Sud Ouest 14/03/06 Ils rêvent d'un très grand stade
Bordeaux a reçu Toulouse dans un stade
"inadapté au foot moderne". L'hypothèse d'un nouveau stade ressort mais pas pour
demain
Construire un
nouveau stade de football à Bordeaux, Joël Quancard en rêve. L'adjoint aux
sports est intarissable sur le sujet. Il a déjà tout calculé : la capacité
idéale, 50 000 places, comme le prix, 80 millions d'euros. Sans oublier l'âge du
capitaine, en l'occurrence le vieux stade Chaban-Delmas, qui va sur ses 70 ans.
Rêve solitaire d'un élu illuminé ? Pas seulement. Quand on interroge Hugues
Martin, le maire confirme que l'hypothèse a effectivement été évoquée avec
Nicolas de Tavernost, PDG de M6, propriétaire des Girondins de Bordeaux. « C'est
même moi qui a évoqué le sujet en premier avec lui », précise-t-il. Joël
Quancard, lui, évoque plusieurs « échanges d'idées » avec le patron de M6.
Nicolas de Tavernost est bien élevé. Il écoute poliment et répond « faites-le si
vous voulez ». Parfois, il répond aussi « why not ? », affirme Hugues Martin.
Bref, Tavernost ne s'avance pas.
Quant à Jean-Louis Triaud, président des
Girondins de Bordeaux, il reconnaît que « tout le monde s'excite sur le sujet,
mais la rentabilité d'un grand stade n'est pas facile à trouver. Mais étudier la
question, pourquoi pas ? » Ce "pourquoi pas ?" ne tombe pas par hasard. Les
Girondins ont retrouvé des couleurs cette saison. La prestigieuse et très
rémunératrice Ligue des champions se profile. Et chacun s'accorde sur un constat
: Chaban-Delmas n'est plus adapté au football moderne. Trop petit (34 000
places), trop évasé (visibilité réduite en raison d'une pente trop faible) et,
surtout, pas conçu pour recevoir dans de bonnes conditions les « partenaires »,
les entreprises mécènes du football-spectacle.
Le modèle auxerrois.
« Que le stade actuel n'est pas adapté, c'est une évidence. Il est coincé en
milieu urbain, il n'y pas assez de places, de loges et d'infrastructures de
réception », confirme Jean-Louis Triaud. De plus, Chaban-Delmas est quasiment un
monument historique. « On ne peut pas y toucher », explique la mairie. D'où
l'idée de construire un stade neuf. Laquelle avait déjà été étudiée en 1986,
avant que la mairie n'opte finalement pour une grande rénovation de Lescure.
L'hypothèse grand stade avait été abandonnée en raison du coût. Les 80 millions
d'euros nécessaires seraient-ils plus facile à réunir aujourd'hui ? Ce n'est pas
certain.
« J'en ai assez des charges de centralité ! », tonne Hugues Martin,
qui ne compte plus les équipements financés par le seul contribuable bordelais,
bien qu'utilisés majoritairement par un public extérieur à la commune. Le stade
Chaban-Delmas est la parfaite illustration : les Bordelais représentent moins
d'un spectateurs sur deux. Bref, pour construire un nouveau stade, les
collectivités locales devront apporter leur écot. Malheureusement, la
construction d'équipements sportifs ne fait pas partie des compétences de la
Communauté urbaine.
Joël Quancard évoque de son côté le modèle auxerrois.
L'AJ Auxerre est en effet le seul club de France qui possède son propre stade,
bâti sans contribution des collectivités locales. Transposé à Bordeaux, ce
modèle verrait M6 construire seul sa propre enceinte. « Les clubs qui
choisissent cette solution adossent toujours les stades à des projets
immobiliers. En général, ils font un stade avec une galerie commerciale autour.
C'est généralement des clubs cotés en bourse. Mais nous, aux Girondins, on n'a
pas 100 millions d'euros pour faire ça ».
Dernier point, que faire de
Chaban-Delmas ? Joël Quancard et Jean-Louis Triaud y installeraient bien le
rugby, si un club de niveau Top 14 parvient à voir le jour. Ce qui, jusqu'à
présent, s'est avéré tout aussi incertain que la construction d'un grand stade.