Sud Ouest 12/04/06 « Aucun projet de cession »
Depuis samedi, M6, comme l'équipe dirigeante des Girondins,
ne cessent de démentir tout projet de vente du club par son actionnaire
exclusif. Accréditée par un article publié par notre confrère « l'Equipe » dans
son édition du 8 avril, cette éventualité s'est vu immédiatement opposer un
communiqué de la chaîne de télévision qui contestait « avoir mandaté quiconque
en vue de la vente » du club bordelais (lire « Sud Ouest Dimanche » daté du 9
avril). Aujourd'hui, le président du directoire de M6 va plus loin en assurant
qu'aucun projet de ce genre n'est dans les cartons.
La chaîne M6
prépare-t-elle oui ou non la vente des Girondins ?
Nicolas de Tavernost. On a démenti de la manière la plus vigoureuse
qui soit, d'autant qu'on ne connaît même pas le cabinet d'avocats dont il est
fait mention (1). On ne sait pas qui sont ces gens ! C'est tout de même
surréaliste. Il n'y a rien du côté de M6. Ce n'est pas parce que le PSG est
vendu par Canal + que M6 va s'aligner pour ce qui concerne les Girondins. Si,
dans dix ans, on s'avise de vendre ou de s'associer à un partenaire, car la vie
des affaires est ainsi faite, on nous renverra à la figure une phrase du genre :
« Vous voyez bien, on vous avait bien dit. » Mais au moment où je vous parle, je
n'ai aucun projet de cession du club. Je ne peux pas être plus clair. En
revanche, on nous a fait des demandes.
Ces demandes sont-elles en relation avec la santé restaurée du club,
sur les plans sportif et financier ?
Quand le club allait mal, on enregistrait aussi des
demandes. C'était « pousse-toi de là que je m'y mette ». Maintenant que tout va
mieux, c'est aussi « pousse-toi de là que je m'y mette ». Nous, nous sommes
présents dans les bonnes comme dans les mauvaises années. On accomplit notre
travail d'actionnaire : développer le club, être attentif à sa gestion, lui
assurer une sécurité financière. Le cadre managérial est bon, avec la nomination
de Ricardo. Lui-même souhaite continuer avec nous.
En fait, je m'interroge sur le fait de savoir si
ces rumeurs ne correspondent pas à une tentative de déstabilisation du club.
Imaginez qu'on ait l'intention de vendre. Vous croyez qu'on mandaterait
quelqu'un pour ce faire avant la fin de la saison ? Ca n'a pas de sens.
Les intentions que l'on vous
prête sont-elles en rapport avec la vente du PSG ?
Il y a peut-être un amalgame, mais nous ne
diffusons pas les matches du championnat. Nous ne choisissons pas les clubs
diffusés, au contraire de Canal +. Il pouvait effectivement y avoir un conflit
d'intérêt entre Canal + et les autres clubs. Bordeaux en sait quelque chose, en
sixième position au nombre de diffusions alors qu'il est deuxième au classement
(2), et ça compte dans les recettes (3). Ce conflit sera réglé par la cession,
du moins je l'espère. Tandis que nous ne sommes en rien confrontés à ce genre de
problème.
Est-ce que des prises de
participation minoritaires dans le capital des Girondins pourraient recevoir
votre aval ?
On
n'en est pas là. S'il était prouvé que l'opération apporterait quelque chose de
plus au club, on y consentirait. Mais pour le moment, on n'en voit pas la
nécessité. Bordeaux présente une gestion saine. Nous y avons fait des
investissements significatifs au plan matériel. La saison sportive est
satisfaisante. La structure dirigeante est en place, il y a un manager, un
directeur général et un président (NDLR : Alain Deveseleer et Jean-Louis
Triaud), il y a des sous dans la caisse. Et nous ne cherchons pas à réaliser une
opération financière avec les Girondins.
Il est d'ailleurs curieux de constater que plus on dit
clairement les choses, plus on nous prête des intentions contraires. Que
voulez-vous que je fasse ? Que j'aille planter une banderole devant la façade de
l'immeuble de M6 sur laquelle on lirait « On ne vend pas les Girondins » ? Et
qui clignoterait en plus ?
La réflexion
sur la saison prochaine est-elle déjà engagée ?
Un Conseil d'administration des Girondins est
programmé cette semaine avec toute l'équipe dirigeante pour examiner la saison
prochaine, arrêter un budget et regarder les grandes options. Ce rendez-vous n'a
rien d'extraordinaire, on suit régulièrement la gestion du club, mais on ne le
gère pas nous-mêmes. On suit parce qu'on ne veut pas rentrer dans des
difficultés. N'oublions pas que M6 est une société cotée en Bourse.
Nous avons toujours considéré
qu'une bonne gestion pouvait déboucher sur des résultats sportifs satisfaisants.
Si le football n'était qu'une question d'argent, ça se saurait. Bien sûr qu'il
faut des moyens, mais ce n'est pas toujours le plus gros qui gagne. Là, le
président et le management vont proposer un plan à l'actionnaire que nous
sommes. Mais j'ai toujours été extrêmement prudent. La saison n'est pas
terminée.
La considérez-vous
satisfaisante ?
Attention, ce n'est pas fini. L'équipe doit être soutenue et motivée
jusqu'à la fin. On verra à la 38e journée. Je serai d'ailleurs à Bordeaux pour
la réception de Marseille. Mais ce qui a d'ores et déjà été accompli par Ricardo
et ses joueurs est évidemment très satisfaisant. Disons que Bordeaux est revenu
au niveau que l'on souhaiterait le sien dorénavant. On espère maintenant un coup
de rein nécessaire jusqu'au dernier match. Cette prudence nous animait déjà en
début de saison. Nous n'avions pas fixé au club d'objectif de qualification en
Ligue des champions.
(1) « L'Equipe
» mentionnait le nom d'un cabinet d'avocats anglais.
(2) Bordeaux est en fait quatrième, avec dix
diffusions depuis le début du championnat, devant un peloton homogène. Mais très
décroché du PSG (22 diffusions), de Marseille (20) et de Lyon (19).
(3) La répartition des droits
télé entre les clubs de L 1 est égalitaire pour 50 % du montant total, elle
dépend du classement sportif pour 30 % et du nombre de diffusions (sur l'année
et sur les cinq dernières saisons) pour 20 %.