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Sud Ouest 05/01/99 LILIAN LASLANDES : L'hommage
Après avoir vécu une triste semaine à la suite de la disparition de son grand-père, le buteur bordelais s'est offert le coup du chapeau qu'il a tenu à lui dédier
De sa nouvelle demeure, Robert peut encore être fier de son petit-fils. Même si Lilian, le grandasse, aurait très bien pu, comme lui, épouser une carrière de rugbyman. Avec ses épaules de déménageur, son caractère de tignous, son tempérament en acier trempé, son amour du combat au près comme au large, il aurait pu se forger une sacrée réputation en troisième ligne. Mais il a choisi une autre voie. Celle du ballon rond pour suivre les sillons de son père, ancien joueur de Pauillac.
Fier et honoré, oui, Robert l'est. Car sa mémoire et son souvenir sont marqués à l'encre indélébile dans l'esprit du petitou. Et pour le remercier de ses bons soins, de ses précieux conseils, de son attachement indéfectible et de son amour filial, Lilian lui a rendu le plus bel hommage. Un coup du chapeau face à Metz. Trois buts qu'il lui dédie sans partage.
D'ailleurs, l'émotion était à son comble sur le premier. On joue la 54e minute. Sur une ouverture de Ferrier, il exécute un enchaînement de rêve. Amorti poitrine, contrôle pied droit et frappe du gauche. Letizi n'y voit que du feu. Il se précipite vers le public, ivre de joie, et montre des deux mains son nom inscrit au dos du maillot. Ses coéquipiers se jettent sur lui pour le féliciter et lui murmurer des mots affectueux.
« Je me suis laissé aller sur le premier but. Je ne pouvais pas retenir mes larmes »
C'en est trop pour un homme à la sensibilité à fleur de peau. L'image de son grand-père jaillit devant ses yeux embués. Il craque et fond en larmes. L'instant est touchant, bouleversant. attendrissant. « Je me suis laissé aller sur le premier but, évoquait-il dans le paddock. Je ne pouvais pas retenir mes larmes. C'est normal. Tous les joueurs l'ont compris. Ils sont venus me voir et ça fait chaud au coeur. »
La semaine dernière, Robert Laslandes a pris le chemin de l'éternité. Lilian s'est alors enfermé avec sa famille pour vivre ce deuil dans le recueillement. Et rien ne laissait présager qu'il serait apte à disputer ce dernier match de l'année 1998. A-t-il pensé un seul moment à déclarer forfait ? « Non, jamais, rétorquait-il les yeux verts encore humides. C'était plutôt l'inverse. Quand Elie m'a vu arriver vendredi, j'étais dans de bonnes dispositions. Avec mon tempérament et ma volonté, je pense qu'il n'a pas hésité une seconde à me titulariser. Mon père m'a dit : "Il faut que tu joues. C'est la vie, c'est comme ça." Je suis récompensé. Pour lui, je suis très fier. »
D'autant que fort de ce hat-trick, le deuxième de sa carrière après un certain Auxerre-Nîmes, Lilian rejoint son partenaire, Sylvain Wiltord, en tête du classement des buteurs avec douze réalisations. Anecdotique à cette heure- là, il joue pourtant le jeu avec la presse. Altruiste comme jamais, il n'entend pas livrer un duel avec son complice de l'attaque bordelaise. Son esprit compétiteur, il le démontre face à ses adversaires, jamais face à ses partenaires. « Il n'y a pas de challenge entre nous, admet-il modestement. Nous sommes très contents d'être en tête des buteurs. C'est bien pour l'équipe et pour nous. Moi, ça me fait chaud au coeur car il y a quelque temps, je disais qu'il me manquait quelques buts. Là, j'en inscrit six en trois matches. La roue tourne. Il y a des moments de flottement et d'autres où tout vous réussit. C'est aussi ça la vie. »
« Nous ne sommes qu'à trois points de Marseille. Nous leur mettrons la pression le plus longtemps possible »
Pourtant, il aimerait atteindre en fin de saison l'objectif qu'il s'est fixé. A savoir planter quinze buts. Objectif raté d'un cheveu, l'an passé (14 buts). Mais la caisse de champagne promise par Michel Pavon est toujours d'actualité. Le capitaine girondin est même prêt à aller plus loin : « Au coup d'envoi, nous avions tous une petite pensée pour lui. Nous avions envie de tout coeur de remporter ce match pour lui dédier. Et, en trois matches, Lilian a inscrit six buts. A ce rythme, ça va sûrement me coûter une caisse de champagne. En outre, je lui ai présenté un autre défi. Si, cette année, il arrive à 20, je lui en paies deux. Donc, j'espère qu'il en mettra 21 ».
Avec 9 buts du droit, 2 du gauche, 1 de la tête et ses 6 passes décisives, Laslandes est l'attaquant français le plus performant, le plus complet. Histoire sans doute de se rappeler aux bons souvenirs de Roger Lemerre, le sélectionneur national. Car il n'a toujours pas mis une croix sur l'équipe de France. Même si, samedi soir, elle était à mille lieues de ses pensées.
Pour autant, son voeu le plus cher pour 1999 ne concerne pas ses performances individuelles. Avec Lilian, c'est tout pour l'équipe, son équipe. Sa deuxième famille. « Après vingt journées, Bordeaux impose un jeu de qualité et le respect. Alors, maintenons cet état d'esprit et ce label offensif afin de demeurer dans les deux premiers. Et s'il y a une opportunité de saisir le titre de champion, ne la loupons pas. Forcément aujourd'hui, nous y pensons. Il ne faut pas se voiler la face. Nous ne sommes qu'à trois points de Marseille. Nous leur mettrons la pression le plus longtemps possible. Et le 29 janvier, nous ferons tout pour nous rapprocher. »
Oui, Robert, tout la haut, peut encore être fier de son petit-fils.
De tous les Girondins, Lilian Laslandes est celui qui possède la plus grande expérience européenne. Un atout majeur pour le onze d'Elie Baup
Trois quarts de finale, une demi-finale (perdue seulement aux penaltys contre Dortmund), le palmarès européen de Lilian Laslandes est pour le moins impressionnant. A tel point que l'attaquant bordelais ne se souvient pas du nombre de matches joués. Et à peine des buts marqués : « Trois ou quatre, je crois », répond-il avec hésitation. Pour lui, l'important est ailleurs. Dans la qualification de l'équipe. Et là, le tout récent parrain du club de Pauillac est beaucoup plus précis. Les années auxerroises sont derrière lui, mais le souvenir demeure intact : « Une Coupe d'Europe, c'est une récompense et une chance. Le billet d'entrée, il faut aller le chercher durant toute la saison, match après match. Ensuite, la qualification se fait seulement sur deux parties, parfois sur un coup de dés, mais jamais dans la facilité. C'est toujours un combat extrêmement dur. »
Venant d'un battant tel que lui, l'appréciation prend tout son sens. C'est sans doute la raison pour laquelle François Grenet, seul rescapé de la formidable campagne européenne des Girondins en 1996, confiait avant la rencontre avoir longuement discuté avec son partenaire de club. Sur la Coupe d'Europe en général et sur les Grasshopper de Zurich en particulier, que le meilleur passeur du championnat a failli affronter. C'était en Ligue des champions, avec Auxerre, lors de la saison 1995-1996, après que le club de Guy Roux eut gagné le titre de champion de France. Souffrant de douleurs au dos, Lilian Laslandes avait dû renoncer aux deux rencontres contre les Suisses : « Nous avions perdu à Zurich et gagné chez nous. Mais, comme il s'agissait de la Ligue des champions avec des poules de quatre, la comparaison est difficile à établir puisque la qualification n'était pas directe. Je me souviens d'une équipe très dure, physique dans les duels, et aussi de leur attaquant, Turkyilmaz. Celui-là, il nous avait fait très mal. Mais je pense qu'avec Bordeaux nous sommes, nous aussi, capables de relever les défis physiques. »
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