Sud Ouest 05/05/06 Denilson : "C'est fait à 90%"
Le suspense n'aura pas duré longtemps. Après avoir manifesté son envie de rester
la veille, Denilson a lui-même éteint la petite flamme qu'il avait sans doute
rallumé chez ses fans. Au delà d'éventuelles contingences sportives, il est
évident que l'aspect financier a rapidement éliminé toute chance de voir le
joueur carioca prolonger son bail avec les Girondins de Bordeaux.
Le
champion du Monde Brésilien percevait cette saison 280 000 euros mensuels, dont
seulement 50 000 versés par les Girondins (l'autre partie étant assumée par son
ancien club du Betis Seville sous la forme d'une prime de départ). Malgré la
bonne volonté des deux parties, un accord semblait impossible. Le cas Denilson
rappellera celui d'un autre Brésilien, Savio, arrivé (hors de forme) sous forme
de prêt du Real Madrid (en 2002-2003) et reparti (brillant) dès la fin de
saison. Les supporters bordelais le regrettent encore...
Quant à Denilson,
quelques pistes le conduiraient pour l'instant du côté des Glasgow Rangers de
Paul Le Guen, ou d'un club turc.
« Sud Ouest ». Hier, vous avez
manifesté votre envie de rester à Bordeaux. Qu'en est-il aujourd'hui ?
Denilson. Je voulais rester, jouer la Ligue des Champions, mais j'ai
rencontré Ricardo et je n'ai pas senti une grande volonté du club de me garder.
Les Girondins ne peuvent pas m'offrir ce que je veux. Je ne me sens pas valorisé
avec ce que le club me propose. Mais je suis conscient de ses limites
financières. Il a été réglo, très professionnel jusqu'au bout.
Allez-vous quitter Bordeaux ?
Oui, c'est fait à 90 %. Je suis triste
de partir, mais pas déçu. J'ai passé ici une saison formidable. J'ai été bien
reçu par les dirigeants, les supporters et la presse. Ca a été positif pour moi
de ne pas avoir trop de pression médiatique, même si ça fait parfois partie du
jeu. Je garde beaucoup d'affection pour cette ville. Je me sens vraiment plus
triste de partir de Bordeaux après une saison, que du Betis après 7 ans.
Vous avez donc disputé votre dernier match à Chaban-Delmas contre le
Mans.
Oui ! C'est vrai. Je suis suspendu contre Marseille. Je ne pourrai pas
saluer le public. De toute façon, je n'aime pas trop les adieux. Je préfère un
au revoir discret.
Dans quel type de club pourriez-vous aller ?
J'aimerais trouver un club qui joue la Ligue des Champions. J'ai quelques
contacts, mais rien de concret pour l'instant. J'en saurai plus d'ici 10-15
jours. Mais ce ne sera pas dans un club français.
Vous n'avez pas l'air
trop inquiet.
Non... (sourire). Ca va ! Je me fais moins de soucis. J'ai
retrouvé mon niveau. Grâce à Bordeaux.
Justement, quel bilan tirez-vous
de votre saison à Bordeaux ?
Je suis très content. Nous avons atteint
l'objectif du début de saison, voire mieux, avec la qualification en Ligue des
Champions. J'espère que l'année prochaine sera aussi belle, en championnat qu'en
Coupe d'Europe. D'un point de vue personnel, je me suis senti de mieux en mieux.
Ca a été difficile au début, car j'avais passé beaucoup de temps sans jouer à
Séville. J'ai dû beaucoup travailler, surtout physiquement.
Il y a eu des
périodes de doute, mais depuis trois-quatre mois ça va beaucoup mieux. Mon but à
Monaco a agi comme un déclic et m'a donné confiance pour de bon. A partir de là,
Ricardo m'a beaucoup parlé, conseillé, motivé.
Vous n'étiez quasiment
plus footballeur à votre arrivée aux Girondins. Estimez-vous vraiment avoir
retrouvé le niveau du « grand » Denilson ?
Dire que je suis à mon top niveau
serait une grave erreur, car dans ce métier il faut toujours se remettre en
question et ne pas croire qu'on est arrivé. Mais cette saison à Bordeaux m'a
permis de retrouver mon niveau, et surtout le plaisir de jouer que j'avais perdu
en Espagne. Je suis parti du Betis par la petite porte, j'étais au fond du trou,
ce n'était que de la souffrance. En quittant le Betis, j'étais soulagé. Ma seule
envie était de jouer, mais ça n'a pas été facile. Aujourd'hui, je regrette
seulement une chose, c'est que la saison se termine si tôt et pas dans six mois.
Vous faites allusion à une éventuelle sélection pour la Coupe du Monde
avec le Brésil ?
Oui ! Mais j'y pense toujours.
Sérieusement ?
Oui. J'étais déjà sérieux quand j'en ai parlé en début de saison (en
arrivant, Denilson avait annoncé vouloir retrouver son niveau à Bordeaux pour
intégrer la Seleçao au Mondial en Allemagne). Et je le suis toujours. C'est
quelque chose que j'ai toujours dans un coin de la tête, mais ça ne me perturbe
pas plus que ça, ce n'est pas une obsession. Parreira a son groupe, mais on ne
sait jamais, s'il a besoin d'un joueur d'expérience qui a déjà joué la Coupe du
Monde... Néanmoins, je ne sais pas s'il suit Bordeaux et Denilson (sourire). Si
je suis appelé, ce sera évidemment une très grande surprise, je pourrais même en
faire une attaque cardiaque.