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Interview de Pauleta de But 27/06/01.
Pauleta :
"Je veux grandir avec Bordeaux"
Pedro, ça fait bientôt sept mois que vous êtes à Bordeaux. Comment vous y sentez-vous ?
P. : Très bien. Il y a une forte colonie portugaise et espagnole à Bordeaux. Je ne suis pas totalement un étranger. Au début, Bruno Basto m'a un peu guidé dans la ville, pour me montrer les bons restaurants. Maintenant, je me débrouille. Bruno m'a permis de m'intégrer plus facilement. Mais ce n'est pas non plus mon traducteur attitré au sein du groupe. Il était à Bordeaux avant moi, il a des qualités et Elie est très satisfait de lui aux entraînements. Il joue un peu moins, mais c'est dû à la concurrence.
Pourtant, vous ne parlez toujours pas français...
P. : Ce n'est pas un problème. Le plus important est de se comprendre sur le terrain. Au début, je ne parlais qu'en espagnol. Je me suis rendu compte que je devais faire des efforts en français. Seulement, ça prend un peu plus de temps que prévu. Peut-être que la présence de Bruno Basto, d'une personne qui parlait la même langue que moi lorsque je suis arrivé, a fait que j'ai lésiné sur les efforts... (sourire)
Pourquoi avoir choisi Bordeaux ?
P. : Bordeaux était la première proposition parvenue à La Corogne. Les conditions étaient avantageuses, autant financièrement que pour le travail. Je connaissais la réputation des Girondins de Bordeaux. Je me suis lancé dans l'aventure. Bordeaux était peut-être un club moins important, mais je préférais jouer tous les matches et montrer ce que je savais faire plutôt que d'être remplaçant dans un très grand club. Bordeaux est un peu à l'image de Valence lorsqu'ils ont commencé à monter en puissance, il y a deux saisons. La politique des dirigeants et la volonté des Girondins de devenir un grand club m'ont séduit. Je veux grandir avec Bordeaux.
En arrivant à Bordeaux , étiez-vous en pleine confiance ?
P. : J'étais venu sur la pointe des pieds. Mais mes trois buts lors de mon premier match à Nantes (5-0) m'ont tout de suite mis dans le bain.
La saison aurait-elle été diffrente si vous n'aviez pas inscrit ce triplé ?
P. : Peut-être, oui. Ces trois buts m'ont fait du bien. Mais c'était dans la continuité de ce que je démontrais à La Corogne. Si je n'avais pas marqué, j'aurais continuer à travailler.
Ulrich Ramé dit que vous avez toujours le geste juste lors d'un face à face avec un gardien. Contre Rennes, face à Bernand Lama, vous n'avez pas hésité à mettre un "pointu"...
P. : A La Corogne, les gens disaient que je ne marquais pas beaucoup. Ici, c'est le contraire. Mais moi, je n'ai pas changé. J'ai toujours eu le sens du but. J'arrive à me situer par rapport au but et au gardien.
Marquer, est-ce la seule chose qui intéresse un attaquant ?
P. : Non. Mais marquer pour un attaquant, c'est très important.
Que pensez-vous de Sonny Anderson, qui est actuellement le meilleur buteur du championnat ?
P. : C'est un grand monsieur, un grand buteur, qui a toujours le geste juste devant le but. Il n'a pas besoin de beaucoup d'occasions.
Christophe Dugarry soulignait le fait que vous vous sacrifiez pour le collectif...
P. : Avoir un but de plus au classement des buteurs, ce n'est pas le plus important. Je ne suis pas obsédé par mon compteur personnel mais par les résultats de mon équipe. Après, il faut savoir être suffisamment égoïste devant le but.
Lors de votre retour en Espagne, face au Rayo Vallecano, vous avez touché à trois reprises les montants. L'Espagne est-elle une terre maudite pour vous ?
P. : C'était un match très particulier pour deux raisons. D'abord parce que c'était mon retour en Espagne, face à une équipe de la Liga. D'où une émotion un peu spéciale. Et la seconde, c'est le déroulement du match, un peu bizarre... Je n'ai vraiment pas eu de chance. C'est une rencontre à oublier et à remiser au placard.
Avez-vous l'impression d'être arrivé sur le tard dans le football ?
P. : Oui, ça a été un travail de longue haleine. J'ai toujours été régulier dans ma progression par rapport aux meilleurs buteurs d'Espagne. Mais peut-être que j'ai percé un peu plus lentement.
Cette progression peut-elle passer par un transfert en fin de saison dans un grand club anglais, italien ou espagnol ?
P. : J'ai signé un contrat de quatre ans avec Bordeaux. Ca se passe très bien pour moi en ce moment, comme pour le club. Je me sens bien ici. Je verrai avec les dirigeants à la fin de la saison. Mais pour l'instant , ils ne veulent pas se séparer de moi et je n'ai pas envie de quitter Bordeaux. Et puis , il n'y a pas beaucoup de clubs qui ont un tel outil de travail. C'est important pour progresser.
Quel championnat aimeriez-vous découvrir après l'Espagne et la France ?
P. : Pour l'instant , je ne vois pas plus loin. Je pense d'abord à progresser dans le championnat français et surtout à confirmer dans la durée.
Comment êtes-vous arrivé au football ?
P. : Je jouais dans un petit club, sur mon île des Açores, quand mon entraîneur m'a mis en contact avec le Portugal. Il m'a dit de tenter ma chance. Je suis donc parti une première fois à Benfica. J'avais 20 ans. Mais ça n'a pas marché. Je suis rentré chez moi aussitôt.
Quelles étaient les causes de cet échec ?
P. : Je manquais de maturité. Je n'étais pas prêt pour quitter mon île et ma famille. C'était un cap difficile à passer pour moi.
Votre père était-il un grand joueur de football ?
P. : C'était un bon joueur mais qui, à aucun moment, ne pensa devenir professionnel. Pour gagner sa vie, il exerçait le mérier de peintre en bâtiment. Et comme tous les gens de l'île, il avait des terres et du bétail. Je suis un fils de paysan. (sourire)
Ce qui explique votre simplicité, même au plus haut niveau...
P. : Oui, je pense. Aujourd'hui, tout va bien pour moi, mais je sais que demain, je peux ne plus rien avoir. Je sais d'où je viens. Je suis quelqu'un de très réaliste. J'éssaie de garder les pieds sur terre, malgré tout ce qui nous entoure.
Cette simplicité vient de l'éducation de votre père ?
P. : Il m'a beaucoup poussé pour me permettre de réussir. Mon père m'a dit de tenter ma chance dans le football. Si je n'avais pas réussi, j'aurais pu travailler avec lui. J'étais le seul garçon de la famille. Je suivais mon père au football tous les dimanche. Lorsque je suis revenu du Portugal après mon premier essai à Benfica, j'ai travaillé comme chauffeur-livreur pour gagner ma vie. Et le soir, j'allais m'entraîner tout seul pour ne pas perdre mon niveau.
Vous êtes également très réservé...
P. : Oui. J'ai toujours été comme ça : simple et reservé. J'aime bien être avec ma famille, discuter de choses et d'autres. J'essaie surtout d'être un bon père de famille. Quand j'ai un peu de temps libre, je le passe avec ma femme et mes deux enfants.
Vous n'accordez pas beaucoup d'interviews. Etes-vous méfiant avec la presse ?
P. : Non. Mais je ne vais pas vers les médias. Je suis payé pour marquer des buts. Je n'ai pas besoin du regard des autres. Je sais quand je n'ai pas bien joué.
Que faites-vous lorsque vous avez un moment de libre, comme c'est le cas à Bordeaux en ce moment ?
P. : Je repars sur mon île, parce que c'est un havre de paix. Il y a tous mes amis. C'est un échange permanent de souvenir. Le soleil, la plage, la famille...
Etiez-vous aussi bon à l'école ?
(Sourire) J'étais un bon élève. Mais au Portugal, on l'est jusqu'à la troisième. Après, un garçon doit aller travailler. A l'époque, on ne poursuivait pas ses études. J'ai donc tenté ma chance une seconde fois à Benfica. Et ç'a marché.
D'où vient votre sens du but ? Où avez-vous appris à marquer !
P. : J'ai toujours joué attaquant. Aucune place ne me convenait réellement. A force de jouer devant le but, on acquiert des automatismes, des gestes et des petits trucs qui se reproduisent à chaque match.
En Espagne, vous aviez la réputation de vous créer beaucoup d'occasions. Mais vous ne marquiez pas assez...
P. : J'ai connu cinq saisons très bonnes, au cours desquelles j'ai été, à chaque fois, le meilleur buteur de mon club. Mais il est clair que les gens s'attendent toujours à ce qu'on marque 20 buts par saison. Or, pendant une saison, on connait des passages à vide.
Avez-vous souffert des attaques de la presse espagnole, lorsqu'on critiquait votre manque de réussite devant le but ?
P. : Non. Car ce n'était pas une critique. C'est logique. Si, parmi les quatres attaquants, il y en a un qui ne marque pas, il se retrouve sur la touche. C'est normal.
Pourquoi ne marquiez-vous plus ?
P. : En fait, j'avais marqué dix buts lors de la dernière saison. Et dix buts, c'est beaucoup lorsqu'on joue à La Corogne, parce qu'il y a quatre attaquants de grand talent, qui ne cessent de tourner. En France, on ne peut pas comprendre.
Malgré ces critiques, vous êtes toujours resté dans le coeur des supporters...
P. : C'est normal. J'ai toujours donné le meilleur de moi. Je suis comme ça. Je suis quelqu'un d'honnête sur le terrain. Même si on ne marque pas, la moindre des choses c'est de se battre. C'est mon style.
Au Depor, vous évoluiez dans un système particulier, à un seul attaquant...
P. : Oui, et ce n'est pas ce qui me convenait le mieux, parce que ça demande beaucoup de travail, de harcèlement, et on manque de soutien. Je préfère jouer à deux attaquants, comme à Bordeaux.
A La Corogne, vous aviez un entraîneur, Javier Irureta, qui ne lésinait pas : quand on ne marque pas, on revient sur le banc...
P. : Ce n'était pas le problème. Ce n'est pas un entraîneur plus dur que les autres. Il y avait plusieurs attaquants de valeur à La Corogne (ndlr : Turu Flores, Makaay). Il cherchait la meilleure solution possible pour remporter chaque match.
Et lorsque Tristan est arrivé, vous n'avez plus été retenu...
P. : Un grand club comme le Deportivo a besoin d'avoir quatre attaquants, parce qu'il joue sur quatres tableaux et cherche à gagner la Liga tous les ans. C'est normal qu'il y ait une telle concurrence. Ma première année à La Corogne s'est bien passée. Puis je me suis blessé à la cuisse, ce qui m'a pénalisé pendant quelques mois. J'ai eu du mal à revenir physiquement. Je n'entrais plus dans l'équipe type de La Corogne. J'étais donc moins souvent titulaire.
Etiez-vous déçu ou frustré ?
P. : Non. J'ai tout de même gagné la Liga et la Coupe d'Espagne.
Bordeaux, était-ce une porte de sortie ?
P. : Quand je suis revenu de blessure en début de saison, je ne voulais pas être un remplaçant de luxe. Ca ne m'interessait pas. Je devais partir. Mais en signant à Bordeaux, je ne suis pas arrivé en terrain conquis. Le premier jour où je suis arrivé, je ne savais pas si je serais titulaire. J'étais inconnu en France et à Bordeaux, il y avait de grands attaquants avec Dugarry, Laslandes, Wilmots. Je venais pour jouer, mais je devais gagner ma place, faire le maximum.
Est-ce important pour bien figurer en sélection du Portugal ?
P. : Oui. Je suis régulièrement titulaire depuis l'Euro. J'espère que ça va continer. C'est vrai qu'il y a une concurrence énorme au sein de la sélection portugaise, avec de très grands joueurs comme Figo, Nuno Gomes, Rui Costa... Mais on reste avant tout des amis. On s'appelle souvent.
Un peu comme ce qui se fait en équipe de France...
Oui. C'est d'ailleurs ce qui fait sa force.
Revenons à Bordeaux. L'équipe a connu quelques problèmes depuis un mois et demi. Croyez-vous encore au titre ?
P. : Toutes les équipes qui sont en tête vont avoir du mal. La fin de saison va être serrée, comme en témoigne la dernière journée de championnat ou Lille, Nantes, Lyon et Bordeaux ont tous les quatre gagné. L'objectif du club en début de saison était de terminer parmi les quatre premiers, pour être europèen. Une fois ce premier objectif assuré, on pourra viser beaucoup plus haut. Les gens doivent comprendre que décrocher le titre sera difficile pour toutes les équipes de tête.
Mais jouer la Ligue des champions est important pour vous...
P. : C'est important pour tous les joueurs, pas seulement pour moi. On est tous concernés par cet objectif.
Etes-vous quelqu'un d'ambitieux ?
P. : Oui. je veux réussir avec Bordeaux, gagner des titres.
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