Sud Ouest 13/05/06 Les bons comptes des Girondins
Quand
on finit deuxième, la santé économique du club s'améliore ?
Alain Deveseleer. Incontestablement et pour
plusieurs raisons. Aux Girondins, on établit toujours avec prudence un budget
correspondant à la huitième place du championnat. Cela donne à peu près 38
millions d'euros pour nous. Quand on fait une saison comme celle que nous venons
de vivre, les recettes remontent automatiquement. On boucle donc avec un budget
proche des 50 millions d'euros, avec notamment 9 M de droits télé en plus. Mais
attention, les dépenses augmentent aussi automatiquement. Un meilleur
classement, c'est plus de primes à verser, une masse salariale qui augmente, un
train de vie plus élevé...
Les
Girondins vont donc faire du bénéfice ?
Il faudra voir ! L'an dernier, nous avons été assez
significativement déficitaires. Ce déficit est aujourd'hui résorbé, après notre
bonne saison. Mais c'est une projection hors transferts. Il faut attendre un peu
pour connaître la situation définitive. Rien n'est garanti. Tout ce qu'on sait,
c'est qu'on démarrera la prochaine saison avec un budget de 50 millions d'euros.
Après, il y a beaucoup d'incertitudes. La Ligue des champions, c'est des
recettes supplémentaires, mais sur une saison seulement. A l'inverse, une forte
chute des droits télé est annoncée pour 2008, avec la fin du contrat de Canal +,
qui apporte 600 M. Il serait donc suicidaire de prendre des risques
financiers.
D'autant que Motorola a
semble-t-il décidé de déserter le maillot bordelais...
Effectivement, Motorola s'en va.
C'est une décision du siège, aux Etats-Unis. Motorola France aurait bien voulu
rester, car grâce aux Girondins, ils ont une visibilité maillot supérieure à la
moyenne des clubs de Ligue 1. Mais vu des Etats-Unis, le foot français, et même
la Ligue des champions, cela ne dit pas grand-chose. Nous avons plusieurs pistes
pour un nouveau partenaire maillot, dont une très sérieuse, avec une marque
internationale. Nous voulons l'intéresser à la Ligue des champions, donc c'est
plus cher que pour Motorola. Cela dit, il faut aussi être raisonnable : il faut
vendre la certitude, pas l'aléa. La politique tarifaire doit être cohérente sur
plusieurs années. On ne va pas tout augmenter de 20 % sous prétexte qu'on est en
Ligue des champions. Nous avons au total 300 partenaires, et 90 % d'entre eux
renouvellent chaque année.
Sportivement
et économiquement, le bilan est bon. Et humainement ?
Je le résume avec une
anecdote. La semaine dernière, on a voulu marquer la fin de la saison, au club,
avec tout le personnel. On avait organisé un grand barbecue, avec des huîtres.
On a même fait un tournoi de pétanque avant ! Vous voyez, on peut difficilement
faire plus convivial et simple. L'objectif était atteint, tout le monde était
content. Puis, à un moment, les salariés ont « envahi » le terrain où les pros
s'entraînaient. Il les ont entourés et ont sorti une banderole pour les
remercier. Je peux vous dire que les joueurs étaient surpris et touchés.
Darcheville et Denilson, qui sont assez fanfarons, quand ils en parlent, ils
sont émus. L'an dernier, cela ne s'était pas passé comme ça. On peut même dire
que c'était terrible à vivre !
Bordeaux-OM ce soir, une belle affiche, mais le parfum est-il toujours
aussi sulfureux ?
Il y a une concurrence naturelle entre nous, comme avec Paris ou Nantes.
Ces clubs combattent pour le même titre. Si Marseille termine troisième, on sera
encore roue dans roue. Ce match est important pour nous, car nous n'avons pas
encore pu fêter la deuxième place devant notre public. Il y aura du spectacle et
un feu d'artifice. Maintenant, les historiettes sulfureuses d'antan... n'est-ce
pas un peu entretenu ?
Ce type
d'affiche et les résultats de cette saison ne vous donnent-ils pas envie de
jouer dans un stade plus grand ?
Pour l'instant, ce n'est pas d'actualité. On se pose la
question, c'est vrai, mais ce n'est pas simple. On a un dossier ouvert sur le
sujet, c'est au stade de l'analyse, de l'étude, de la réflexion. Il faudrait
avoir une visibilité très longue sur les ressources. Plusieurs paramètres
entrent en ligne de compte. Il faut une offre foncière intéressante. Il faut
aussi des partenaires, car nous ne sommes qu'une PME. Construire un stade
représente pour nous deux années de budget ! Donc tout seuls on ne peut pas. Il
faut ensuite que ce soit viable en termes d'exploitation. C'est-à-dire qu'il
faut un projet immobilier qui ne repose pas que sur le football.
Vous avez des liens personnels avec Bègles,
le président Triaud en a avec le Stade Bordelais... Etes-vous sollicité pour la
création d'une grande équipe de rugby ?
J'ai grandi à Bègles, c'est vrai, et Jean-Louis Triaud au
SBUC. On se connaît tous très bien. On a déjà répondu aux sollicitations des uns
et des autres. Si on peut donner un coup de main en matière d'organisation, de
billetterie, de merchandising, on le fera. On fait cela avec d'autres clubs.
Nous n'avons pas la prétention de tout savoir, mais on peut aider. On est déjà
en lien avec des clubs de rugby, notamment Perpignan et Toulouse. Ils sont venus
voir comment nous fonctionnons. Il y a aussi une réflexion poussée avec le SU
Agen rugby, sur la question de l'apprentissage au sein du centre de formation.
Idem avec Libourne Saint-Seurin, on est très heureux pour eux. On est à la
disposition des uns et des autres.