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L'Equipe 17/09/05 Bordeaux en rêve



Les Bordelais ont retrouvé le haut du tableau. Au point de faire tomber les Galactiques lyonnais ?

Spectateurs admiratifs de la victoire de Lyon face au Real, mardi, en Ligue des champions (3-0), les Bordelais n’en ont pas moins l’intention de confirmer leur redressement. Efficaces à l’extérieur et invaincus à domicile, où ils n’ont encaissé
aucun but, ils ont retrouvé quelques atouts.


« C'était quand même Bordeaux…» Dimanche soir, au stade Bollaert, les joueurs lensois n’ont pas eu besoin de se donner le mot pour être frappés d’amnésie collective. Au moment d’expliquer leur incapacité à venir à bout de leurs
hôtes bordelais (1-1), ils ont insisté sur le standing de leurs adversaires. Jérôme Leroy et ses coéquipiers avaient déjà perdu de vue que Bordeaux avait terminé quinzième du dernier Championnat (44 points) avec un triste record d’Europe à la
clé, celui du nombre de matches nuls concédés (20). Faut-il déduire de ces trous de mémoire que Bordeaux a retrouvé son rang ? Et que son classement actuel (cinquième avec 11 points) est l’indicateur fiable d’un prestige retrouvé (5 titres de champion de France, dont le dernier en 1999) ? Recadrés et repris en main par
Ricardo, les Girondins ont-ils la stature requise pour infliger aux Lyonnais leur première défaite en Championnat depuis le 17 avril 2005 et une défaite à domicile face au Paris-SG (0-1, 33e journée) ? « Lyon, c’est peut-être en ce moment la meilleure équipe d’Europe, assure Ricardo, mais on va continuer à faire simple.
Et si on a admiré les Lyonnais face au Real, ne vous inquiétez pas, on a très envie de les battre. » Et quelques arguments à faire valoir pour y parvenir.

UNE DISCIPLINE TACTIQUE ETCOLLECTIVE

« Il va falloir compter avec nous, on peut être ambitieux. » Après le match nul obtenu à Lens, Ricardo affichait un large sourire. Le manager bordelais n’avait pourtant pas hésité à aligner quatre joueurs à vocation offensive – Denilson, Smicer, Darcheville et Chamakh. Malgré cette apparente prise de risques, Bordeaux a confirmé sa solidité défensive retrouvée (2 buts encaissés, une seule défaite à Auxerre, lors de la 3e journée, 0-1). « Denilson n’est pas venu pour boucher les couloirs, mais il m’a étonné par son travail défensif », a insisté Ricardo, ravi de la capacité de son compatriote (28 ans, 61 sélections en équipe du Brésil) à se soumettre au schéma bordelais. « Tout le monde a compris qu’il fallait être irréprochable sur le plan mental parce que sur le plan physique toutes les équipes sont au top », assure Marc Planus.
« Personne n’a oublié qu’on aurait pu démarrer cette saison en L 2 », rappelle souvent David Jemmali, Bordeaux ayant assuré son maintien lors de la dernière journée. Soucieux de redonner confiance « à un groupe traumatisé et en perte de
confiance », Ricardo s’appuie sur un socle défensif étoffé (à deux récupérateurs) et sur un 4-4-2 où chacun a ordre de faire les efforts nécessaires pour préserver l’équilibre du fameux bloc équipe. Symbole de cette révolution interne, Rio Mavuba a été prié d’élargir son registre et de recentrer ses activités. Bon gré, mal gré, l’international fait désormais office de « nettoyeur » axial, juste devant la ligne de défense. Résultat, Bordeaux possède, avec Le Mans, la deuxième meilleure défense de L 1 (derrière Saint-Étienne, 1 but encaissé). Avec une arrière-garde composée de joueurs (Ramé, Jurietti, Planus, Afanou et Jemmali) qui étaient déjà tous là la saison dernière (45 buts contre en 38 journées).



UN RAMÉ EN FORME INTERNATIONALE


– Sur les 20 buts inscrits sur coups francs par Juninho depuis son arrivée à Lyon, en 2001, Juninho n’en a pas infligé un seul à Ulrich Ramé. Un signe ? C’est possible. À trente-trois ans moins deux jours (il les aura lundi), Ramé est en forme
internationale. Avec une note moyenne de 6,33, c’est le mieux noté de tous les gardiens de but de L 1 depuis le début de la saison. « Les coups francs de Juninho ? interroge Ramé. On ne peut pas travailler une parade particulière à
l’entraînement. On s’y adapte au coup par coup et on juge, sur le moment, quelle est la meilleure façon de réduire le risque de but. En décidant du nombre de joueurs qu’on place dans le mur, par exemple . Mais c ’est mon problème… »
Autre raison pour Ramé (12 sélections) de réussir sa sortie, il avoue, du bout des lèvres mais sans illusion, ne « pas avoir complètement fait une croix sur l’équipe de France ». Cet après-midi, il aura face à lui Grégory Coupet, celui qui lui a succédé dans le groupe France depuis une prestation ratée en amical face à la République tchèque, le 12 mars 2003 (défaite 0-2), au Stade de France. « C’est un match de Championnat à domicile. Ce qui compte, c’est de prendre les trois points », assure pourtant un Ramé peu expansif.



UNE RÉUSSITE RETROUVÉE À DOMICILE

 

En battant Nancy 1-0, lors de la 2e journée) puis Monaco (1-0, lors de la 4e), Bordeaux a réussi un sans-faute à
domicile, preuve d’une fructueuse chasse aux vieux démons (5 victoires en 19 matches à Chaban-Delmas, la saison dernière). Si ces deux victoires cachent aussi un inquiétant déficit en buts (2 seulement à domicile mais aucun encaissé), elles remontent au mois dernier. Depuis, Bordeaux a réussi deux nuls à l’extérieur (Strasbourg et Lens), encore étoffé son potentiel offensif avec l’arrivée de Denilson et eu la confirmation que le duo Chamakh- Darcheville avait de l’allure. « Les bases sont bonnes, ce qui nous manque, c’est un match à domicile du niveau de celui de Lens », assure Marc Planus. De son côté, Ricardo exprime un optimisme de circonstance. « Sur une saison, les Lyonnais sont intouchables, mais sur un match et si on ne commet pas d’erreurs, oui, c’est possible de les battre… »

MAROUANE CHAMAKH, l’attaquant bordelais, affirme avoir tourné la page de son transfert raté à Lyon.
« Notre Ligue des champions à nous »

L’attaquant bordelais affirme avoir tourné la page de son transfert raté à Lyon. Mi-juin, Marouane Chamakh avait mis en émoi lemarché des transferts. Alors qu’il avait prolongé son contrat avec Bordeaux jusqu’en2009,le jeune internationalmarocain(21 ans) avait annoncé haut et fort son désir d’être transféré à Lyon. Malgré une mirobolante proposition, fin août–10millions d’euros plus le transfertdeNilmar – les dirigeants bordelais n’ont jamais cédé. Le meilleur buteur bordelais de la saison dernière (10 buts) l’a dit et répété : il n’en garde aucune amertume et se sent bordelais à cent pour cent.

« DIMANCHE, à Lens, lorsque vous avez inscrit le but bordelais, vous n’avez pas manifesté votre joie de manière très démonstrative. Faut-il y voir une forme de frustration après votre transfert raté à Lyon ?
– Pas du tout. J’étais un peu fatigué, il restait encore plus d’unemi-temps à jouer et je savais que mon but n’était pas décisif. Mais il n’y avait là aucune arrière-pensée ni la moindre intention de manifester une quelconque frustration.
– La page “lyonnaise” est donc définitivement tournée…
– Mais oui, je vous assure. Je me sens bordelais à cent pour cent et je n’ai pas l’intention de partir à Lyon lors du mercato d’hiver. J’aurais aimé être transféré à Lyon et cela ne s’est pas fait. Voilà, point final. Je ne suis pas du genre à jouer les faux joueurs et à donner l’impression d’être dégoûté.
– La démonstration des Lyonnais face au Real (3-0), mardi,en C 1, vous fait-elle rêver ouvous donne-t-elle des regrets ?
– Ils ont été impressionnants dans tous les domaines et je n’ai pas vu de
défaut dans leur jeu. Disputer la Ligue des champions, cela fait évidemment
envie à tous les joueurs. Comme de collectionner les titres. Mais cela n’éveille chez moi aucun regret. Je suis bien ici. Bordeaux réalise un bon début de saison et legroupe a gagné en solidité. Il est bien encadré et fait attention à tout pour
éviter l’explosion. On peut faire une grande saison et viser la quatrième, voire la troisième place.

« Soyons nous-mêmes et sachons attendre »

– S’agit-il pour vous d’un match spécial ?
– Un petit peu, oui, mais ce n’est pas parce qu’on affronte Lyon que je vais m’efforcer d’en faire plus. Ou moins. Ce match, c’est notre Ligue des champions à nous. On a fait une bonne semaine, idéale même, on a bien travaillé, on est prêts.
– L’entraîneur a-t-il défini une stratégie spéciale, élaboré une tactique particulière ?
– Non, il ne faut surtout pas se focaliser sur leur jeu, ni avoir peur et encore moins les regarder faire. Soyons nous-mêmes, au maximum de nos possibilités et sachons attendre le moment où on pourra trouver une ouverture. L’entraîneur
nous a quand même déjà prévenus qu’il faudrait garder le ballon à terre et écarter le jeu pour contourner leur défense centrale.
– Lyon est euphorique. N’est ce pas la chance de Bordeaux que les Lyonnais soient encore sur leur nuage ?
– On ne les battra pas sur l’euphorie. Dès la fin de leur match face au Real, ils relativisaient déjà leur victoire. Il n’y aura donc aucun excès de confiance de leur part. Il ne faudra pas non plus compter sur un coup de fatigue. Ils ont largement de quoi faire tourner leur effectif. » – E. C.

   


   
 
     
 
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