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Interview de Christophe Dugarry pour l'équipe, le 31 décembre 1999 :
Je reviens chez moi"
Christophe, quel a été votre premier sentiment lorsque votre transfert a été officiel cet après-midi ?
J'ai éprouvé de la joie, celle de retourner chez moi : et puis aussi le soulagement d'en avoir fini avec une période pénible.
Avant de revenir sur votre départ de Marseille, parlons du futur et de ce transfert aux Girondins. Revenir à la maison à vint-huit ans, c'est un peu tôt, non ?
Que je sache, Bordeaux n'est pas une maison de retraire ni un club mineur. Je signe chez le champion de France qui pratique en plus un jeu qui me plaît énormément. Au-delà du bonheur évident que j'éprouve de retrouver ma ville, il y a également un vrai choix sportif.
Auriez-vous pu signer à Lens ?
J'ai eu un excellent contact avec Gervais Martel. Il a vraiment tout fait pour que je signe à Lens. Je ne connais pas un joueur qui ne soit pas sensible à un tel discours. Oui, j'ai vraiment envisagé de jouer à Lens. Mais Bordeaux avait ma priorité absolue.
Pourtant, les négociations ont été longues, au point que, à un certain moment, vous avez semblé agacé. Le transfert a-t-il failli échouer ?
Franchement, je n'ai jamais perdu confiance. Mais dans toute transaction, il y a une part de bisness, d'intox. En plus, lors d'un mercato, l'urgence rend les choses parfois plus difficiles. Et puis, entre Bordeaux et l'OM, il y a une tradition de transferts, disons... à rebondissements.
Sur un plan tactique, il semblerait qu'Elie Baup pense vous faire jouer milieu offensif droit. Que savez-vous sur ce plan-là ?
Rien. Je n'ai pas encore eu le temps de discuter avec Elie de ça. On verra bien. L'important, c'est d'être en harmonie avec le jeu des Girondins.
On peut également penser que le duo Wiltord-Dugarry pourrait-être celui des bleus à l'Euro ?
C'est possible, mais Lilian Laslandes est un élément majeur des Girondins. Pour l'instant, comme je vous l'ai dit, je n'ai pas encore de réflexion tactique sur mon positionnement. On a le temps pour ça.
Certains supporters girondins ne semblent pas ravis de votre retour. Cela vous inquiète-t-il?
J'ai la fatuité de croire qu'il y a plus d'heureux que de malheureux à Bordeaux à cause de mon retour. Mon coeur a toujours été girondin. C'est tellement évident de dire ça. Je comprends que certains supporters girondins aient été blessés de me voir sous le maillot marseillais. Mais l'OM est le seul club qui m'a tendu la main alors que je galérais à Barcelone, à six mois de la Coupe du monde. Je ne renie rien. Parce que mon tempérament, c'est de tout donner pour le maillot que je porte. Mais tout ça, c'est du passé. Ce qui compte, ce sont nos prochains matches avec Bordeaux. Et je vais tout faire pour n'avoir que des supporters. Maintenant, lorsque vous me demandez si cela m'inquiète, je vous répondrai que, après ce que je viens de vivre, rien ne m'inquiète plus.
Vous faites ici allusion aux récents problèmes entre certains joueurs de l'OM et des supporters, au lendemain du match à Saint-Etienne (1-5). Comment avez-vous vécu ces événements ?
Très mal. C'est clair, je me suis vu mourir à la Commanderie et c'est inacceptable. Lorsque j'ai quitté le centre d'entraînement de l'OM ce lundi soir, dans la voiture de Robert (Pires), ma décision était prise. Je ne pouvais plus rester. J'adore le foot mais pas au point de risquer ma vie pour lui. Lorsque je vois la réaction de certains supporters à mon égard alors que mes performances sportives individuelles étaient bonnes, je ne me voyais pas continuer dans un tel contexte. Certaines personnes font un mal horrible à l'OM qui devrait être un club magnifique. Je n'ai rien contre la pression, bien au contraire. Je n'ai rien contre la passion non plus. Mais je ne veux pas vivre dans la peur. Ce n'est pas le joueur qui a dit non, c'est l'homme.
Certains supporters de l'OM vous reprochent un mot malheureux à Geoffroy-Guichard ?
Mais on rigole ou quoi ? On se fait insulter, traiter de tout et on n'a pas le droit d'avoir la moindre réaction ? Je suis venu pour calmer tout le monde devant la tribune des supporters marseillais et ils m'ont insulté. J'ai le droit de réagir, moi aussi.
Les marseillais ne se rendent pas compte des efforts que j'ai faits. J'ai souvent joué contre nature. Le foot pour moi, c'est le beau jeu, le geste technique au bon moment, le plaisir de l'art. Sous le maillot marseillais, j'ai taclé, je me suis battu dans tout les sens du terme, j'ai eu un comportement que je n'approuvais pas parce que l'équipe avait besoin de leaders. Lorsque j'ai vu comment tout cela tournait, je ne pouvais que partir. Je pense aussi à mes copains qui continuent de porter le maillot de l'OM. J'espère du fond du coeur qu'ils pourront jouer dans un meilleur climat. Contre Lens, je suis persuadé que lorsque Marseille mené 1-0, il aurait gagné si le public l'avait soutenu.
A quoi aspirez-vous aujourd'hui ?
Au simple bonheur de pratiquer mon métier dans la sérénité. A être moi-même. A être tranquille. Et à gagner.
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