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L'Humanité 26/04/99 Ce qui se cache derrière la reprise des Girondins

 


Le club actuellement deuxième du championnat de D1 est racheté par le groupe germano-luxembourgeois CLT-UFA, propriétaire de M6. Un nouvel épisode de la bataille économique que se livrent les géants européens de la communication via le ballon rond.



C’est la prime de défaite la plus importante de l’histoire du football. Au lendemain du match perdu (2-0) par les Girondins de Bordeaux samedi à Sochaux, lanterne rouge de division 1 qui n’avait plus gagné depuis cinq mois, le club aquitain officialisait l’arrivée de 120 millions de francs d’argent frais dans ses caisses. Les deux événements n’ont pourtant rien en commun. D’abord parce que le résultat de l’équipe dirigée par Elie Baup est largement compensée par le revers subi par l’OM à Lens (4-0) - ainsi Bordeaux, pourtant en baisse de régime, demeure le dauphin dans la course au titre à un point des Phocéens ; ensuite parce que le rachat des Girondins par le groupe germano-luxembourgeois CLT-UFA auquel appartient la chaîne de télévision française M6 n’est que l’épilogue d’une histoire commencée il y a plus d’un an.



Jean-Didier Lange et Jean-Louis Triaud, coprésidents et héritiers d’un club qui n’en finissait pas, en dépit de l’intermède Afflelou, de payer la note des années Bez, clamaient que " l’association Girondins de Bordeaux ", au capital de 250 000 francs ( !), était non pas à vendre mais " à offrir ". Pour les dirigeants bordelais, il s’agissait de " pérenniser ce qui est devenu une entreprise importante ". En clair, Bordeaux, qui parvenait par moments à montrer les bouts de ses crampons au plus haut niveau, aimerait pouvoir jouer vraiment dans la cour des grands et donc garder ses joueurs - Zidane, Dugarry hier, Micoud aujourd’hui - voire plus si affinités... Le cahier des charges prévoit que les 120 millions de francs d’apport initial, permettant au club d’afficher la saison prochaine un budget approchant les 250 millions de francs, seront consacrés intégralement au recrutement des joueurs ou au maintien dans l’effectif de ceux qui seraient tentés par un départ. Parmi les conditions acceptées par le repreneur figurent un impératif, ne pas diminuer pendant sept ou huit ans le capital joueurs, et une contrainte, combler les pertes d’exploitation éventuelles du club (on ne dispute pas la Ligue des champions tous les ans) afin de maintenir coûte que coûte son train de vie.



Le premier épisode du feuilleton de la reprise des Girondins avait fait grand bruit puisque le candidat initial fut le groupe britannique ENIC, nébuleuse financière détenue par Joseph Lewis, quatrième fortune de Grande-Bretagne, qui possède déjà une participation majoritaire dans cinq clubs de football en Europe (Glasgow Rangers, Slavia Prague, AEK Athènes, Vicenza Calcio et le FC Bâle). L’offre heurtait si ouvertement la morale sportive que l’UEFA avait dû, sous la pression, prendre quelques dispositions afin d’endiguer la multipropriété des clubs. D’ailleurs, l’affaire est depuis lors soumise au Tribunal arbitral du sport (TAS) qui n’a toujours pas rendu son verdict.



Ainsi, le suspense concernant le repreneur final des Girondins était largement éventé dans la mesure où seulement deux candidats restaient en lice, dont le tenace ENIC qui tentait une ultime feinte en montant un dossier au nom du fils Lewis ! L’heureux vainqueur ne pouvait donc être que CLT-UFA, un groupe pesant 16 milliards de francs né de la fusion de la Compagnie luxembourgeoise de télévision et du groupe allemand de communication Bertelsman, malgré le forcing de Jean-Claude Darmon peiné de voir un club échapper à son influence.



Après Canal+ (PSG) et Pathé (Lyon), voilà donc un nouveau géant européen de la communication décidé à porter le fer de la guerre économique sur le terrain du football. Car derrière la gentille et proprette M6 - qui s’était plainte l’été dernier d’avoir été écartée de la diffusion des matchs du Mondial -, on trouve un groupe qui sait à quel point le ballon rond permet de marquer des points dans la lutte pour les parts de marché que se livrent à l’échelle européenne les chaînes de Murdoch, Kirch, Lescure ou... Bertelsman. D’ailleurs, la division UFA-sport du groupe germano-luxembourgeois négocie depuis longtemps les droits de télévision de plusieurs dizaines de clubs européens, ainsi que ceux de quelques sélections nationale, dont la Croatie ou la Norvège, et compte parmi les investisseurs directs de certains clubs allemands comme le Herta Berlin, Hambourg SV et le FC Nuremberg. Seulement, à la différence d’ENIC, UFA-sport se contente de placer des hommes du groupe dans les conseils d’administration de ces clubs sans jamais prendre de participation. Appréciez la nuance ! N’empêche que le cousinage entre les Girondins et le FC Nuremberg ou le Herta Berlin existe désormais bel et bien...

   


   
 
     
 
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