Article France Football, 1er janvier 1985 :
Le club numéro 1
Bordeaux : Un bijou de luxe
En remportant, enfin, le titre de champion de France, trente-quatre ans après son dernier triomphe, et en atteignant les quarts de finale de la coupe d'Europe des clubs champions, Bordeaux s'est donc imposé comme l'équipe numéro 1 de l'année.
Certes, les moyens dont disposaient les dirigeants bordelais, depuis trois ou quatre ans, leur facilitèrent la tâche. Ils leur ont permis de recruter, saison après saison, ce qui se faisait de mieux en joueurs de haut niveau dans l'hexagone.
L'équipe bordelaise ressemblerait, assez aujourd'hui, à un bijou de luxe, dont les pierres précieuses ont été réunies, façonnées, ordonnées, par un joaillier de talent (Aimé Jacquet), et transformées en un bel objet d'art.
L'arrivée et l'affirmation de Patrick Battiston prenant la succession de Trésor, puis l'apport d'un nouveau gardien, Dominique Dropsy, ont encore consolidé le système défensif.
C'est d'abord dans ce domaine que le Bordeaux 84 a pris du corps et forgé les armes d'une équipe appelée à voyager dans des conditions périlleuses. L'accident récent de Monaco mis à part, on a pu constater ces progrès à Bilbao et à Bucarest. Ce qui ne manque pas d'être prometteur pour l'avenir europèen des Girondins.
En championnat, la saison dernière, la formation bordelaise avait concédé sept défaites, dont six à l'extérieur et une seule sur son terrain face à Monaco, sa rivale numéro 1. Il semble que le tir ait été rectifié depuis quelques mois.
Mais c'est surtout dans le domaine offensif que le champion de France 1984 à fait forte impression, marquant la bagatelle de 72 buts en 38 matches, ce qui représente une moyenne de deux buts par rencontre.
Il faut dire que les arguments d'attaque bordelais sont nombreux et diversifiés. Tout commence déjà derrière où les montées d'arrière-ailier droit menées fréquemment par Thouvenel constituent une première base de lancement, tout comme les participations avancées d'un Specht, d'un Rohr, d'un Tusseau et d'un Battiston (3 buts la saison dernière) aux frappes de balle à distance toujours très redoutables.
En 1983-1984, un homme joua aussi un rôle capital dans le sprint final, par son travail côté droit et par son intelligence de jeu : il s'agit d'un Raymond Domenech reconverti au dernier moment en milieu de terrain.
Pourtant la force de frappe bordelaise se concentra surtout dans les pieds des trois buteurs : Lacombe (18 buts), Giresse (16) et Dieter Muller (14). A eux trois ils réussirent donc 48 des 72 buts, ce qui se passe de commentaire.
On ne peut pourtant passer sous silence l'efficacité du seul Bernard Lacombe, égalant puis battant le record de buts marqués en championnat par un joueur français, record détenu par Hervé Revelli (216 buts) et effacé par le bordelais avec 221 buts. On sait que Bernard ne s'est pas arrêté en chemin et qu'il continue cette saison à améliorer son record, s'affirmant match après match comme le centre-avant français le plus réaliste et le plus constant.
On ne saurait oublier non plus l'influence que peut avoir Jean Tigana, parfois tracassé par une pubalgie tenace, mais revenant toujours au bon moment pour relancer la mécanique. Pas plus que le retour en forme d'un Girard apportant de nouveau le poids de sa présence physique... et technique à un entrejeu où son travail de sape libère utilement Tigana.
Les recherches tactiques d'Aimé Jacquet, qui a réussi à construire une collectivité et à lui donner un style de jeu, l'ont amené, depuis deux ans, à utiliser, sur le côté gauche, un gaucher susceptible de réaliser des manoeuvres de préparation sous forme de débordements et de centres. Ce fut d'abord Memering, ce fut ensuite Tusseau dont l'expérience d'ancien arrière offensif et la frappe de balle ont beaucoup apporté ces derniers temps. Mais, en engageant Chalana (après avoir failli obtenir la venue de Vercauteren), les responsables bordelais ont suivi leur idées. Et ils espèrent bien qu'elle enrichira un peu plus encore leur champ de manoeuvres offensives et l'efficacité d'une équipe déjà bien pourvue en ce domaine.
On ose croire que la longue indisponibilité du Portugais portera ses fruits... au printemps, quand l'avenir international des Girondins se jouera.
Ne terminons pas sans souligner l'effort important et payant qui a été effectué au niveau des jeunes dans un club auquel on reproche parfois sa politique de grandeur et de vedettariat. L'arrivée chez les pros de jeunes joueurs doués comme Lassagne, Gimenez, Lopez, Bourdoncle, en apporte la preuve. Tout comme la deuxième place conquise par Bordeaux la saison dernière, au classement national des équipes de jeunes (les cadets ayant perdu de justesse la finale contre Auxerre)
Derrière la vitrine richement et brillamment garnie, se cache donc désormais un magasin bien achalandé...