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L'Equipe 24/08/05 Interview et Article sur Denilson


« Je n’ai rien à prouver »


DENILSON, le Brésilien champion du monde en 2002, a signé à Bordeaux pour une saison. Et affiche une grande confiance.




DENILSON À BORDEAUX ! La nouvelle a été officialisée hier, avec la présentation du joueur, venu du Betis Séville (ESP), et un premier entraînement en fin de journée. Après Christophe Dugarry, Bordeaux s’offre un nouveau champion du monde (2002). Et Ricardo, l’entraîneur brésilien, un troisième compatriote (après Fernando et Henrique). Si le président bordelais, Jean-Louis Triaud, réfute l’idée d’un coup médiatique autour de ce milieu offensif, dont le talent égale la réputation tumultueuse, il espère bien éblouir les sceptiques, rapprochant ainsi cette arrivée de celle – réussie – du Madrilène Savio (à Bordeaux en 2002-2003).

« La frustration est un bon socle de négociations, expliquait le président hier. Quelque part, il est revanchard après des années où cela s’est moyennement passé. Il a été frustré et il veut retrouver la sélection. Pour lui, être ici, c’est tout bénéfice. Oui, c’est une diva, oui, il est individualiste, mais il en faut. Mais ingérable, non, et le club est suffisamment bien dans ses baskets pour maîtriser tout ça. »

Bordeaux, après des négociations « où chacun a fait beaucoup d’efforts », a préféré un contrat de un an au prêt. Afin d’avoir plus de liberté pour envisager l’avenir, selon Jean-Louis Triaud. Le Betis souhaitait retirer 3,5 à 4 millions d’euros de sa star brésilienne, sous contrat jusqu’en 2010, Bordeaux aurait dépensé moins pour accéder aux désirs de son entraîneur, qui voulait « un joueur de qualité côté gauche ».

Ricardo a déclaré qu’il avait obtenu un « champion du monde, quand même » et coupé court à toute interrogation sur le niveau actuel de l’ex-Sévillan, âgé de vingt-huit ans. Ce dernier s’est dit prêt à jouer dès samedi à Strasbourg. Très à l’aise devant les micros lors de la conférence de presse, animateur et chambreur sur le terrain dès son premier entraînement, Denilson a choisi le numéro 22. Un maillot que personne n’avait choisi depuis 2003 et le départ de Pauleta, la dernière star girondine…


« Pourquoi avez vous choisi de quitter l’Espagne et de venir à Bordeaux ?

Tout d’abord, je voudrais vous remercier de votre accueil et dire que je vais faire le maximum pour apprendre le français afin de communiquer avec vous. J’avais d’autres propositions, de Turquie, d’Angleterre et du Portugal, mais les Girondins sont ceux qui m’ont montré le plus d’intérêt, et je les en remercie. Honnêtement, de Bordeaux, avant, je ne savais rien. Mais j’ai parlé, surtout avec l’ancien Bordelais Savio, il m’en a dit le plus grand bien. C’est un club qui a une très bonne réputation et d’excellentes structures. Quant aux joueurs, je vais très vite faire leur connaissance.

Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ?

Je suis ravi, vraiment très content de continuer à jouer au football. Je remercie l’entraîneur et le président de Bordeaux, qui me permettent de retrouver le plaisir. Il y a longtemps que je n’ai pas savouré comme ça. Je viens pour aider mes coéquipiers à atteindre le plus haut niveau, à gagner. Mais ce n’est pas une revanche, je n’ai rien à prouver à personne.

Vous aviez pourtant soulevé de grands espoirs après la Coupe du monde de 1998, sans vraiment les confirmer. Que s’est-il passé ?

Avec mon histoire, on pourrait faire un livre ! Mais bon, c’est simple. Ma venue en Europe, au Betis Séville, a été l’occasion d’un grand transfert, énorme à l’époque. On m’a payé très cher et, pour ce prix, on attendait trop de moi. J’étais très jeune, c’était dur. Je n’étais pas prêt, tout simplement, à supporter tout cela. Mais je sais que j’ai beaucoup appris de ces années, j’ai acquis une grande expérience.

Votre arrivée à Bordeaux va également susciter de la curiosité…

Après ce que j’ai vécu en Espagne, rien ne peut être pire ! (Rires.)



« Je suis reconnu comme très individualiste »


On dit que vous êtes une diva, individualiste et ingérable. Et vos statistiques ne sont pas terribles, avec douze buts en cent soixante-quatre matches de Liga…


Bien sûr, je marque très peu, car je suis très individualiste donc je garde le ballon pour moi. Je suis reconnu mondialement comme un joueur très individualiste.

La présence de Ricardo à Bordeaux compte dans votre choix ?


Elle a compté. Avoir un entraîneur qui parle sa langue est important. J’appréhendais un peu car je ne comprends pas le français, mais, avec tous les joueurs qui parlent espagnol et les autres Brésiliens, ça va aller. J’ai confiance.

Vous êtes prêt à jouer samedi à Strasbourg ?

Tout à fait. J’ai effectué toute la préparation avec le Betis, les matches amicaux depuis le 15 juillet. Je suis en bonne condition. Je suis prêt comme l’est un joueur de Liga, qui reprend samedi. (Le Championnat espagnol reprend samedi.)

Que savez-vous du Championnat de France ?


C’est un Championnat difficile, d’un bon niveau. D’une manière générale, j’ai découvert la France et son Championnat en 1998. Et je trouve qu’il a évolué vers plus de qualité.

Pensez-vous pouvoir un jour retrouver la Seleçao ?

Bien sûr, j’y crois, et je pense que ma venue ici entre dans cette ambition. Mais, d’abord, il faut que je joue, que je donne beaucoup à mon club et, peut-être, cela entraînera un retour en équipe nationale. Pour moi, c’est toujours possible, et c’est mon objectif. Je garde espoir.

Connaissez-vous quelques mots de français ?

Oui. Merci, au revoir et… Au revoir.»

 

 

Autre article :

 

 

Denilson, la bêtise de Séville
Recruté comme une star en 1998 par le club andalou, le milieu offensif a confirmé ce statut dans la presse people. Mais pas sur le terrain.


« ET DENILSON marqua un but. » C’est avec ce titre qu El Pais commençait sa chronique du 15 février 1999. « Après vingt-deux matches de Liga, deux de Coupe et cinq en UEFA, le joueur le plus cher du monde a marqué un but », semblait s’étonner le quotidien espagnol. Un premier but en Espagne, « qui n’a servi à rien, ni à remporter la victoire (1-1 contre le Racing Santander) ni à calmer la déception des supporters », concluait le journal.

Six mois après l’arrivée de la promesse brésilienne (alors 21 ans) au Betis Séville, le « projet » Denilson prenait déjà l’eau. L’ancien ailier gauche de Sao Paulo, qui avait signé pour dix ans (à raison de 3 millions d’euros brut par saison), avait pourtant coûté 8 millions de plus que les transferts records de l’époque, Ronaldo (du Barça à l’Inter Milan) et Rivaldo (de La Corogne au Barça), soit 33 millions d’euros.

Un recrutement surprise dans un club qui avait fini huitième du précédent Championnat (1997-1998). Il s’explique alors par la volonté de son président, Manuel Ruiz de Lopera (richissime homme d’affaires), de faire du Betis un grand d’Espagne. Après une tentative ratée d’engager l’Argentin Batistuta, Lopera table sur Denilson, dont les grigris et passements de jambe en finale de la Coupe du monde en France l’ont impressionné.

Très croyant, le président dit s’être décidé à la sortie d’une messe à la basilique du Christ-du-Grand-Pouvoir, un saint que le président vénère, comme bon nombre de « Beticos », qui lui dédient tous leurs titres. Mais, très vite, la presse ironise : « Le crack a fait crash. » Javier Clemente, alors entraîneur (1998-1999), demande à Denilson de sacrifier ses gestes techniques au profit d’un jeu plus efficace et réfléchi.


Trois opérations du genou en un an


En vain. Avec, au total, 12 buts en 164 matches de Liga, Denilson a déçu les aficionados andalous, pourtant férus de technique. Il n’est pas le joueur capital qu’ils attendaient. Même ses passes décisives se comptent annuellement sur les doigts d’une main. Pire. Malgré Denilson, le club est relégué en D 2 à la fin de la saison 1999-2000. Une descente aux enfers que le Brésilien passera au chaud, prêté à Flamengo, au Brésil.

À son retour, il promet de « redevenir celui (qu’il a) toujours été ». Il réalise, en effet, sa meilleure saison (3 buts en 34 matches de Liga dont 33 titularisations). Le Betis, revenu en D 1, se qualifie pour la coupe UEFA (2001-2002). Mais le Brésilien, ami personnel de Ronaldo, Roberto Carlos et Joaquin, ne confirme pas. Et c’est finalement dans la presse people qu’il fera le plus parler de lui. Amouraché d’une starlette locale (Vicky Martin, fille d’un riche éleveur de taureaux), il est une cible facile. Son goût pour la danse, les sorties et les belles filles est de notoriété publique.
En novembre 2000, il faisait ainsi partie des joueurs du Betis surpris en pleine nuit par leur entraîneur en train de fêter Halloween chez l’un d’entre eux. L’affaire fera du bruit. Mais Denilson est épargné, profitant de la protection de son président… qui préfère s’en prendre à ses entraîneurs. L’actuel, Serra Ferrer, est le onzième depuis l’arrivée du Brésilien, en 1998. Denilson a notamment vu passer Hiddink, Victor Fernandez et Luis Aragones.

En mars 2003, une blessure au genou droit, suivie de trois opérations en une année (dont la reconstruction complète de son articulation), lui ôte définitivement son statut de future star. « Il sera toujours gêné par ce genou, sans pour autant craindre pour sa carrière ,» estimait, il y un an, son chirurgien. Depuis, Denilson n’a été que quatre fois titulaire en douze matches (10 en Liga et 2 en Coupe du roi) et n’a inscrit aucun but.

 

   


   
 
     
 
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