ai appris que le meilleur moyen de bien défendre, c’est de garder le ballon, c’est de bien attaquer. Plus longtemps vous avez le ballon en train d’attaquer, moins l’adversaire a d’opportunités d’attaquer à son tour. Plus vous êtes haut sur le terrain, plus c’est compliqué pour l’adversaire, une fois le ballon récupéré, de traverser les 50 ou 60 mètres qu’il reste pour marquer dans nos buts. Juan Ignacio Martinez m’a inspiré, à Carthagène. Manuel Pellegrini avant lui, par le système, par la manière d’attaquer et de défendre.

 

En 2003-2004, tu finis champion d’Angleterre avec Arsenal, en terminant la saison invaincu. Raconte-nous un peu comment on se sent quand on joue dans une telle équipe…

On se sent invincible ! On a eu un précédent avec Manchester United. C’est-à-dire qu’on reprochait, 2-3 années auparavant, aux adversaires de Manchester United, de se pointer sur le terrain et de limiter la casse. De perdre 1-0, 2-0, sans en prendre 6 ou 7. On a eu cette impression-là nous aussi, à chaque fois qu’on rentrait sur le terrain. Les adversaires nous laissaient jouer, nous laissaient attaquer, et à force d’attaquer, on finissait par marquer. Une vraie sensation d’invincibilité. 49 matchs sans défaite… Même si on est sur le banc une fois sur deux, j’ai joué une vingtaine de matchs, donc c’est une victoire personnelle à part entière aussi. Ca me rend fier aussi. Quand vous avez la médaille, vous avez la médaille ! Que ce soit en tant que titulaire, remplaçant, ou même blessé, si vous la méritez, vous la méritez.

 

D’après-toi, que te manquait-il pour pouvoir jouer en Équipe de France ? Alors que tu étais dans une défense extrêmement solide…

Il me manquait beaucoup de choses. Déjà, d’être plus souvent titulaire. Car pour être en Equipe de France, il faut être un joueur titulaire dans son club. Et ce n’était pas mon cas. Après, c’est un secret pour personne, mais j’avais un manque de vitesse, évidemment. J’ai été présélectionné parmi 40 joueurs, je figurais dedans. Mais à l’époque, il y avait Desailly, Blanc, Leboeuf, les intouchables… Donc forcément, pour espérer avoir le cran encore au-dessus et espérer la convocation, c’était mission impossible.

 

Tu es tombé dans la mauvaise génération ?

Non, pas dans la mauvaise génération, car même s’il y avait eu une génération un peu plus élargie comme c’est le cas en ce moment, je pense que j’aurais été quand même encore derrière quelques défenseurs.

 

Pascal Cygan

Pascal Cygan losc.fr

 

T’as quand même eu une belle carrière…

C’est sûr. Puis cotoyer des clubs du top 20 européen… Pour quelqu’un qui n’allait pas très vite !

 

Si tu devais composer une défense à 4, avec des joueurs que tu as connu ou encore en activité, qui choisirais-tu ?

Sur les côtés déjà, il faut être rapide. J’aime bien Lahm (ex-Bayern), parce que Lahm, il peut aller partout. À première vue, je n’aurais pas pensé à lui, mais étant donné, qu’il peut jouer à droite, à gauche, et même milieu défensif, je le mets dans mes 4. Car c’est un sacré avantage pour un entraîneur. En défense centrale, j’ai adoré Carlos Mozer à l’époque marseillaise. Il en imposait. Rien qu’être à côté de lui dans le couloir, ça devait être quelque chose d’énorme. Mais encore pire, en duel avec lui. J’ai eu des retours, qui disaient que c’était un carnage… Je mettrais en deuxième défenseur central, un mélange de Puyol et de Ramos. Puyol manquait peut-être un petit peu de tonicité, et de technique, ce qu’a Ramos. Mais Puyol avait la niaque, la grinta, il rendait ses coéquipiers bien meilleurs sur le terrain. En tant qu’arrière gauche, Mendy. J’aime bien les 2 Mendy ! Celui de Manchester City et celui de Lyon. Rapide, technique, très jeune, et déjà très fort.

 

Aujourd’hui, on retrouve cette équipe de Lille en grande difficulté en championnat. Un peu comme celle des Girondins. Comment vit-on cela, quand on a connu un LOSC européen ?

Pour comparer les deux cas, Bordeaux en ce moment, et Lille en ce moment, ce n’est pas tout à fait identique. Lille est quand même à la place qu’il ne faudra pas avoir en fin de saison. Bordeaux est quand même un tout petit peu mieux. Ils n’ont pas les problèmes financiers qui vont avec. Ils n’ont pas un effectif qui a connu des saisons de maintiens galères, comme le LOSC peut avoir. On ne peut pas comparer. Surtout, que très peu de lillois sont formés au championnat français, donc c’est difficile. Notre match à 6 points c’était contre Amiens il y a quelques jours. Est-ce que Bordeaux a eu un match aussi décisif ? Je ne sais pas. Frédéric Antonetti, au Canal Football Club, disait que le championnat se décidait aux 37èmes et 38èmes journées. Je suis et d’accord, et pas d’accord. C’est vrai que si vous vous mettez en sécurité avant, vous jouez ces deux dernières journées tranquillement. Beaucoup d’équipes vont batailler aux deux dernières journées pour être sauvées, ou pas. J’ose espérer pour nous qu’on a peut-être encore une chance de se maintenir. Parce que ce serait vraiment une catastrophe. Au niveau sportif, au niveau politique, économique… Il y a le grand stade, il y a Luchin (le centre d’entraînement du LOSC)… Il y a une centaine de salariés au LOSC. Il va falloir trouver une solution pour eux. Car on ne pourra pas tous les garder. C’est très inquiétant.

 

Voir un club comme Lille, aussi mal, c’est surprenant…

En espérant que Lopez aime vraiment le club et compte vraiment aller jusqu’au bout avec. Si on apprend qu’il nous fait une Madoff, ce serait alors la double peine. Déjà qu’on est très mal, si derrière l’autre se sauve et nous laisse comme ça ! Là, c’est la cata.

 

Quels ingrédients Lille doit mettre en œuvre pour éviter la Ligue 2 ?

On dit souvent qu’il faut être psychologiquement armé pour ça, qu’il faut des joueurs expérimentés, ce qu’on n’a pas, pour espérer un maintien en fin de saison. C’est compliqué mais si maintenant, on est un peu plus adroit devant le but, si on joue avec l’intention de vouloir gagner les matchs, et pas de simplement rentrer sur le terrain pour voir ce qui se passe, ce sera peut-être différent. Dans les têtes adverses déjà, ils verront du rouge et bleu arriver sur eux. Ce serait peut-être une meilleure façon d’aborder les matchs, d’attaquer plein pot, quitte à perdre. Il suffit de gagner 2 matchs, donc autant tout miser, tout tenter.

 

Quel regard portes-tu sur l’équipe actuelle des Girondins de Bordeaux ?

Je ne suis pas trop leurs matchs même si je vois les résultats. C’est un peu une situation comme Saint-Etienne, sauf que le recrutement de Sainté a très bien fonctionné. Tout l’inverse de Bordeaux, qui, tout doucement, coule. Comme nous. Ils n’arrivent plus à gagner. C’est étrange, car les commentaires qu’il y avait eu autour de Poyet, de ses anciens clubs, ou ça n’avait pas très bien fonctionné… Où il était parti avant 2 fois, on avait peur pour Bordeaux. On s’est dit : « Pourquoi recruter un entraîneur avec cette étiquette-là ? », puis finalement il a gagné 3-4 matchs dès son arrivée. Alors on s’est dit que c’était un génie. Et depuis, petit à petit, il n’y a plus rien qui fonctionne. C’est étrange. Incompréhensible. Pour comprendre, il faudrait être au sein du club.

 

Villarreal v Barcelona

VILLARREAL, SPAIN – JANUARY 24: Lionel Messi (R) of Barcelona controls the ball trailed by Pascal Cygan of Villarreal during the Copa del Rey match at the El Madrigal stadium on January 24, 2008 in Villarreal, Spain. The match ended in a 0-0 draw. (Photo by Jasper Juinen/Getty Images)

 

Quels souvenirs as-tu des matchs contre Bordeaux, lorsque tu étais au LOSC ?

C’était toujours des matchs compliqués, surtout chez nous. Ca a toujours été des matchs serrés, compliqués, même si Bordeaux était souvent mieux classé que nous. Des confrontations avec Lilian Laslandes, ou même avec Christophe Dugarry, c’était des duels âpres et engagés. Mais toujours des confrontations individuelles ou collectives difficiles.

 

Les médias annoncent un groupe de 12 ou 13 joueurs pour le voyage à Bordeaux. Que penses-tu de cette décision/rumeur ?

Je crois que Christophe Galtier ne sait plus trop quoi faire. C’est comme quand un joueur fait le con dans la semaine, va en discothèque alors que la vie du club est en danger, et se prive de lui en le mettant sur le banc ou en ne le prenant pas. C’est se tirer une balle dans le pied. Je crois qu’il y a d’autres façons de sanctionner le joueur. Et pas le joueur, l’équipe, l’entraîneur et tout le club. Mais bon, il est mieux placé que moi pour savoir comment ça se passe dans son vestiaire. On verra bien ce que ça donne. C’est toujours pareil, si on en prend 3 à Bordeaux, en emmenant 13 joueurs, on dira que c’était une catastrophe. Si il en met 3 ou qu’on gagne 1-0, on dira que c’est un génie. On verra bien. Pour répondre correctement, c’est se tirer une balle dans le pied pour moi. C’est se priver de 2 ou 3 joueurs supplémentaires ou solutions de rechanges. Ce genre de mesure drastique, il faut la prendre quand il n’y a plus rien à espérer. Quand justement, vous êtes en position de force en tant qu’entraîneur, que vous avez des résultats etc, que vous voulez marquer votre empreinte au sein du club, devant vos dirigeants ou au sein du vestiaire, vous prenez des mesures comme ça. Je ne pense pas que ce soit une bonne chose d’écarter des titulaires, qui ont probablement été transférés assez cher, car c’est de ceux-là qu’on parle. Dans quel état psychologique on va les récupérer pour les prochains matchs ? J’imagine qu’il ne va pas faire ça qu’à Bordeaux. Que ça fonctionne ou pas à Bordeaux, il ne pourra plus les remettre dans son 11.

 

Nicolas de Préville a eu un passage réussi au LOSC, et est en difficulté aux Girondins. Que penses-tu de ce joueur ?

C’était encore une de nos erreurs de début de saison. On n’a pas d’attaquants purs, on en a un seul. Il marquait des buts chez nous, et on s’en sépare. Donc déjà, c’est incompréhensible. Après, est-ce que, comme beaucoup de joueurs, il a besoin d’un temps d’adaptation ? Il n’arrive pas de l’étranger, il est dans un championnat qu’il connait bien, avec des adversaires qu’il connait depuis plusieurs années, donc le droit à l’erreur pour lui est plus court. Peut-être que Poyet ne le fait pas jouer dans la meilleure des positions… Peut-être que son profil ne correspond pas à l’animation offensive des Girondins, je ne sais pas.

 

Quel est son vrai poste selon toi ?

Pour moi c’est avant-centre ! S’il est derrière un avant-centre du style Pauleta et que lui vient décrocher, style Anelka à l’époque, c’est compliqué de le trouver. C’est compliqué d’avoir une relation « Malcom-De Préville », ou « Laborde-De Préville », si l’un pense noir et l’autre pense blanc. Il faut être en osmose, et avoir une animation offensive et collective unique, comprise par tous les membres de l’attaque. Il a quand même un autre souci, je me souviens d’un de ses buts où il frappait de l’extérieur de la surface, elle part en lucarne opposée. Il avait l’habitude d’avoir quelques occasions chez nous et d’en mettre une sur deux. Ou une sur trois. Je me rends compte qu’à Bordeaux, quand il a 5 occasions, il n’a toujours pas marqué de but. Peut-être qu’il a un souci au niveau de sa finition à Bordeaux qu’il n’avait pas chez nous. Il me semble qu’il est très mal. J’ai le souvenir de lui, il y a quelques mois, où il avait des face-à-face devant le gardien, et il échouait. Donc effectivement, ce n’est pas le même De Préville que nous avions en début de saison, et le bordelais.

 

Que va donner ce match de samedi entre Bordeaux et Lille ?

J’espère qu’il va au moins nous rapporter un point ! Qu’on puisse se rapprocher de Troyes. En espérant que Troyes et Toulouse perdent. Quoi qu’il arrive, il faut tout donner. J’espère qu’un match nul pourra suffir, mais on va garder les oreillettes pour savoir ce qu’il se passera sur les autres terrains ! À Troyes, Toulouse ou Angers je crois. Il faudra malheureusement subir les évènements des autres terrains, pour savoir si on devra vraiment tout miser sur les matchs à venir.

 

Un pronostic ?

Comme j’ai dit, contre les bordelais ça a toujours été des matchs serrés, je vois bien un 1-1. Avec un but de De Préville en plus ! C’est toujours comme ça que cela se passe. Si Poyet il est intelligent, il va mettre De Préville titulaire, car il sait qu’un joueur sur deux est capable de se transcender face à son ancienne équipe. Surtout que là, je ne sais pas si De Préville était à 100% chaud pour partir (de Lille)… Je vois bien un but de De Préville, tant que nous on en met un aussi, ça suffira. Je pense que même Galtier s’en contentera. J’espère qu’il n’y aura ni blessure, ni carton rouge. Car si on se retrouve à jouer à 10, et qu’on perd sur un choix comme ça… Bielsa l’avait fait avant lui, et à Lille en plus, donc pourquoi pas Galtier ?

 

 

Merci beaucoup à Pascal pour cet entretien. Un homme bien plus gentil que ses tacles ne pouvaient le laisser penser !