Sud Ouest 16/09/05 « Samedi, c'est spectacle ! »
Il pourrait jouer la comédie.
Denilson se pointe en interview une bonne heure après la fin de l'entraînement.
Tee-shirt noir, paré d'un V argenté, le champion du monde brésilien est prêt à
séduire. Un peu de tchatche, un peu de frime, un peu d'humour : voici
Denilson-la-star, tout sourire. Entré en cours de match à Strasbourg (0-0),
Denilson a joué tout le match samedi dernier à Lens (1-1). Une prestation sans
trop de fioritures et ponctuée d'une ouverture pour Smicer, quasi décisive dans
le but de Chamakh. Plutôt encourageant en attendant sa première apparition
espérée à Chaban-Delmas, ce soir face à Lyon.
« Sud Ouest ».
Connaissez-vous quelques mots de français ?
Denilson. Non, très peu : Je t'aime,
bonjour ma chérie, mon amour. J'apprends deux fois deux heures par semaine...
mais je ne progresse pas. C'est trop difficile, surtout la compréhension.
Comment vous sentez-vous à Bordeaux ?
Très bien. Je suis impatient
de pouvoir parler français pour faciliter ma vie de tous les jours, pour parler
avec la presse et avec mes coéquipiers. Je ne connais pas encore bien la ville.
Je me suis promené dans le centre et je me suis rendu compte qu'il y avait un
grand respect pour les joueurs. On nous laisse tranquilles, alors qu'en Espagne
les joueurs sont constamment oppressés. J'attends de mal jouer pour savoir si ça
continue aussi bien ici. (rire).
L'Espagne était-elle si difficile à
vivre ?
Du début jusqu'à la fin, j'ai toujours eu une pression incroyable.
La presse était terrible, le public aussi. Je suis arrivé au Betis Séville à 19
ans, j'avais été transféré pour un prix record (1), c'était ma première
expérience en Europe, je n'étais pas préparé à tout ça. Si, aujourd'hui, je me
retrouvais dans la même situation au Betis, je crois que je réussirais mieux.
Pensez-vous redémarrer votre carrière à Bordeaux ?
Je ne sais pas si
on peut parler de renaissance ou de nouveau départ. Je n'ai rien à prouver à
personne. Je veux juste jouer pour mon équipe. Ici, je suis de nouveau heureux.
Lors du match à Lens, malgré votre réputation de joueur individualiste
et spectaculaire, on vous a vu défendre et jouer collectif, comment l'avez-vous
vécu ?
J'étais resté pas mal de temps sans jouer de match entier, mais
j'étais plutôt bien physiquement. Ricardo m'avait annoncé que ce serait un match
difficile et qu'il faudrait défendre. Nous avons tous bien travaillé en équipe.
Pour moi, c'est difficile d'analyser ce match car c'était le premier, je n'ai
pas d'élément de comparaison. Peut-être qu'il y aura des matches moins
physiques, plus offensifs.
Avez-vous le sentiment de vous être sacrifié
en défense au détriment de votre rendement en attaque ?
Il fallait le faire.
Au Betis, j'étais individualiste. Mais là, je pense à mes coéquipiers. S'il faut
aller aider Jurietti à tacler, je le ferai, même si je reste un attaquant. Mon
but n'est pas de faire 350 bicyclettes par match, mais si je peux le faire et
qu'en plus on gagne, c'est parfait (sourire). D'ailleurs, je voudrais
vous poser une question : vous préférez les résultats ou que je fasse le
spectacle ?
Euh... le spectacle, voire les deux.
Bon, d'accord. Mais il ne
faudra pas écrire que je suis trop individualiste ! Soyez gentils avec moi,
sinon je vais me mettre en colère... (rire).
Avez-vous conscience que
vous êtes un joueur à part en France ?
(Il fronce les sourcils, semble ne
pas comprendre, puis sourit.) Parce que je suis très beau, c'est ça ?
Qui vous a le plus impressionné depuis votre arrivée à Bordeaux ?
Denilson ! (rire).
Comment trouvez-vous l'équipe ?
Elle a un bon
niveau. Les joueurs sont très professionnels. On sent qu'ils sont animés par
l'idée de faire de leur mieux.
Lyon vient de battre Madrid 3-0, qu'en
pensez-vous ?
Ce n'est pas vraiment une surprise de voir une équipe qui
caracole en tête du championnat français depuis quatre ans battre le Real; la
seule surprise, c'est l'écart au score. Je ne m'attendais pas à une telle
différence.
Connaissez-vous les Brésiliens de Lyon ?
Je connais bien
Juninho et Cris, j'ai passé beaucoup de temps avec eux en sélection. Je connais
Caçapa seulement comme footballeur, et j'étais déjà parti du Brésil quand Fred
est devenu célèbre.
Cela vous surprend-il de voir autant de Brésiliens
dans le football français ?
Non. Il y a des Brésiliens partout dans le
monde. Tout simplement parce qu'ils sont très forts, et pas seulement dans le
foot !
Quand allez-vous commencer à faire le spectacle à Bordeaux ?
Samedi, contre Lyon ! (il éclate de rire).
(1) Le Betis avait
déboursé environ 32 millions d'euros en 1998.